LA RICHESSE D'UNE MÈRE
Sous un large tilleul dont le paisible ombrage
Protégeait, depuis bien des ans, Le repos des vieillards, les ris des jeunes gens, Un jour les anciens du village Regardaient danser leurs enfants.
Ils se contaient entre eux leurs secrets de famille, Leurs peines , leurs plaisirs , leur espoir , leurs soucis.
Parmi tous ces naïfs récits, J'ai retenu celui que Mère Pétronille Fit en ces mots à ses amis :
Vous admire^ tous ma Denise, Et vous apprendrez sans surprise Que la Dame de ce hameau , La trouvant si douce et gentille , En ait voulu faire sa fille Et l'élever dans son château.
Viens près de moi, petite amie.
Lui dit-elle un jour tendrement; Tu seras mon enfant chérie;
Je ferai le sort de ta vie
Et te placerai dignement.
Tu porteras riche dentelle ,
Fichu brodé, joli chapeau ,
Comme une noble demoiselle.
Tu trouves qu'ici tout est beau ;
Viens-y, si tu veux être belle :
Tu verras nos festins, nos jeux.
Et de fête en fête nouvelle
Tes jours s'écouleront heureux.
Oh! Madame, dit ma Denise,
Vous êtes trop bonne vraiment;
Mais puis-je être richement mise?
Ma mère est mise pauvrement.
A vos fêtes comment me plaire?
Quel goût avoir en un festin , Quand je sais que mon pauvre père Travaille et n'a rien que du pain?
— Tu raisonnes en bonne fille.
Dit la Dame; mais, mon enfant, Je veux donner à la famille
De quoi vivre plus aisément.
— Oh! oui, vous êtes généreuse; Mais nous n'avons pas de besoins; Avec peu ma mère est heureuse.
Et pour elle, la chose affreuse Serait la perte de mes soins.
— Ah! s'écria la châtelaine.
Donnant à Denise un baiser , Dieu me garde de vous causer, Bonnes gens, si cruelle peine!
Mais je me souviendrai de toi, Denise; va dire à ta mère Qu'elle est bien plus riche que moi , Puisque dans son humble chaumière Elle possède un doux trésor,
Dont ni la puissance ni l'or Ne peuvent priver sa misère.
Dans le hameau , depuis ce jour.
Jamais la Dame n'est venue Sans nous dire un petit bonjour, Et sans répéter tout émue.
Faisant un soupir à part soi :
Allez, ma bonne Pétronille, Quoique je dote votre fille.
Vous êtes plus riche que moi'
VARIÉTÉS
Une petite fille de mes amies, âgée seulement de neuf ans, m'a dit l'autre jour un mot tellement plein de raison, de sentiment et d'amabilité, que je ne résiste pas au désir de le consigner ici. « Ma petite Julie, lui demandais-je, qui aimez-vous mieux de vos deux cousines Mathiide et Caroline? — Je les aime bien toutes deux, me rénondit-clle; cependant je préfère Caroline. — Et voudriez-vous me dire pourquoi?
C'est que Caroline m'a quelquefois donné de bons
conseils, quand je faisais quelque chose de repréhensible, et qu'elle m'a avertie de plusieurs défauts dont je chercherai à me corriger; au lieu que Mathiide ne m'est utile que pour jouer avec moi, et ne s'inquiète pas du tout que je me conduise bien ou mal. — Vous aimez donc beaucoup, repris-je, les personnes qui vous donnent de bons conseils? — Vous le savez bien , mon bon Cénie,» dit-elle en me sautant au cou. J'avoue que rien ne pouvait me ttatter et me toucher plus sensiblement que cette charmante réponse.
1.MP1UMERIE DE JULES DIDOT aîné, imprimeur du roi, rue du Poni-ao-Lodi , u" C.
DlMA.NCIIF, SoSEPTEM. iS^".
Le |iiix de rahoiincmii.i est, pour Paris, de 27, francs par an, et de 11 francs pour six mois; pour les départcnienls, de 24 francs par an, ei i3 flancs pour six mois.
Bureau de l'aboonemen' , chez Louis Colas, libraire, rue Daupliine , n* 32 ; et chez Icj principanx libraires et directeurs des postes de»
(Icpartemcots.