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DÉCERNÉS PAU L'ACADÉMIE FRANÇAISE

Dans sa séance solomnelle du 25 août dernier, l'Académie française a décerné les prix de vertu fondés par feu M. de Montyon. J'ai attendu , pour en parler à mes lecteurs, que j'eusse sous les yeux le rapport qui a été fait à ce sujet par M. Picard, directeur de l'Académie. Parmi les actes do vertu qui ont obtenu

ces récompenses, il en est de bien touchants; mais je ne pourrai offrir le récit de tous à mes jeunes amis, car je craindrais de les attrister par le tableau trop affli{jeant de vices ou de malheurs, qui ont donne lieu à la vertu de se manifester en réparant des injustices, en sauvant des victimes, en secourant des malheureux. Je choisirai seulement quelques uns de ces traits de dévouement et d'oubli de soi-même, et je rapporterai de préférence ceux dont les héros sont dans la classe des domestiques, afin que, si quelqu'un de ceux qui me liront était tenté de regarder et de traiter avec trop de dédain la condition des personnes qui sont réduites à servir, cela lui rappelle qu'il y a des vertus dans cette classe, et que par-tout la vertu mérite d'être honorée. Je vais extraire les récits suivants du rapport de M. le directeur de lAcadémie.

« Marie- Angélique-Elisabeth Correttc, surnommée Emélie, fille d'un cultivateur de Nanteuil, département de rOise, est entrée au service de M. et M°" Charveys, le lo octobre 1816; elle avait alors 16 ans.

" M. et M"' Charvevs avaient sept enfants. Dans les dernières années de la vie de M. Charvevs, des revers de fortune l'avaient mis dans l'impuissance de soutenir sa nombreuse famille avec les simples appointements de son emploi; il était aux expédients. Emélie Corrette demande un congé à ses maîtres; c'est pour aller recueillir à Nanteuil l'héritage de son père. Cet héritage montait à une somme de 4oo fr. Elle revient, et prie ^î. Charvevs de disposer de la somme. Le pauvre homme, en mourant, en était encore débiteur, ainsi que des gages de sa bonne servante.

"Après la mort de M. Charvevs, l'attachement et les soins d'Emélie Corrette pour sa veuve et ses enfants, ont redoublé en proportion de leur infortune. M""' Charveys, privée des appointements de son mari , qui étaient l'unique ressource de la famille, a été torcée de vendre ou d'engager ses effets. Cette ressource épuisée, Emélie Corrette n'a pas balancé: robes, linge, boucles d'oreille, tout a pris le chemin du Mont-de-Piété, pour subvenir aux dépenses de la maison.

ii La mauvaise santé de M"* Charvevs la rend incapable de travailler; le dévouement d'Émélie Corrette lui fait trouver des ressources: elle va faire dans un bateau de blanchisseuse une journée ou une demijournée, selon le plus ou moins d'occupation qu'elle a dans le ménage, et elle passe une partie des nuits à faire des chemises ou d'autres ouvrages pour le monde. Si vous la suivez dans l'intérieur delà maison, vous la trouvez occupée à peigner et habiller les entants, à rajuster pour les plus petits ce qui a cessé de

convenir aux plus grands, à couvrir de ses propres vêtements ceux qui en ont le plus besoin, et à prodiguer à tous les soins de la mère la plus tendre.

« Émélie Corrette, si dévouée à ses maîtres, ne pouvait manquer d'être bonne fille. Instruite que sa mère est tombée dans un état misérable, elle court la chercher à Nanteuil, et la fait transporter dans le logement de sa maîtresse. Il fallait un lit à cette bonne femme vieille et infirme, et on n'en avait point. Émelie a cédé à sa mère l'unique matelas qu'elle avait, et s'est gaiement résignée à coucher sur la "paille. Maintenant, elle partage entre sa mère et la famille Charvevs le pain qu'elle gagne h la sueur de son front.

(1 Emélie Corrette vit très retirée, ainsi que sa maitresse, et quelques voisins seulement sont dans la confidence de leur position; toutefois sa bonne conduite a transpiré, et lui a valu des admirateurs. Elle est jeune et belle, forte et laborieuse; plusieurs personnes lui ont fait des propositions de mariage, entre autres un garde forestier de la couronne, et un des principaux ouvriers d'une fabrique en voitures: c'étaient des partis fort avantageux pour une fille qui n'a rien; mais elle a été sourde à ces propositions: elle ne veut quitter ni sa mère, ni sa maîtresse, ni les enfants. Ce qui est remarquable, c'est qu'elle ne parait pas se douter qn'il y ait quelque mérite à se conduire de la sorte ; elle croit ne remplir qu'un devoir.

«L'hiver dernier, M°" Charveys a reçu un secours de la liste civile; elle s'est empressée d'en offrir une part à sa fidèle domestique; elle a donné 5o francs à Emélie pour acheter des chemises et quelques vêtements. Émélie Corrette reçoit les 5o francs; mais voyant que ce qui restait à M°" Charviys suffisait k peine pour se procurer un peu de bois et paver quelques dettes, elle court acheter pour sa maîtresse un manteau qui lui coûte 3o francs. Lorsqu'on lui fit des observations sur l'excès de son désintéressement, elle répondit : « Pouvais-je laisser ma malheureuse dame « vêtue d'une simple robe, par le froid qu'il fait? Avec Il vingt francs, je puis acheter deux chemises, deux « paires de bas, une paire de souliers; cela me suffit « pour le moment : la Providence fera le reste. "

«L'Académie a cru devoir décerner un prix de 2,5oo francs à Emélie Corrette. »

uVn prix de i,5oo francs a été décerné à Marie- Anne Dnrupt, demeurant à Plombières, département des Vosges. Entrée fort jeune encore au service d'un père de famille, vieux, infirme, et qui ne pouvait donner que des gages bien modiques, Marie- Aune Durupt sacrifia ses forces et sa santé pour panser et soigner son maître pendant quinze ans.

u Après la mort de son maître, elle revint dans la

chaumière paternelle. Son père et sa mère étaient accablés par l'âge et la misère: Pendant quinze autres années, elle les soutint de son travail jusqu'à la fin de leur carrière, et sans que jamais ils aient eu besoin de recourir à la mendicité.

«Sans négliger ses parents, Marie-Anne Durupt a trouvé le moyen d'élever huit entants pauvres et abandonnés; elle les a successivement gardés près d'elle jusqu'au moment ou chacun a pu apprendre un état : elle n'avait, pour subvenir à leur éducation, que les modiques secours usités en pareil cas.

u Aujourd liui, elle est vieille et valétudinaire; un des boit enfants abandonnés est encore à sa charge, et de plus, elle a recueilli dans sa chaumière deux frères moins âgés qu'elle, mais déjà vieux et réduits à la plus profonde misère. »

(i Antoinette Nallard, née à Pont-de-Veyle et demeurant à Toissev, département de l'Ain, a suivi religieusement l'exemple d'une mère pauvre, mais charitable, qui avait consacré sa vie au soulagement du malheur. Dans son zèle, elle obtint de sa mère de lui céder une femme réduite à la mendicité, et défifiuréepar une cruelle maladie de peau. Tous les jours, après avoir pansé la pauvre femme avec une affectueuse compassion, elle la conduisait à la porte de l'église, pour v attendre les aumônes qui fournissaient à sa subsistance.

a Quoique mère de famille et sans fortune, Antoinette Nallard s'est empressée d'adopter une jeune fille que la mort de sa mère livrait à l'abandon. La santé de la jeune enfant était altérée; pendant quatre ans, Antoinette ÎNallard l'a soignée, et lui a procuré les remèdes dispendieux qu'exigeait son état, jusqu'au moment où la jeune fille a succombé.

«Antoinette Nallard est tellement connue, qu'il n'est pas de famille pauvre et malade qui ne s'empresse deirappeler; à Tinstaut, elle abandonne son travail, elle accourt, elle multiplie ses soins, elle va solliciter des secours auprès des riches. On l'a vue, lorsque des malheureux se présentaient trop tard pour profiter d'une distribution de pain, leur donner avec joie presque tout le pain qu'elle venait de faire pour elle-même; on l'a vue, au milieu des froids excessifs, accompagner ce premier don du peu de linge dont elle pouvait se priver.

«Mais ce qui distingue Antoinette Nallard, c'est une charité industrieuse et délicate : lorsqu'elle est appelée près des riches, clic substitue à sa place des femuies plus pauvres qu'elle, pour leur faire gagner le salaire qu'on lui destinait; elle ne manque jamais d'aller elle-même chez ceux qui ne peuvent reconnaître ses services que par leurs actions de grâce.

li L'Académie a décerné un prix de 2,000 francs à Antoinette Nallard.»

u Le i5 septembre iSaô, une pauvre femme, Joséphine Dufour, mère de (juatre enfants en bas âge, passait sur la place Maubert, tenant d'une main un de ses enfants, et portant sur un bras le plus jeune âgé de deux mois. Un angle de corniche détaché du haut d'une maison, tombe sur Joséphine Dufour; les

enfants ne sont pas atteints; la mère est tuée entre ses deux enfants. La malheureuse femme laissait ses quatre orphelins dénués de toutes ressources. A la vue de ce déplorable accident, la pitié publique est excitée; une quête se fait spontanément dans le marché de la place Maubert. i^administration des hospices, prévenue par le bureau de charité, donne un asile aux trois aines à l'hospice des orphelins; mais le quatrième ne peut être placé qu'aux enfants-trouvés.

"Geneviève-Françoise Ribollet, femme de M. Degenne, ouvrier imprimeur, alors nourrice de son dixième enfant, avait été témoin du fatal événement; en voyant le pauvre petit couché par terre, près de sa mère expirante, elle s'était empressée, elle avait apaisé ses cris en lui présentant le sein, l'avait emporté chez elle, et déjà elle avait obtenu le consentement de son mari pour nourrir rorphelin en même temps que son propre enfant. Lorsqu'on vint lui offrir de placer son nourrisson à l'hospice, elle déclara qu'elle ne voulait point s'en séparer, et voilà près de deux ans qu'elle donne à cet enfant tous les soins qu'on peut attendre d'une mère, sans avoir reçu d'autre indemnité que la portion qui revenait à son nourrisson dans le produit de la quête de la place Maubert.

u L'Académie a de'cerné à M°" Degenne un prix de i,5oo francs. >»

(i Louise-Dorothée Schreiber et Opportune Vaillant, ouvrières en linge, ont formé, depuis dix ans, un établissement tout à-la-fois ingénieux et charitable: elles logent, nourrissent et élèvent chez elles douze jeunes hlles pauvres, à qui elles apprennent leur état, et qui ne payent aucune rétribution. Pendant ces dix années. M"" Schreiber et Vaillant n'ont reçu, pour aider à la nourriture et à l'entretien de leurs élèves, que des secours du bureau de charité et du curé de leur paroisse; c'est avec le produit du travail qu'on fournit au surplus des dépenses. Quand une élève est assez instruite, elle est aussitôt remplacée par une autre.

« Depuis que le rapport sur cet établissement nous a été adressé. M"' Schreiber est morte; M"' Vaillant continue seule le pieux ouvrage qu'elle a commencé avec sa compagne.

(i L'Académie a cru devoir décerner à l'établissement des demoiselles Schreiber et Vaillant, une médaille d'or de 5oo francs. »

Je termine ici ces extraits, et je supprime, par la raison que j ai dite, le récit de plusieurs autres actes de vertu non moins digues d'admiration; l'Académie a eu onze prix à décerner. Vous voyez, mes amis, que la vertu n'est pas étrangère aux conditions humbles de la société: elle a droit d'y être honorée et respectée, car c'est là sans doute qu'elle a le plus de nu-rite. Il est aisé d'être vertueux dans la prospérité; mais la vertu du pauvre, la vertu de celui qui est privé de toutes les douceurs de la vie, la vertu de celui qui souffre et qui aide encore les autres, c'est celle là qui est difficile et admirable.

Imprimerie de JUI.ES DIDOT AlNt:, imprimeur dv roi, rue du Poni-dc-Lodi. u' 6.

Dimanche, 23 SEPTEM. 1827.

Le prix de 1 abonnemcn^ est, pour Paris, de 22 francs par an, et de 12 francs pour sii mois; pour les départements, de 24 francs par an, et i3 francs pour six mois.

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Bureau de l'abonnement , cher Louis Colas, libraire, rue Dauphine , n* 32 ; et chez les principaux libraires et directeurs des postes des dcpartemeols.

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CORRESPONDANCE

RÉPO>'SES DU BON GÉNIE

A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEUNES AMIS

Qu'est-ce que la chaux?

La chaux est une substance minérale, une sorte de terre très abondamment répandue dans la Nature. Elle ne s'y trouve pourtant jamais à Tétat de pureté; mais elle forme la base d'un grand nombre de combinaisons avec des acides. Combinée avec l'acide carbonique, elle produit le carbonate de chaux, substance qui semble nous avoir été prodiguée par la Providence en proportion de son immense utilité. Les marbres blancs et colorés, les albâtres, la plupart des pierres à bâtir, entre autres celles des environs de Paris, les pierres d'où on retire la chaux employée pour le mortier, sont des carbonates de chaux. Combinée avec l'acide sulfurique, elle produit le sulfate de chaux, autre substance d'une grande utilité et aussi fort abondante, d'où on retire le plâtre. La butte de Montmartre près Paris, en est presque entièrement composée. Le premier de ces deux corps se présente quelquefois en très beaux cristaux transparents, qui

affectent des formes variées, mais parfaitement régulières. Les plus beaux viennent d'Islande, ce qui leur a fait donner vulgairement le nom de cristal ou spath d'Islande. Ils ont peu de dureté, et se laissent facilement rayer par uu couteau. Quand on les brise, ils se partagent en fragments qui, quelque petits qu'ils soient, offrent toujours la même forme, celle d'un solide à six faces, qu'on nomme rhomboïde, et dont vous pouvez vous faire une idée, en supposant un cube qu'on aurait comprimé dans le sens de deux de ses angles opposés. C'est la régularité de ces fragments qui a fait découvrir le mystère de la cristallisation, que je vous ai expliqué dans le temps, en vous parlant des cristaux. Le marbre blanc et les albâtres sont des carbonates de chaux, cristallisés avec moins de perfection et d'une manière confuse; les marbres colorés sont des carbonates de chaux, mélangés de diverses substances étrangères; la pierre à bâtir et la pierre à chaux sont des carbonates de chaux grossit rs. Le sulfate de chaux se présente également quelquefois sous la forme de cristaux qui se divisent facilement en lames, et qui offrent aussi des formes régulières. Ils sont vulgairement connus sous le nom de gypse; on a aussi appelé mhxtirs dànes, (je ne sais trop pourquoi ), les grandes lames de gypse qu'on a trouvées h Montmartre. Les alabastrites sont des sutfiUes

de chaux, crislalllsés confusément; la pierre à plâtie est un sulfate de cliaiix {grossier.

Pour obtenir, de la pierre à chaux, la chaux pure ou chaux vive, il suffit de calciner cette pierre. On l'expose, à cet effet, à l'action d'un feu ardent, dans des fours disposés exprès, qu'on nomme/oi/;'5 à chaux, et où lair circule librement. Cette opération enlève à la pierre son acide carbonique, et la chaux reste pure. Dans cet état, elle absorbe l'eau avec la plus grande avidité, et il se fait alors un dégagement prodigieux de chaleur. Si on ne l'arrose que peu h peu avec de Teau, elle parait rouge dans l'obscurité, et met le feu aux corps combustibles avec lesquels elle se trouve en contact. Si on l'arrose d'une quantité d'eau suffisante, elle se réduit en une pâte blanche qui, mêlée avec du sable, forme le mortier dont on se sert pour bâtir. Ce mortier, qui se durcit en séchant, adhère aux pierres et les unit entre elles avec solidité. On a imaginé aussi différents ciments plus solides et plus durables que le înortier; on les compose en mêlant à la chaux, soit de la brique pilée, soit une espèce de cendre volcanique appelée pouzzolane.

Qu'est-ce que /'arbre du diable?

On a donné ce nom à un petit arbre des contrées chaudes de l'Amérique, qui s'élève à la hauteur de notre sureau, et dont le véritable nom est sablier. Son fruit est une capsule ligneuse, de forme arrondie, comprimée aux deux bouts, et qui renferme les {jraines. Ce fruit, arrivé à sa maturité et desséché par l'ardeur du soleil, se fend, s'ouvre avec élasticité, éclate avec bruit, et lance au loin ses graines. Si on le cueille, avant même qu'il soit entièrement mûr et si on le place dans un lieu sec et chaud, il ne tarde pas à offrir bientôt le même phénomène. C'est ce bruit qu'il fait en éclatant, qui a fait donner à l'arbre qui le porte les noms de pet du diable, arbre du diable. On l'appelle sablier, parce que les habitants de l'Amérique ouvrent son fruit par un bout, et après en avoir été les semences, le remplissent de sable dont ils se servent pour sécher l'écriture.

MOTS A L'OREILLE

^ N'ajoutons point à nos maux par nos craintes ou nos souvenirs : à chaque temps suffit sa peine; n'évoquons ni des chagrins passés, ni des malheurs imaginaires.

Vç, Recevons les peines comme des épreuves ou des punitions: n'enlaidissons pas le malheur, en lui prêtant les traits de l'injustice.

% Dans un malheur, dans un tort, dans une faute, nous pouvons trouver le germe d'une vertu : n'y cherchons jamais autre chose.

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