ET LES TÉLESCOPES
D'après l'explication que je vous ai donne'e des lunettes, mes chers amis, vous avez dû voir que ces instruments sont destinés à rendre distinctement visibles pour nous, les objets placés à la portée ordinaire de la vue, mais que la mauvaise conformation ou l'affaiblissement de nos yeux, ne nous permettent plus de distinguer nettement. Les télescopes, dont je vais vous parler aujourd'hui, ont la propriété de faire apercevoir les objets placés à de grandes distances et hors de la portée de l'œil nu le plus sain et le mieux conformé. Ce sont des instruments composés (le tuyaux dans lesquels sont disposés des verres le plus souvent convexes, et quelquefois concaves. Lors- ([u'on fait usage de ces instruments pour les objets terrestres, on les appelle lunettes d'approche; mais quand on s'en sert pour observer les astres, ils sont nommés télescopes.
Linvention du télescope est une des plus utiles dont les derniers siècles puissent se vanter: c'est par ce moyen que les merveilles du ciel nous ont été découvertes, et que l'astronomie est arrivée à un degré de perfection, dont les siècles passés n'ont pas pu seulement se former une idée. Il paraît que c'est à Mid-
delbourg, en Zélande, que les télescopes ont pris naissance, vers l'an lôgo, environ 3oo ans après la découverte des lunettes, et que leur invention est due à Zacharie Jansen, lunetier de Middelbourg. Il paraît aussi que ce n'est pas la. sagacité de son esprit qui les lui a fait découvrir, mais le pur hasard; car voici de quelle manière on prétend que s'est faite cette découverte par Jansen.
Ses enfants, en jouant dans la boutique de leur père, lui firent remarquer que, quand ils tenaient entre leurs doigts deux verres de lunettes, et mettaient ces verres l'un devant l'autre h quelque distance, ils voyaient le coq de leur clocher beaucoup plus gros que de coutume, et comme s'il était tout près d'eux. Le père, frappé de cette singularité, s'avisa d'ajuster des verres debout sur une planche, h l'aide de cercles de laiton qu'on pouvait approcher ou éloigner h volonté. Avec ce secours, on voyait mieux et de plus loin, lîien des curieux vinrent chez le lunetier voir le nouveau phénomène; mais cette invention demeura quelque temps informe et sans utilité. D'autres ouvriers de la même ville firent usage de cette découverte; et par la nouvelle forme qu'ils lui donnèrent, ils s'en approprièrent l'honneur. L'un d'eux, attentif aux effets de la lumière, plaça les verres dans un tuyau noirci en dedans: par ce moyen il détourna et
absorba une inilnitë de rayons de lumière, qui, en se réfléchissant de dessus toutes sortes d'objets, brouillaient la principale image.
La lunette d'approche la plus simple est composée de deux verres, dont l'un, qui est convexe, est placé du côté de l'objet, et porte le nom d'objectif) et l'autre, qui est concave, est placé du côté de l'œil, et s'appelle oculaire. Ces deux verres sont logés aux deux extrémités d'un tuyau, qui doit pouvoir s'alonger ou se racourcir à volonté, parce qu'il faut que les deux verres soient plus ou moins rapprochés, suivant que l'objet qu'on veut voir est à u^je plus ou moins grande distance. Lorsque Voculaire est placé contre l'oeil, l'effet de cet instrument est de faire paraître les objets plus rapprochés et plus gros, et de faire même apercevoir ceux qui sont trop éloignés pour pouvoir être distingués à la simple vue. Si l'on retourne l'instrument, c'est-à-dire, si Ton place le verre objectif contre l'oeil, on obtient un effet tout contraire, c'est-à-dire, que les objets paraissent plus petits et plus éloignés.
Peut-être allez-vous me demander, mes amis, comment il se fait que ces verres fassent paraître les objets plus grands, plus petits, plus rapprochés, plus éloignés. 11 faudrait, pour vous satisfaire à cet égard, entrer dans l'explication d'une théorie de la lumière, qui transformerait celte feuille en un volume, et que vous auriez bien de la peine à comprendre, faute de notions préalables. Vous acquerrez ces notions, si vous suivez quelque jour un cours spécial de physique; je dois, pour le moment, me renfermer dans celles qui sont à votre portée.
Il V a d'autres lunettes d'approche ou télescopes terrestres, auxquels on ajoute un troisième verre, et qui portent la vue à une plus grande distance.
Le télescope astronomique ne diffère de celui que je vous ai décrit tout-à-1 heure, qu'en ce que son oculaire est convexe, au lieu d'être concave.
Pour que ces instruments grossissent beaucoup les objets, il faut qu'ils soient très longs, ce qui les rend fort difficiles à manier. Cela a fait naître l'idée de construire des télescopes de réflexion, c'est-à-dire, composés de miroirs combinés avec des verres. Ces télescopes n'out pas besoin d'être à beaucoup près aussi longs que les premiers, pour grossir autant, (."e sont ces instruments en laiton, qui ne sont point, comme les lunettes d'approche, formés de tuyaux rentrant l'un dans l'autre, et qui sont seuls connus vulgairement sous le nom de télescopes. On s'en sert pour observer les objets terrestres et les astres. Je n'essaye pas de vous en donner la description que je ne pourrais jamais rendre intelligible pour vous. Ce que je souhaite, c'est que ces notions superficielles vous inspirent le désir d'eu acquérir de plus profondes, qu'une élude sérieuse pourra seule vous procurer.