SUJET DE COMPOSITIONS
PROPOSÉ PAR LE RON GÉNIE
J'ai obtenu de si jolis résultats du dernier sujet de composition proposé à mes jeunes correspondants, que je suis tenté de leur demander encore une description.
Nous voici dans la saison des orages, et je présume que, dans un espace de quinze jours, il se présentera, pour chacun de mes amis, quelque occasion d'en observer un. Ceux qui, par indifférence, ou par un autre sentiment que je ne veux pas supposer, auraient jusqu'ici négligé ou évité de contempler cet imposant spectacle, me sauront gré, j'en suis certain , de les y avoir engagés.
Je les invite donc à me faire la description d'un orage.
J'aurai sans doute encore des tableaux variés, car ils seront pris de points de vue différents, dans la plaine, dans les montagnes, sur le bord de la mer ou d'un lac. Je me promets beaucoup de plaisir de lire tout cela.
J'attendrai les lettres qui me seront adressées sur ce sujet, dans le délai de ce jour au dimanche 21 juillet courant; et je prie de nouveau mes chers correspondants d'être exacts à ne pas dépasser ce terme.
VARIÉTÉS
Michel Montaigne était un peu gourmand, et voici comme il parle lui-même de sa gloutonnerie:
u Cest indécence, outre que cela nuit à la santé, et mênie au plaisir, de manger goulûment comme je fais : je mords souvent ma langue, par fois mes doigts, tant je me hâte. Diogène, rencontrant un enfant qui mangeait ainsi, en donna un soufflet à son précepteur. Il y avait des hommes, à Rome, qui enseignaient h mâcher, comme à marcher de bonne grâce. J'en perds le loisir do parler, qui est un si doux assaisonnement des tables, pourvu que ce soient des propos plaisants et courts. "
— C'est une remarque assez singulière que les plus riches étoffes nous aient été procurées par des hommes que leur état condamnait à ne porter que dcs habits de bure. Deux moines, venant des Indes, apportèrent h Constantinople des œufs de ver-à-soie, .ivec finslruction pour les faire éclore, les élever, les
nourrir, en tirer la soie, la filer, la mettre en œuvre. On établit bientôt des manufactures; et les Italiens, attirés en France par Catherine de Médicis, y introduisirent les plus belles étoffes.
— M. Comte, le physicien escamoteur, fait sans doute de grands prodiges; mais je ne pense pas qu'il ait imaginé un plus joli tour que celui dont s'avisa un gentilhomme des environs de Carcassonne, à qui Charles IX fit l'honneur de diner un jour dans son manoir. A la fin du repas , le plafond s'entrouvrit toutà-coup, et l'on vit descendre par cette ouverture une grosse nue qui creva avec un bruit pareil à celui du tonnerre, laissant tomber une grêle de dragées, suivie d'une petite rosée de senteur.
— A la Chine, au nom et de la part de l'empereur, le gouverneur de chaque ville, au commencement de chaque année, après de bonnes informations, donne un grand festin à tous ceux qui, pendant le cours de l'année qui vient de finir, ont fait quelque action vertueuse. Ce festin est préparé dans la place publique et sous une tente, au haut de laquelle on lit ces mots : Hommes de tous états et conditions, c'est la vertu qui vous place et vous rend ici tous égaux.
— Je passais l'autre jour sur le pont deNeuilly, et j'admirais l'élégance et la solidité de sa construction, ainsi que le volume des pierres de taille qui en forment le parapet. Tout en observant, j'ai tiré mon agenda et j'y ai inscrit une note pour ne pas oublier de vous faire connaître l'origine de ce monument , qui est due à un accident arrivé à Henri IV. Ce prince revenait un jour de Saint-Germain, avec la reine et plusieurs seigneurs et dames de la cour. On passait encore à Neuilly la rivière dans un bac. Le roi entra dans le bac, avec les personnes qui l'accompagnaient, sans sortir de son carrosse. Les deux derniers chevaux tirant trop de côté, tombèrent dans l'eau et entraînèrent la voiture. On courut au secours, et l'on fut assez heureux pour sauver tout le monde. Mais afin de prévenir dans la suite de pareils accidents, le roi fit construire, sur cet'endroit de la rivière, un pont qui depuis a été rcniplacé par celui qu'on y voit aujourd'hui.
— Un écolier se moquait un jour d'un de ses camarades, à cause de la longueur de ses oreilles; et après avoir épuisé toutes les mauvaises plaisanteries possiblcb à ce sujet, il s'avisa d'arrêter un passant, pour lui demander s'il ne trouvait pas que les oreilles de son compagnon ressemblaient à celles d'un âne. «Il est vrai, repondit le passant, que les oreilles de ce garçon sont un peu trop longues pour des oreille humaines; mais il faut avouer aussi que les vôtres sont trop courtes pour des oreilles d'âne. •>
iMPr.iMERiE DE JlI.l'S DcDOP AlNÉ. iMrr.iMian do uor . rue ilu roui-iU-Lodi, 11° C
Divanciie, 8 jiiLLET ib?;.
Le prix de rabonncnieiu »$t, pour Paris, de 2ï francs par an , ei de 1 1 fraucs pour six mois. Pour les dèpartemeais, de 24 fraucs par an, et 1 3 francs pour six mois.