‹ Le Bon génieChapitre 14 sur 135 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Aux lieux d'où le soleil , sortant du sein de l'onde,

Sur son char radieux vient éclairer le monde,

Par delà l'Océan , sous des cieux inconnus

Où les pas des humains ne sont point parvenus.

De là l'antique Asie et ses vastes contrées.

S'élève une île obscure en des mers ignorées.

Par d'épaisses forêts, dans ce morne séjour.

Les champs sont abrités de la clarté du jour ;

Un calme solemnel s'étend sous leur ombrage;

Aucun souffle bruyant n'agite leur feuillage,

Tout se tait, tout repose, et les flots sans efforts

Viennent paisiblement expirer sur ces bords.

Jamais aucun mortel n'aborda dans cette île,

Et du dieu du Sommeil n'y vint troubler l'asyle.

Il règne dans ces lieux, monarque languissant :

De nos corps fatigués réparateur puissant.

Il repose lui-même au fond d'un antre sombre.

La forêt, près de lui, semble épaissir son ombre;

Un ruisseau paresseux serpente avec lenteur,

Et de la grotte humide entretient la fraîcheur;

Avec peine on l'entend s'écouler goutte à goutte ,

Et le Silence plane au-dessus de la voûte.

A quelques pas du seuil, la Molesse s'endort:

La Paresse s'y traîne avec un lâche effort;

Mais ITniortune en pleurs, de repos altérée.

Les Soucis vigilants se pressent à l'entrée.

On sait que le Sommeil, qu'importunent leurs vœux.

Souvent de ses faveurs est avare pour eux !

Sous les lambris voltige une troupe légère;

C'est des Songes trompeurs la foule mensongère :

Plus nombreux que les flots ou le sable des mers,

Errant autour du dieu , sous mille aspect divers.

Ils attendent son ordre, et, prompts dans leurs messages

Vont offrir aux humains leurs nocturnes images.

L'un est un spectre affreux, pâle, décoloré;

Un sang impur jaillit de son flanc déchiré.

Celui-ci, d'un poignard armant sa main sanglante,

Dans l'ombre en fiiit briller la lame flamboyante:

La terreur le précède et la mort suit ses pas.

Un autre d'un enfant a les traits délicats;

Ses blonds cheveux épars, en boucles ondoyantes,

Flottent négligemment sur ses ailes brillantes ;

Dans son refjard touchant on puise tour-à-tour

les regrets ou l'espoir, l'intérêt ou l'amour.

Quelques uns, d'un ami, d'un frère ou d'une mère,

Revêtant à leur gré la figure éphémère.

Viennent rendre un moment à nos sens éperdus

Les êtres rejjrettés que nous avons perdus.

Gouvernant de son lit sa cour silencieuse,

Le dieu ne quitte point sa couche paresseuse :

Un amas de pavots à son front sert d'appui,

Et des pavots nombreux croissent autour délai;

Leur parfum entretient sa langueur léthargique.

Et répand dans la grotte un air soporifique.

Lui-même, pour charmer son éterael repos ,

Dans son paisible emjjire il créa les pavots.

Voulut que du sommeil ils devinssent lemblême,

Et de leur influence il les doua lui-même.

Ainsi , lorsque la nuit vient obscurcir les cieux ,

Il agite de loin ses pavots sur nos veux :

Bientôt tout est plongé dans une paix profonde;

Son empire s'étend sur la moitié du monde.

Heureux qui peut alors en goûter les faveurs,

Bercé dans son repos par de douces erreurs.

Retrouver ses amis, oublier sa misère,

Ou rêver doucement au bien qu'il a pu faire!

Mais tous ne îentent pas ces charmes bienfaisants :

Secouant ses pavots sur le front des méchants.

Le Sommeil clôt leurs yeux, mais rallume en leur âme

De? remords assoupis la dévorante flamme.

Il semble que d'avance un repos si cruel

Leur présage les maux du sommeil éternel ,

Et le songe vengeur, démon, serpent, furie,

Des tourments de la mort environne leur vie.

Ah! pour l'infortuné par le sort abattu.

Que ces mêmes pavots ont une autre vertu!

Que pour lui le sommeil a de précieux charmes!

Quelques instants du moins il sent tarir ses larmes.

Son corps est ranimé, son esprit est plus fort,

Il peut, en s'éveillant, combattre encor le sort.

LITHOGRAPHIE

Des enfants ont aperçu m\ nid d'oiseau dans une haie; ils se sont élancés pour s'emparer des petits. La mère alarmée est accourue, et voltigeant au-dessus du buisson, a fait entendre des cris plaintifs; mais ces cris n'ont point touché les ravisseurs. Déjà, après avoir écarté les branches épineuses, ils atteignent au nid, et leurs mains vont le saisir, quand tout-à-coup un serpent menaçant s'élance du milieu des brous-

sailles, se dresse, et pousse un sifflement aigu. A l'aspect du reptile, les enfants épouvantés abandonnent leur proie et prennent la fuite, i. Oh! le hideux, l'horrible animal! s'écrient-ils; pourquoi y a-t-il des serpents? Comment Dieu a-t-il pu former des créatures si odieuses et si redoutables! m Pourquoi! comment! je nen sais rien; mais je vois au moins que, dans certains cas, elles peuvent servir à arrêter, par la terreur, ceux qui ne sont pas retenus par la compassion. Les cris douloureux d'une mère n'avaient pu attendrir ces petits dénicheurs; la vue d'un serpent les fait fuir, et la jeune nichée est sauvée. Pourquoi y a-t-il des serpents! Eh! les pauvres oiseaux qui se voient enlever leurs petits, ne pourraient-ils pas demander aussi pourquoi Dieu a créé des enfants sans pitié? Chers enfants! ne vous montrez cruels envers aucune créature. Il en est sans doute qui doivent être sacrifiées à nos besoins ou à notre sûreté; mais nous serions plus odieux que le serpent, si nous pouvions trouver quelque plaisir à troubler, sans nécessité, l'existence de celles qui ne peuvent nous servir et qui ne nous font aucun mal.

CHARADE

Mon premier nous vient de la Chine; Mon second Est tout rond; Souvent, quand mon dernier chagrine, Il le faut pourtant augmenter.

Et souvent, s'il nous plaît, il convient d'en ôter;

Mon entier, autant que personne, Fut digne de porter, et porta la couronne.

(Ceux de mes lecteurs qui auront deviné le mot de cette charade et qui voudront bien men donner l'explication, pourront me l'adresser en même temps que leurs compositions sur le sujet que j'ai donné dimanche dernier. )

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Ceux de nos souscripteurs dont l'abonnement date du i" juin 1826 pour un an, ou du 1" décembre de la même année pour six mois, et expire pai conséquent à la fin de mai courant, sont invitéî à le faire renouveler avant le dimanche 3 juin prochain, afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.

— M"' Eugénie P.... m'a demandé la permission de m' écrire et de concourir pour les prix. Elle n'avait pas besoin de cette permission; le droit de correspondre avec moi est acquis à tous mes lecteurs, et tous ceux qui veulent bien en user me font grand plaisir. Je ne puis donc que savoir très bon gré à M"' Eugénie F.... de l'intention qu'elle a de se mettre au nombre de mes correspondantes, et je l'y invite de tout mon cœur.

Imprimerie de JULES DIDOT AINE, imprimeur di noi, rue du roni-dc-Lodi, u* 6.

Dimanche, 3 Jiix 1827.

Le prix de l'abonnemcni est, pour Paris, de 2 1 francs par an , ei de 12 francs pour six mois. Pour les déparienienis , de 24 francs par an , et i3 francs pour six mois.

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ANNEE

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