‹ Le Bon génieChapitre 47 sur 135 · INDIENS VOYAGEANT EN FRANCE · texte numérisé non relu

INDIENS VOYAGEANT EN FRANCE

Il est arrivé à Paris six personnages qui y vont exciter probablement une vive curiosité, et qui pourront bien faire quelque tort à la popularité de la Girafe; ce sont six Indiens de la tribu des Osages, qui ont été curieux de voir l'Europe et particulièrement notre pays. Un journal a donné sur ces étrangers les détails suivants, que je me suis empressé de recueillir, parce qu'ils m'ont paru de nature à intéresser mes lecteurs.

La nation des Osages, à laquelle appartiennent les six Indiens arrivés en France, se compose de trois tribus de quinze à seize cents guerriers. D'après une tradition très anciennement établie chez eux, ils tirent leur origine d'un colimaçon qui, des bords de rOsagc, où ils vivent, fut entraîné par une innondation dans le Missouri, et jeté sur ses bords. La chaleur du soleil l'ayant fait croître au point de devenir un homme, il retourna dans son pays natal. Un Castor lui en disputa la possession; mais tout s'arrangea par son mariage avec la fille du castor. C'est de cette union que vint la tribu.

Le chef de nos Indiens voyageurs est âgé de 38 ans*, sa taille est plus élevée que celle de ses autres compagnons de voyage. 11 se propose, après avoir vu Paris, de visiter l'Europe, et s'appelle Kihegashugah ou le Petit Chef; il est accompagné de sa femme, Myhangah, et de sa cousine, Grétomih, âgées Tune et l'autre de i8 ans. Un second chef sous ses ordres, nommé Washingsabha on l'Esprit Noir, voyage avec lui; il est âgé de 3?. ans. Ils ont pour suite le gros soldat, Marcharthitahtoongah, le plus vieux de la troupe; il a 45 ans; et le petit soldat, Minkchatahooh, qui n'en compte que 22.

La peau de ces Indiens est couleur de cuivre rouge. Les chefs ont le menton et les yeux colorés avec du vermillon de Chine. Ils se peignent les joues et les oreilles selon leur goût. Les hommes et les femmes ont des dents très blanches et très bien rangées. Les hommes ont la tète peinte et rasée; les femmes por-

tent de tiès beaux cheveux séparés sur le sommet de la tète par une ligne peinte en vermillon; elles ont les yeux grands et vifs , et l'ensemble de leur physionomie est très ajjréable; elles sont de petite taille, et leurs manières sont affables et très polies.

Leur mise est plus recherchée que celle des hommes; elles ont le cou et la partie supérieure jusqu'au genou, enveloppés dans une espèce de guimpe de percaline très légère, de diverses nuances; un autre vêtement de la même forme, mais de couleur rouge, le dépasse de deux ou trois doigts.

Les hommes sont nuds jusqu'à la ceinture; ils ont toujours la partie inférieure du corps enveloppée d'une couverture de laine qu'ils ne quittent jamais, pas même après leur mort; on les enterre avec cette draperie.

Le bisaïeul du chef de ces Indiens visita la France sous Louis XIV; très flatté de Taccueil qu'il reçut à la cour, et dans toutes les parties du royaume qu'il parcourut, il en rendit compte à sa nation assemblée, lorsqu'il retourna aux rives du Missouri, (^uand on fit le récit de cet événement au chef actuel, encore enfant , il s'écria : « Et moi aussi , je visiterai la France, si le Maître de la vie me permet de devenir un homme.» L'occasion s'étant offerte, il y a quelques mois, de mettre à exécution ce projet formé dans l'âge le plus tendre, il fit demander, par le moyen de son interprète, M. David, qui se trouvait alors à Saint-Louis, qu'on lui procurât les moyens de se rendre en France.

Arrivés h Saiut-Louis, lui et ses compagnons, ils y trouvèrent plusieurs de leurs compatriotes qui cherchèrent à ébranler leur résolution , en leur disant que , s'ils voulaient traverser la mer, ils seraient noyés et mangés par les poissons; mais ils ne tinrent aucun compte de cette prédiction; confiants dans leur guide, ils lui remirent leur destinée, et la caravane s'embarqua sur le Mississipi, à Saint-Louis, à bord du bateau à vapeur le Commerce, qui la conduisit à la Nouvelle- Orléans. Nos voyageurs furent très fêtés dans cette capitale de la Louisiane, où ils eurent beaucoup de joie de retrouver M. Anduze, missionnaire Américain qui a parcouru les contrées qu'ils habitent.

Ces Indiens adorent Dieu sous le nom de Maîtœ de la vie; chaque soir ils lui adressent des prières. En entrant dans les jetées du Havre, ils montèrent sur le pont, et remercièrent Dieu de leur avoir accordé une heureuse traversée. Avant de s'embarquer à la iSouvelle-Orléans, le gros soldat harangua la mer en ces termes: «Toi, mer, crois-tu nous effrayer? Non, nous sommes partis de notre village pour aller voir nos amis les Français et tous les peuples de l'autre côté du grand lac; rien ne pourra nousen détourner... que la mort! »

Leur langage est expressif; il est formé de sons gutturaux et d'aspirations, et ne ressemble à aucun autre idiome. Leur interprête, fils d'un Français et

d'une femme Osage, est un homme pour lequel ils paraissent avoir la plus sincère affection; c'est aussi le seul qui puisse les mettre en communication avec le royaume qu'ils se proposent de visiter.

VARIÉTÉS

Depuis que je vous ai entretenus des pucerons, mes chers amis, il m'est tombé sous la main un livre dans lequel j'ai trouvé quelques nouveaux détails sur les relations intéressantes qui existent entre ces petits insectes et les fourmis. Je vous ai dit que ces dernières s'appropriaient en que'que sorte des troupeaux de pucerons , pour se nourrir de l'espèce de lait qu'ils donnent, comme nous nous nourrissons du lait de nos vaches. Je suis bien aise de pouvoir appuyer ce fait du témoignage de deux illustres naturalistes, que vous ne lirez sûrement pas sans intérêt.

i. On voit, dit Linné, les fourmis monter sur les arbres chargés de pucerons, non pour faire la guerre à ces insectes, mais bien parce qu'elles s'en servent comme d'un troupeau de vaches dont le lait leur sert d'aliment. »

Le savant Huber nous apprend que la fourrai a l'art d'obliger le puceron à laisser couler sa liqueur sucrée; elle le presse doucement, le flatte avec ses antennes; elle le trait, en un mot. Un seul puceron fournit une abondante subsistance à plusieurs fourmis, parce que le premier, suçant continuellement avec sa trompe la plante sur laquelle il est placé, en tire continuellement les sucs qui forment son lait, quelquefois, les fourmis font des établissements spéciaux pour leurs insectes nourriciers; ce sont des constructions à portée de leur fourmilière, en lieu sûr, et bien fermées; elles y transportent leurs insectes, placent des gardiennes pour les surveiller; c'est enfin une laiterie qui s'est formée à la porte d'une ville, pour la commodité des citadins.

— Un journal des Etats-Unis d'Amérique, a annoncé, il y a quelques mois, qu'un bâtiment arrivé à Steubenville, avait apporté les membres d'un animal inconnu. Un de ces membres avait 20 pieds de long, 8 de large, et pesait plus de laoo livres. L'épine du dos avait 18 pouces de diamètre, et les côtes 9 pieds de long. On a calculé, d'après les dimensions des membres, que cet animal, quand il vivait, devait avoir 5o pieds de long, 20 à a6 de large, et environ 20 pieds de haut. Ces membres ont été trouvés dans la terre, près du Mississipi, dans la Louisiane. C'est une des plus grandes curiosités naturelles qu'on ait jamais vues. Jusqu'à présent, le Mammouth, dont l'espèce vivante n'existe plus , mais dont on est parvenu à recomposer le squelette avec les débris de ses os trouvés enfouis dans la terre, était le plus colossal des quatirupèdcs; mais il parait que l'animal dont il s'agit devait dépasser en grosseur le Mammouth, autant que celui-ci dépassait le chieu.

IwPBiMEHiE DE JUI£S DIDOT Al^, IMP&IMEUK Dc Hoi , ruc du Poot-dc-Lodi . u* C.

Dimanche, 36 AOUT 1827.

Le prix de ral)Onncment est, pour Paris , de ?.y. franrs par an, et de 12 francs pour six mois; pour les départements, de 2/) francs p.ir nn, et i3 francs pour six mois.

IV

ANNÉE. N" in.

Bureau de l'abonncmen' , chez Louis Colas, lihraire, rue Daupliine , n* 32 ; et chez les principanx libraires et directeurs des postes des départemenls.

Page 1