‹ Le Bon génieChapitre 15 sur 135 · LE HANNETON · texte numérisé non relu

LE HANNETON

En me promenant l'autre soir au Luxembourg, j'ai vu voltiger quelques hannetons , et cela m'a fait penser que je n'avais pas encore parlé à mes jeunes lecteurs de cet insecte si connu des écoliers et de tous les enfants. Voici le moment où je puis les en entietenir le plus à propos, puisque c'est à cette époque de l'année qu'il se montre. Je ne m'arrêterai pas à le décrire, car il n'est aucun de vous qui ne connaisse parfaitement sa forme et sa figure; je parlerai seulement de ses mœurs.

Il faut vous dire d'abord que cet insecte dépose ses œufs dans la terre qu'il creuse à cet effet, jusqu'à un demi-pied de profondeur, au moyen de ses pattes de devant qui sont armées, comme vous le savez, de dents fortes et un peu crochues. De ces œufs naissent des larves, dont le corps mou, alongé, d'un blanc sale un peu jaunâtre, est composé de treize anneaux, avec six pattes courtes et une grosse tétj écailleuse. Ces larves, connues dans toute la France sous le nom de vers blancs ou de mans, vivent trois ou quatre années dans ce premier état. Elles s'attachent aux racines des plantes et des arbres, et en font leur unique nourriture. Elles ne mangent que pendant la belle saison; en automne, elles s'enfoncent très pro-

fondément dans la terrp, Pt elles passent l'hiver engourdies, sans faire le moindre mouvement. Elles sortent de leur retraite, et elles remontent à un demipied de profondeur, aux approches de la belle saison, pour se nourrir de nouveau des racines des végétaux. Elles muent ou changent de peau une fois chaque année, au commencement du printemps. Enfin, lorsque ces larves ont pris tout leur accroissement, à la fin de l'été de la troisième année, elles cessent de manger; elles s'enfoncent à la profondeur d'un pied et demi ou de deux pieds; elles se construisent une loge très unie, très lisse en dedans, la tapissent de leurs excréments et de quelques fils de soie; puis, elles se racourcissent, se gonflent, quittent leur peau, et se changent en une chrysalide, à travers la peau de laquelle on distingue très bien toutes les parties de l'insecte parfait. Dès le mois de février, l'insecte déchire son enveloppe, perce la coque, et en sort sous sa dernière forme; mais le hanneton est alors jaunâtre et assez mou; il reste encore quelque temps sous terre; puis, il s'approche peu à peu de la surface du sol, et ne sort tout-à-fait que quand il y est invité par l'influerice d'une douce chaleur. Le contact de l'air achève de le fortifier, et de donner à sa robe la couleur qu'elle doit conserver.

Après avoir dévoré, dans son premier état, les rA'

cines des végétaux, le hanneton, devenu insecte parfait, attaque le feuillage des arbres et des plantes. De tous les insectes malfaisants, il en est peu qui causent autant de dégâts. Dans de certaines années , les espèces qui se trouvent aux environs de Paris sont si multipliées, qu'elles dépouillent, en peu de temps, presque tous les arbres d'une forêt. Ces animaux passent la plus grande partie de la journée immobiles et engourdis, attachés aux branches et aux feuilles; ils prennent rarement leur essor quand le temps est chaud et sec; c'est après le coucher du soleil qu'ils se mettent en mouvement et volent de toute part. Leur vol est lourd, pesant, inconsidéré; ils heurtent tous les objets qu'ils rencontrent, comme ces enfants écervelés et maladroits, qui ne prennent garde à rien, et ne savent pas faire un mouvement sans accrocher les pieds de quelqu'un, renverser une chaise, briser quelque objet fragile, ou donner de la tète, des mains, des jambes contre un meuble. On voit souvent les hannetons s'abattre du coup , après avoir ainsi rencontré quelque obstacle, et se relever avec assez de vitesse pour reprendre leur vol , à moins que le choc n'ait été trop rude, ou qu'ils ne se trouvent renversés sur le dos. La durée de la vie de ces insectes est très courte dansleurdernierétat: chaqueindividuvit à peine une semaine*, et l'espèce ne se montre guère que durant un mois. Ce temps suffit pour que tous les œufs soient déposés dans la terre, afin de donner naissance à de nouvelles larves qui produiront de nouveaux hannetons. Ainsi, peu de jours après avoir vu voltiger ce peuple éphémère, vous vovez la terre jonchée de ses débris; et il est tort heureux qu'une plus longue exi^ tence n'ait pas été accordée à ces animaux destructeurs, car ils dépouilleraient entièrement nos bois et nos jardins, où ils causent déjà bien assez de dégâts pendant leur court passage.

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