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LA PREMIÈRE COMMUNION DANS LA MAISON ROYALE DES LOGES

J'ai été témoin , lundi dernier, d'une bien touchante cérémonie. Une de mes petites amies qui est élevée dans la Maison royale des Loges, située au milieu de la forêt de Saint-Germain, m'avait prié d'assister à sa première communion, et il aurait fallu de bien grands obstacles pour m'empécher de me rendre à cette invitation.

J'arrivai aux Loges h six heures et demie du matin , et je fus introduit dans la chapelle où toutes les élèves étaient déjà réunies. Vingt-quatre d'entre elles portaient des cierges, et avaient un voile blanc jeté sur leur tête; c'étaient celles qui devaient faire leur première Communion. Environ soixante de leurs compagnes portaient aussi le voile blanc retombant sur leur robe de bure; c'étaient celles qui allaient renouveler leur Communion. Les plus jeunes, non encore admises à ce sacrement, étaient placées dans un second corps de chapelle derrière l'autel. Les dames de l'établissement et les parents des jeunes communian-

tes, qui étaient venus pour assister à la cérémonie, occupaient les stalles des deux côtés de la chapelle.

Au moment où j'entrai, toutes ces voix fraîches et pures faisaient retentir la voûte de chants pieux, qui alternaient avec les sons graves et prolongés de l'orgue religieux. Il eût été difficile de ne pas se sentir vivement touché à l'aspect de ces jeunes figures si recueillies, et en entendant ces voix frémissantes qui marquaient la sainte émotion de cent cœurs innocents, animés par l'espérance et par la foi.

A sept heures le prêtre monte à l'autel, assisté des deux aumôniers de la maison. Ce prêtre était M. l'abbé Busson, qui après avoir prêché l'Evangile dans les Indes, était venu préparer à la Communion ces simples enfants. Pendant la messe, une musique harmonieuse succède aux accords de l'orgue et au cliant des cantiques. Enfin arrive le moment où les jeunes fidèles sont appelées au sacré banquet. Le prêtre les y invite, en leur adressant encore quelques paroles toutes paternelles, pour fortifier une dernière fois leurs dispositions, et pour lassurer les consciences craintives qui pourraient concevoir trop d'alarmes dans ce grave moment. « Vous aimez Dieu, leur ditil , vous l'aimez , mes chères enfants , car vous songez à tous les biens dont il vous a comblées, et vos âmes ne sont pas ingrates. Mais si vous craigniez que cet amour ne fût pas assez fort, rassurez-vous : cette crainte même, et le désir sincère de l'aimer davantage, suppléent à ses yeux à un amour plus parfait; car il n'exige que ce qu'on peut donner, et il vous tient compte de tous vos vœux et de toutes vos intentions. Il vous appelle, venez à lui! »

Alors commence la procession des jeunes vierges vers la table sainte, où elles sont admises deux à deux. Je défie qui que ce soit au monde de n'être pas ému à ce tableau, et j'avoue, pour moi, qu'au moment où est venu le tour de ma petite amie, j'ai senti mes yeux se mouiller. Chacune, en revenant à sa place, tenait la tête inclinée, les y'cux baissés, ou couvrait son visage de ses mains, et paraissait agitée d'un petit tremblement. L'une d'elles, malade et ne pouvant marcher, avait été apportée à l'extrémité de la table de Communion, où le prêtre est venu lui donner le sacrement. Je ne sais si j'ai vu de ma vie quelque chose de plus touchant que l'expression de piété et de joie qui se peignait sur ce pauvre petit visage pâle et souffrant.

Après les enfants, toutes les dames ont communié, et parmi leurs robes noires et leurs coiffes blanches, j'ai remarqué une robe de couleur et un chapeau: c'était la mère d'une des petites, qui avait voulu participer au sacrement en même temps que sa fille.

Alors ont recommencé des chants en actions de grâces. Je ne me suis retiré qu'après les élèves, et me I retrouvant dans le silence et la solitude de la forêt,

ce contraste soudain m'a causé une nouvelle émotion. Je me suis senti bien édifié de tout ce que je venais de voir.

LE JEUÎSE FRANÇOIS.

Je vous ai parlé quelquefois, mes amis, d'enfants extraordinaires qui ont montré des talents précoces; mais je vous les ai cités seulement comme objets de curiosité, et non point comme des modèles, car il est rare que ces petits prodiges tiennent par la suite tout ce qu'ils semblent promettre dans leur enfance. En voici encore un qui était poète de très bonne heure, et sans doute de trop bonne heure, puisqu'il n'a rien fait plus tard qui ait mérité d'être conservé.

Le jeune François, fils du maître d'école d'un village de Lorraine, n'avait (ifuères que i3 ans quand on publia, en 1765, un volume de ses poésies. Cet enfant était en état de parler avec justesse de tous les auteurs anciens et modernes, de raisonner sur la politique, sur la morale, sur l'histoire, même sur la guerre, avec beaucoup de sens. Il disait et composait sur-le-champ de très jolies choses pour les dames. Je souhaiterais peu que mon fils eût de pareils avantages dans un âge si tendre; mais ce qu'avec une instruction convenable à douze ou treize ans, jaimerais à voir un jour en lui, ce serait la modestie, la simplicité qui distinguaient le jeune François. Après avoir répondu sensément et de bonne grâce à tout ce qu'on lui demandait, quand il voyait qu'on ne l'interrogeait plus, il courait à un volant ou à toute autre bagatelle, avec autant d'intérêt et de plaisir que s'il ne se fût jamais occupé que de cet objet. C'est sous ce rapport qu'il pi'ut être offert comme modèle à certains enfants un peu avancés dans leurs études, et qui seraient tentés de prétendre à quelque importance.

J'ai retrouvé des vers sur l'enfance composés par ce jeune François ; ils ne sont pas bien merveilleux , mais cependant il v en a quelques-ims que de plus habiles ne désavoueraient pas. Voici cette petite pièce :

Age brillant de la gaîté.

Instants rapides de l'enfance.

Vous semez sur nos jours filés par l'innocence, Les fleurs de la félicité.

Votre vive lumière éclaira mon aurore;

Elle frappa mes jeunes yeux ; Du nouveau jour pour moi qu'elle avait fait éclore,

J'admirai l'éclat radieux.

Tel un doux crépuscule annonce à la nature Du soleil du matin les rayons éclatans ;

Ou tel , couronné de verdure , .Sur l'aile des zéphyrs arrive le printemps.

Doux plaisirs, ris charmants, joie aimable et naïve, Enfants d'un tranquille bonheur ,

Que ne puis-je arrêter la coursç^ugitive

Du Temps qui vous enlève aux désirs de mon cœur?

Le Temps , monstre à gueule béante , Vole, fuit et ne revient plus; Tout meurt sous sa dent dévorante; Il n'épargne que les vertus.

La Giraffe, dont je vous ai parlé, il v a quelque temps, est enfin arrivée à Paris, le samedi 3o juin dernier. L'aduiinistration du Jardin du Roi a fait annoncer qu'on la promènerait tous les jours, de 10 heiu-es à midi, dans le carré du jardin, entouré de grilles, et qui est consacré à l'école de botanique.

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