REVERIES MORALES
^^ Il est deux choses plus rares et plus précieuses que l'esprit; ce sont la raison et le bon sens. Avec de la raison et du bon sens, en effet, on peut, jusqu'à un certain point, suppléer au défaut d'esprit; car ou sait se taire sur les sujets qu'on ignore, on ne lance point de mots bazardés, mais on questionne à propos, on écoute avec attention, et c'est une chose dont les autres vous savent toujours gré. Avec de l'esprit, au contraire, on ne supplée point au manque de raison et de bon sens, car l'esprit tout seul est ordinairement possédé de la manie de briller, qui égare si souvent, et prépare tant de uiorliHcations à la vanité.
^ C'est de la bienveillance que naît le principal charme de la conversation et des manières, le naturel.
Quand on ne veut aux autres que du bien, quand on s'occupe d'eux avec un intérêt sincère, quand on songe à leur procurer du plaisir plus qu'à en trouver soi-même, on n'a rien à dissimuler, on n'a rien à affecter, on se sent parfaitement à son aise, on est vrai, simple et naturel; l'esprit, les discours, les manières se ressentent de cette absence totale de gêne, et la liberté dont ils jouissent leur donne une grâce charmante qui plait, qui attire, qui captive, sans effort, sans y songer, sans v prétendre.
^ La famille est plus que l'individu: la patrie est plus que la famille; l'humanité est plus que la patrie: ainsi, les intérêts de la famille doivent passer avant ceux de l'individu; les intérêts de la patrie, avant ceux de la famille; les intérêts de l'humanité, avant ceux de la patrie. lifant en conclure que l'homme vertueux doit être dévoué à sa famille: que le dévouement à la famille n'est une vertu qu'autant qu'il ne porte pas préjudice au bien de la patrie; et que l'amour de la patrie n'est aussi une vertu qu'autant qu'il n'étouffe pas l'amour de l'humanité.
^, C'est une bonne, belje et douce chose que l'union de famille, que ce sentiment avec lequel on est toujours prêt à se dévouer aux siens, à partager avec eux, à les servir, à les aider, à les soutenir. La famille bien unie est une petite patrie qui a un chef qu'on respecte et qu'on aime; le bien qui arrive à l'un de ses membres est un bonheur pour tous; si l'un d'eux éprouve quelque revers, c'est un coup dont tous sont frappés. On se presse, on se serre, pour multiplier la prospérité, comme pour résister au malheur; on veut aux siens tout le bien qui ne doit pas nuire à d'autres; et l'on n'oublie pas que, si la famille est une petite patrie, la patrie est la grande famille.