LES PUNAISES
J ai couché, il v a quelques jours, dans une espèce d auberge, où jetais arrivé bien fatigué; après avoir soupe de boii appétit, je me réjouissais en pensant que j'allais achever de me refaire par une bonne nuit, et je me mis au lit avec ce doux espoir. Il n"v avait pas vingt minutes que j'étais couché et déjà tous mes sens étaient engourdis, lorsque je fus tiré de ce premier sommeil par des démangeaisons du plus mauvais augure. Je jette les veux autour de moi, et à la lueur de ma lampe de nuit, je distingue très parfailenient une troupe de petits animaux courant sur mes draps et jusques sur mon oreiller. Le sens de l'odorat ne tarda pas à agir en même temps que celui de la vue, pour m'avertir que j'étais assailli par des punaises. Pour un homme très fatigué et qui tombait de besoin de dormir, cette découverte n'avait en vérité rien de plaisant. Que faire toutefois? donner la chasse à ces insectes? bah! ils étaient bien trop nombreux, et c'eût été peine inutile; non, Le meilleur parti était de se résigner, de se lever, de s'arranger sur un fauteuil pour y faire un somme tant bien que mal, et de méditer en attendant. Ce parti fut celui que je pris, et tandis que je réfléchissais, étendu dans mon large fauteuil , il me vint à l'esprit de griffonner
pour vous, mes amis, un petit article sur les punaises. J'ouvris donc mon agenda, et avant de m'endormir» j'y écrivis au crayon la note que vous allez lire.
La punaise est un insecte malheureusement trop connu pour qu'il soit nécessaire de vous dire quelles sont sa forme, sa grosseur et sa couleur, (^uel est celui qui n'a pas eu l'occasion de maudire son odeur insupportable et son humeur sanguinaire? Cependant, comme je ne pense pas que vous vous soyez amusés à l'examiner de très près, vous ignorez probablement que la bouche de ce désagréable animal présente uue lèvre supérieure saillante, grande, et un bec alongé partant de la tétc. C'est avec ces armes qu'elle nous fait la guerre et suce notre sang.
Les appartements où une grande propreté n'est pas entretenue, sont facilement envahis par les punaises, sur-tout s'ils se trouvent exposés à une grande chaleur. Ainsi, les chambres des auberges, celles qui sont habitées par des personnes peu soigneuses, ou celles des pauvres gens, souvent voisines des toits et mal garanties de l'ardeur du soleil , sont le plus ordinairement visitées par cet insecte. Une to'is qu'il s y i* est établi, il devient fort dilHcile de l'en chasser. Car il se dérobe d'autant plus facilement aux regards, que son corps plat lui permet de se loger dans les rpdnj,t5 les plus étroits que présentent les boiseries, Ics^É^
blés et spécialement les lits. On ne le sait que trop, il vit en société' nombreuse, il pullule prodigieusement, et ses œufs sont en si grande abondance que, malgré toutes les recherches qu'on en peut faire, il en échappe toujours assez pour former d'année en année une énorme population.
La punaise ne soi't de ses retraites que pendant la nuit; elle vient troubler le repos des hommes et les tourmenter, dans une saison positivement où le sommeil leur est le plus nécessaire pour se remettre de la fatigue du jour. La nature a donné h cet insecte une industrie singulière pour rendre inutiles les précautions que Ton prend pour l'éloigner. On assure que, s'il ne peut grimper sur un lit par le bas, il a l'adresse de monter le long du mur, de gagner le plafond, et de se laisser tomber lorsqu'il se trouve directement au-dessus du lit.
Vous allez sûrement me faire la question ordinaire: ^ quoi servent les pwiaises? Je n'en sais rien; mais quelque incommodes qu'elles puissent paraître, je n'en suis pas moins convaincu qu'elles ont, comme toutes les autres créatures, une destination dans l'ensemble de la création. Bailleurs, vous saurez qu'elles ne déplaisent pas à tout le monde, et que leur odeur qui vous semble si infecte, est, pour les Chinois, un parfum que ce peuple trouve fort agréable.