‹ Le Bon génieChapitre 34 sur 135 · LES DEUX PETITS CHATS · texte numérisé non relu

LES DEUX PETITS CHATS

FABLE

A deux sœurs, Clémence et Lisette, Un jour on fit présent de deux chats tout f)etits; L'un reçut nom Moustache, et l'autre Mistigris.

Ce fut là , pour chaque fillette , Double sujet de joie et d'occupation, Car tout en caressant Mistigris et Moustache,

Chacune s'imposa la tâche De soigner en tout point leur éducation.

Pour tous deux on s'v prit de même :

Mêmes soins, même attention ,

Vingt fois le jour même leçon.

Excellente méthode et complaisance extrême;

Et le résultat cependant

Pour tous deux fut bien différent.

J'ai vu par fois semblable chose, Non chez le peuple chat, mais chez le peuple enfant;

Et si l'on demandait comment,

J'en pourrais bien dire la cause.

Mistigris, docile, propret.

Plein de douceur, de gentillesse.

Apprenant tout ce qu'on voulait, Obéissant à sa maîtresse.

Devint un petit chat parfait.

Il sut bientôt, avec adresse,

Exécuter maints jolis tours,

Saluer avec politesse,

Faire la pâte de velours.

Le mort, le gros dos, la toilette,

Le saut par-dessus la manchette,

Et cetera, bref, en un mot.

Il acquit d'un chat comme il faut

L'éducation bien complette.

Je ne puis, malheureusement,

En dire autant de son confrère ;

Car celui-ci , tout au contraire,

Paresseux, farouche, gourmand.

Voleur, indocile, ignorant,

N'apprit rien , et l'on n'en put faire

Qu'un chat sot, malpropre et méchant.

Conséquence, hélas î nécessaire De l'obstination et de l'oisiveté!

Sans un peu de docilité, On ne réforme pas un mauvais caractère;

Et l'on n'acquiert quelque talent Qu'en travaillant.

Qu'advint-il? je vais vous l'apprendre:

Les deux sœurs, un matin, quittèrent le logis Pour suivre leurs parents en de lointains pays;

Et vous pouvez fort bien comprendre Que l'on n'emmena point Moustache et Mistigris.

A la maison tous deux restèrent :

L'un en fut bien chagrin, l'autre s'en enquit peu.

Le lendemain ils rencontrèrent

Un nouvel habitant du lieu :

C'était un homme dur, donnant la chasse aux bê:es; Moustache lui parut mauvais, rustre et fripon, Et dès le premier jour, il eut deux ou trois fêtes

De pied , de foi}et et de bâton.

Mistigris fit ses gentillesses , Se montra doux , instruit , discret et de bon ton ; D'abord on le souffrit h la table, au salon ;

Puis il obtint quelques caresses, Et finit par garder sa place à la maison.

Bonté, talents et bonne grâce Sont certains de charmer en tout temps, en tous lieux;

Mais qui se présente sans eux

Court grand risque d'avoir la chasse.

Malheur à l'ignorant, au sot,

Au méchant, à l'homme inutile!

Malheur donc, malheur, en un mot, A l'enfant paresseux, à l'enfant indocile!

Imprimerie de JULES DIDOT AÎNÉ, nirRiMECR du roi, rue Ju PoiU'de-l-odj , n" G.

Dimanche, 22 juillet 1827.

I,e prix de rabonnemcni est, pour Paris, de 22 fraiii s par an , et de 12 francs pour ments , de 24 francs par an , et i3 francs pour six mois.

Bureau de l'abonncinent, cliei I,ouis Colas, libraire, rue Daupliine , n' 3i; et cbez les principaux libraires et directeurs des postes des départements.

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