‹ Le Bon génieChapitre 68 sur 135 · NO 2G · texte numérisé non relu

NO 2G

Bureau de l'abonnemen'. , chez Locis Colas, libraire, ,ne Uauphine , n* 32 ; et chez les principaux libraires et directeurs des postes des Qcpartemenis.

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LWCAJOU.

En me demandant ce que c'est que Y acajou, (car je réponds encore aujourd'hui à une question ), on a eu sûrement en vue le bois d'acajou. Or, je dois commencer par vous dire, mes amis, que l'arbre qui donne ce bois n'a rien de commun avec l'arbre qui porte proprement le nom d'acajou. Je vais au reste vous offrir quelques notions sur tous les deux.

Le l)ois cl acajou est le bois d'un arbre nommé tnaliogon, qui croît particulièrement à 8aint-Doniin{;ne et dans plusieurs îles du golfe du Mexique. Cet arbre est d'un beau port; son écorce est cendrée et parsemée de points tuberculeux; lorsqu'on entame cette écorce, elle laisse couler une gomme transparente, abondante, et semblable h celle dite arabique. Le maliogon croît fort vite; il se plait sur les montagnes, dans des lieux presque absolument privés de terre, et cependant il acquiert jusqu'à cinq et six pieds de diamètre. Les semences germent dans les fentes des rochers, et quand les fibres de leurs racines trouvent une résistance insurmontable, elles rampent jusqu'à ce qu'elles rencontrent d'autres fentes où elles puissent pénétrer. Il arrive quelquefois qu'en grossissant elles font éclater le rocher.

Vous connaissez tous le bois de cet arbre, l'un des

meilleurs et des plus beaux qui existent pour tous les ouvrages de charpente, de menuiserie, d'ébénisterie et de tabletterie. On le prépare sur les lieux, en madriers d'environ deux toises de long, sur deux, trois, quatre pieds de large, et même plus; c'est ainsi qu'il est mis dans le commerce et qu'il nous arrive en Europe. On le débite ensuite en planches plus ou moins minces, dans le lieu où on l'emploie. Le bois ifacajou se vend d'autant plus cher, que l'arbre qui l'a fourni était vieux; pane que plus il est âgé, plus il est compacte, plus il est coloré, et plus il est susceptible de recevoir un beau poli. Ce prix augmente lorsqu'il se trouve des nœuds ou des accidents propres à former dans l'enqjloi des effets agréables. Les racines donnent encore plus de ces accidents, et elles se vendent aussi plus cher, parce qu'elles sont plus difficiles à arracher, et qu'on n'en obtient que rarement d'un certain volume.

Le bois d'acajou est employé en massif dans les ouvrages de charpente et de menuiserie. Les Espagnols, qui avaient un chantier de construction à la Havane, oii le )>ialiO(jon est assez commun, le préféraient pour leurs navires de guerre, parce qu'il est d'une longue durée, qu'il reçoit le boulet sans se fendre, et que les vers ne l'attaquent pas. Dans les ouvrages d'ébénisterie, on l'emploie ordinairement en placage, c'est-

à-diie, qu'on le scie en feuilles très minces qui sont appliquées sur un bois plus commun. On rend ainsi plus agréables les effets du 60/5 d'acajou, en les répétant de manière à leur donner de la régularité et de la symétrie. Vous comprenez, en effet, que s'il existe un accident dans un morceau de ce bois, les dessins que produit cet accident se retrouvent dans chacune des feuilles minces qu'on retire du même morceau; il suffit alors de les appliquer Tune auprès de l'autre, en différents sens, pour avoir une répétition régulière des mêmes effets. C'est ainsi qu'on obtient ces beaux accidents symétriques qui vous ont quelquefois frappés sur des bois de lits, des commodes, des secrétaires, ou d'autres meubles.

Il me reste à vous parler du véritable acajou ou pommier d'acajou , qui n'a aucun rapport avec le mahogon.

Le pommier d'acajou est un arbre de médiocre grandeur, qui croît dans les parties chaudes de l'Asie et de l'Amérique. Cet arbre porte un fruit qui est une noix, lisse et grisâtre extérieurement, attachée par son plus gros bout au sommet d'un réceptacle charnu, qu'on appelle pomme d'acajou. Cette pomme, qui est rouge ou blanche, plus ou moins ronde, et de la grosseur d'une petite orange, renferme une substance spongieuse, aqueuse, et pleine de fibres déliées, d'un goût acide et assez acre. Elle se mange crue ou en compote. Le suc qu'on en exprime, ayant fermenté, devient une boisson vineuse, que les Anglais, en Amérique, mêlent quelquefois dans leur punch. Quant à la noix, elle contient une amande blanche très bonne, et qui a un goût approchant de celui de l'aveline, mais beaucoup plus fin et plus relevé. On la sert sur les tables en guise de cerneaux; on peut aussi la manger grillée; mais il faut se garder, en la préparant, de trop manier, et sur-tout de porter à la bouche la coque extérieure qui l'enveloppe, parce qu'elle est remplie d'une huile acre très inflammable, qui fait naître des ampoules sur la peau. Cette huile tache le linge d'une manière indélébile, et sert aussi à consumer les verrues et les cors des pieds.

Lorsqu'on fait une incision à cet arbre, il en découle une espèce de gomme transparente et roussâtre, qui, fondue dans un peu d'eau, tient lieu de colle ou de glu : on s'en sert pour donner le lustre aux meubles, et pour coller tout ce qu'on veut soustraire aux insectes et à l'humidité.

Le bois du pommier d'acajou est blanc et ne ressemble en rien à celui du mahocjon. On l'emploie toutefois dans les ouvrages de menuiserie ou de charpente; et comme il est ordinairement tortueux, on en fait particulièrement des corniches, des ceintres et autres objets auxquels sa forme se prête.

Vous voyez, mes amis, qu'il ne faut point com-

fondre ces deux arbres, et croire que ce soit le même qui donne la noix d'acajou et le bois d'acajou. Ce dernier est improprement nommé, et porterait plus convenablement le nom de bois de mahogon.

MOTS A L'OREILLE

^ Qui peut dire : Je n'ai rien à faire? N'a-t-il donc ni devoirs à remplir, ni défauts à perdre, ni talents à perfectionner, ni consolations, ni bienfaits à répandre?

^ Il y a pour tout homme, en tout temps, à toute heure, des pardons et des grâces à demander à Dieu : celui qui s'ennuie ne sait donc pas prier.

^ L'espérance paresseuse de devenir riche, habile, considéré, sans travail, sans effort et sans vertu, n'est qu'une espérance folle et sujette à mécompte.

v^ L'espérance active et courageuse d'acquérir l'aisance par le travail, l'habileté par l'application, l'estime des autres et de soi-même par la bonne conduite, est une espérance raisonnable, qui trompe rarement.

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