‹ Le Bon génieChapitre 22 sur 135 · VARIÉTÉS. ANECDOTES · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS. ANECDOTES

Ceux de mes lecteurs qui habitent Paris passent souvent sur le Pont-Neuf, et peut-être, en observant la forme et la construction de ce pont, qui attestent son ancienneté, ont-ils trouvé ridicule le nom qu'il a conservé. Je puis leur faire remarquer à ce sujet, qu'en supposant que ce nom lui ait été donné à cause de sa nouveauté, quand il était réellement «cm/', on a pu le lui laisser, dans sa vétusté, par un autre motif que voici : ce pont a neuf issues; à une extrémité.

deux quais et la rue Daupbine; à r.uitre bout, deux quais et la rue de la Monnaie; dans le milieu, Its deux quais de Tile Notre-Dame et la place Daupîiine. Il n'y a donc qu'à prendre le mot neuf pour un nom de nombre, et le pont, fùt-il en ruines, se trouverait encore convenablement nommé. Le fait est que ce pont est un des plus anciens monuments de Paris; il fut commence en 1 578 , et ne fut achevé qu'en 1 594 ; sa lonp,ueur est de 170 toises, et sa largeur de 12. Pour le bâtir, on joignit Tune à l'autre deux petites îles situées au couchant de la Cité, et qui jusqu'alors en avaient été séparées par un bras de rivière. C'est sur ces deux petites îles, que l'on commença aussi à bâtir, en i6o8, la place Daupbine. La plus grande de ces îles s'appelait Vile aux Treilles, et l'autre Vile de Buci ou du Pasteur aux vaches. En 1 1 60 , Louis-Ie-Jeune fit don au chapelain delà chapelle St.-Nicolas du Palais, de six muids de vin par an du crû de Vîle aux Treilles.

Sous la première, la seconde et la troisième race de nos rois, jusqu'au règne de Louis XIII, si l'on faisait la statue d'un roi, ce n'était que pour la placer sur son tombeau, ou bien au portail de quelque église, ou de quelque maison royale qu'il avait fait bâtir ou réparer. La statue équestre de Henri IV, érigée sur le Pont-Neuf, le 23 août 1624, est la première, et le premier monument général et public de celte espèce, qu'on ait élevé dans Paris à la gloire de nos rois.

De l'autre côté du bras de rivière qui détachait de la Cité les deux petites îles dont j'ai parlé, étaient les jardins du Palais, aujourd'hui le Palais de Justice, et qui fut le séjour ordinaire des rois de la troisième race, depuis Hugues Capet jusqu'à Charles V, Cet édifice était alors un assemblage de grosses tours, communiquant les unes aux autres par des galeries, et dont la vue s'étendait sur Issi, sur Meudon et sur Saint-Cloud.

— Ce fut au commencement du quatorzième siècle, qu'un habitant de Padoue inventa le papier. On ne commença à le connaître et à s'en servir en France, au lieu de parchemin, que sous le règne de Philippe de Valois. L'imprimerie fut inventée en i44t>' H ^ établit des imprimeurs à Paris en 1470 j ds dédièrent à Louis XI, cette même année, un des premiers livres qu'ils y avaient imprimés. La bibliothèque du Roi qui avait été fondée en i364 ne contenait donc, dans le principe, que des livres manuscrits. \ la mort de Charles V, dit le Sage, elle ne comptait encore que neuf cents volumes, et ne reçut que de faibles accroissements jusqu'au règne de François 1", qui l'augmenta considérablement. Elle avait été d'abord étalilie à Fontainebleau; ce fut Henri IV qui la fit transpor-

ter à Paris, où elle occupa successivement divers locaux, jusqu'en 1721 que le Roi en ordonna le transport dans le lieu où elle est encore aujourd'hui.

— Tous les auteurs français qui ont parlé du renard, jusqu'au commencement du treizième siècle, ne nommaient cet animal que goupil, voulpil, du mot latin vulpes. Avant ce temps là, le mot de rpnard ne se trouve dans aucun de nos anciens manuscrits. On prétend qu'il est venu d'un nommé Bainard, comte de Sens, politique rusé, et grand hvpocrite. Ce furent deux poètes du temps qui, lui supposant le caractère du renard, s'avisèrent de donner son nom à cet animal; et ce nom a été substitué depuis, dans notre langue, à celui de voulpil.

— Un de mes abonnés m'a demandé pourquoi on salue les personnes qui éternuent. C'est, dit Aristote, une manière de rendre hommage au cerveau, considéré comme le siège du bon sens et de l'esprit. L'éternuement, quand on l'entendait à sa droite, était regardé, chez les Grecs et les Romains, comme uu heureux présage. Les Grecs, en parlant d'une jolie personne, disaient que les amours avaient éternué à sa naissance. Lorsque le roi de Sennar éternue, ses courtisans lui tournent le dos, en se donnant de la main droite une claque sur le derrière.

— A la fin de la première race, il v avait encore plus du tiers des Français plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie. Ils croyaient qu'à force de méditations, certaines filles druidesses avaient pénétré dans les secrets de la n;iture; que, par le bien qu'elles avaient fait dans le monde, elles avaient mérité de ne point mourir; qu'elles habitaient au fond des puits, au bord des torrents, ou dans des cavernes; qu'elles avaient le pouvoir d'accorder aux hommes le don de se métamorphoser en loups et en toutes sortes d'animaux, et que leur haine ou leur amitié décidait du bonheur ou du malheur des familles. A certains jours île l'année, et à la naissance de leurs enfants, ils avaient grande attention de dresser une table dans une chambre écartée, et de la couvrir de mets et de bouteilles, avec trois couverts et de petits présents, afin d'engager les mères, (c'est ainsi qu'ils appelaient ces espèces de génies), à les honorer de leur visite, et à leur être favorables: voilà l'origine de nos contes de fées.

— La femme et les amis de Plutarque lui reprochaient d'être trop bon pour ses serviteurs, et l'invitaient à user de sévérité envers eux quand ils se rendraient coupables de quelque faute. .J'aime mieux, répondit Plutarque, gâter le naturel de mes serviteurs par mon indulgence, quedegàterle mien parla colère."

Imprimerie de JULES DIDOT AlNÉ, imprimeur du roi, rue du Poni-de-Lodi . u" 6.

Dimanche, 17 jiin 1827.

I,e [>r X de rabonnenieni est, pour Paris, ilc 22 frant s par an , ei de I 2 francs pour six mois. Pour les déparlenients, de 24 francs par au, Cl i3 francs pour six mois.

AXNEE.

Bureau de l'ahonnement, cliez Louis Colas, libraire, rue Daupliine , n° Sa; et chez les principaux libraires et directeurs des poste» des départements.

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