PROVERBE
A quoi jouerons - nous aujourd'hui? demandait Marcelin à la joveuse troupe d'enfants réunis au château de Bellerive. — Jouons la comédie, répond Frédéric.— Oui, oui, la comédie, s'écrient tous les enfants... Mais quelle comédie jouerons-nous?
Frédéric : Je vais vous en faire une.
Marcelin: Mais il nous faudrait des décorations.
Frédéric: C'est la chose du monde la plus facile! Je me charge de vous barbouiller les feuilles d'un vieux paravent, qui feront parfaitement notre affaire.
Pauline: Tu sais donc peindre?
Frédéric: Mais... à-peu-près; j'ai enluminé tout l'hiver les lithographies du bon Génie. D'ailleurs, dans les décorations, j>lus on barbouille, plus cela fait d'effet de loin. Laissez-moi faire; notre théâtre sera délicieux. Courons au garde -meuble chercher un vieux paravent.
Lucie : Il faut d'abord demander la permission à notre tante.
Pauline: Et des couleurs pour peindre! qui te les fournira?
Frédéric: Bast ! du blanc d'Espagne, de l'ocre rouge et jaune, du noir de fumée; nous trouverons
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tout cela au village, chez le vieil épicier qui vend du sucre d'or{je.
Marcelin : Avant de peindre les décorations, il faudr;iit, je crois, faire la comédie; car c'est la pièce qui détermine le lieu de la scène.
Frédéric: xVh 1 oui, au fait. Attendez-moi : je vais composer dans le berceau de charmille, au bout des sycomores; j'aurai bientôt broché la pièce; je suis à vous dans un moment.
Lccie: Veux-tu mon crayon?
Frédéric: Merci, c'est inutile : je composerai de mémoire.
Marcelin: Bon courage! Ah! ça, Mesdemoiselles, jouons à la cligne-mussette , en attendant sa comédie...
Pauline : Qui pourra bien se faire attendre longtemps.
(La proposition est acceptée, le jeu commence : on court, on rit aux éclats; on oublie l'auteur Frédéric, qui se morfond dans son bosquet. Cependant, las d'invoquer Thalie et de se creuser la tête, il revient lentement et d'un air tout pensif, au milieu de ses camarades. Le jeu cesse, on Tentoure, il se fait un grand silence).
Frédéric: Attention ! Messieurs et Mesdemoiselles! Voici ma comédie : d'abord, le théâtre représente... un berceau de charmille.
Pauline: Bon! voilà la décoration toute trouvée; autant d'épargné pour le décorateur.
Frédéric : Sept enfants... Combien sommes-nous? sept, je crois...
Pauline: Non, huit, en te comptant.
Frédéric : C'est égal; huit enfants sont réunis pour passer la journée ensemble... L'un, qui s'appelle... Gustave, entre en scène et dit : « Mes amis, nous allons bien nous amuser... » C'est Marcelin qui fera ce rôle là.
Marcelin : Conte nous toujours la pièce, avant de distribuer les rôles.
Frédéric: A la bonne heure! Une des demoiselles lui répond : «Oui, oui, amusons-nous...» Alors un autre petit garçon ajoute : " C'est aujourd'hui congé... par conséquent... nous pouvons... jouer toute la journée... D'ailleurs, nous... » Non; une petite fille l'interrompra fort à propos, en s'écriant: " \ quoi jouerons-nous...? » ensuite un quatrième dira:... u Ah! oui, jouons... ça nous divertira. »
Pauline : Il vaut mieux nous indiquer tout de suite les personnages, le sujet, le plan et les principales scènes de ta comédie; nous dirons ensuite, chacun ce qui nous passera par la tête.
Frédéric: Oui, j'entends, nous improviserons.
Marcelin: Voyons, vite! les personnages!
Frédéric: C'est très facile; nous sommes huit... nous n'avons qu'à changer tous de noms.
Pauline: Pourquoi ne pas garder les nôtres? Cela ne fait rien pour la pièce, puisque nous jouons tous des rôles d'enfants.
Frédéric: Eh bien, gardons nos noms.
Marcelin : Maintenant, le sujet?
Frédéric : Le sujet!... il est fort simple : ce sont des enfants... au nombre de huit... qui sont... réunis pour passer la journée ensemble.
Lvcie: Mais ce n'est pas une pièce, ça.
Frédéric : Attendez donc! Les détails viendront ensuite.
Marcelin : Mais le plan?
Frédéric: Le plan!... le plan... C'est tout simple; nous sommes tous en scène... Chacun parle a son tour, et dit... tout ce qui lui passe par la tète.
Pauline : Et le dénouement?
Frédéric : Le dénouement!... Ah! je n'ai pas encore dessiné tout-à-fait le dénouement. C'est égal; attendez... m'y voici... Le dénouement sera que... que... Mais je ne puis pas savoir d'avance comment cela finira, puisque nous improvisons.
Pauline: Attendez! je crois que j'en trouve un qui sera très naturel.
Marcelin: Vovons, voyons!
Frédéric : Permettez, permettez ! il ne faut pas que le dénouement change la décoration; songe bien, Pauline, que nous sommes toujours dans un berceau de charmille.
Pauline: Sans doute, unité de lieu! c'est de rigueur. Un des enfants, après avoir proposé de jouer la comédie, se charge de faire la pièce. Il va sennuver seul, pendant une grande heure, dans un berceau de charmille, tandis que les autres jouent de tout leur cœur. Las enfin de se creuser la tête, Monsieur Fauteur revient conter sa pièce; il s'embarrasse au dénouement, quand un camarade charitable lui dit à l'oreille : Promettre et tenir sont deux. Voilà le proverbe de ta comédie. a. d.
LITHOGRAPHIE
Le dessin joint aujourd'hui à ce journal s'adresse moins à mes lectrices qu'à mes lecteurs. II représente le Jeu de Ballon, qui n'est pas trop un jeu de demoiselles, mais qui offre aux jeunes garçons un des exercices corporels les plus salutaires auxquels ils puissent se livrer. Pour être habile à ce jeu, il faut tout à-la-fois de la force, de l'adresse et de l'agilité; il faut bien courir, se mouvoir avec souplesse et promptitude, avoir le coup-d'œil juste et vif, et le poignet ferme. II met en action toutes les parties du corps, et par conséquent, il tend à favoriser le développement de tous les organes.
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Ce jeu a été autrefois fort à la mode; je me rappelle avoir vu les Champs-Élisées remplis de joueurs de ballon, depuis le matin jusqu'au soir. Ce n'était pas seulement l'exercice des écoliers; les hommes aussi s'y livraient avec passion. Son règne a fini, comme cela arrive toujours; mais je ne serais pas étonné que bientôt il reprit faveur, car, en rentrant dans Paris, il y a quelques jours, par la barrière de l'Etoile, j'ai vu sauter en l'air un assez bon nombre de ballons, dans le carré de Marigny.
Quoi qu'il en soit, j'envoie aujourd'hui ce dessin à mes jeunes amis, pour leur recommander un divei'tissement agréable et salutaire, à une époque de l'année oii il commence à être plus particulièrement de saison.
VARIÉTÉS
Je connais une jeune personne qui a eu tant de chagrin de voir son frère rentrer au collège à la fin des vacances, qu'elle n'a pas encore retrouvé le courage de toucher un livre, une plume, un crayon ni une aiguille, depuis cette séparation. Elle passe ses journées à bailler, à se traîner nonchalamment du salon au jardin, du jardin au salon, et quand il pleut, à regarder tomber la pluie, à travers les carreaux de la fenêtre. Ce sont là des symptômes de regrets, qui ont une furieuse ressemblance avec ceux de la paresse; et j'avoue franchement que je ne sais trop qu'en penser. Le frère de cette jeune personne ne s'est pas éloigné du toit paternel et du sein de sa famille, sans éprouver un vif serrement de coeur; mais il est toutefois rentré avec raison et dignité dans son collège; il s'est mis au travail avec ardeur pour faire diversion à ses regrets; il a déjà écrit deux fois à sa mère, et à sa sœur; et il a eu la satisfaction de leur annoncer qu'il avait obtenu la seconde place à la première composition. Ce jeune homme, on peut le prédire, aura toute sa vie une ressource contre le chagrin et contre l'ennui.
— Voici une petite anecdote qui offre un singulier exemple de loyauté et de bonne foi.
Un pair d'Angleterre revenait de ses terres à Salisbury; il était seul dans sa voiture; son domestique qui courait devant était fort éloigné; deux honnnes se présentèrent le soir sur le grand chemin, ordonnèrent au postillon d'arrêter, et faisant mille excuses au lord, de ce qu'ils interrompaient i^n moment son voyage, ils le prièrent de leur donner de l'argent; mais n'étant pas, disaient-ils, assez insolents pour taxer un homme de son rang, ils déclarèrent qu'ils
seraient contents de ce qu'il voudrait bien leur donner. Le lord leur présenta une grosse bourse de jetons de cuivre, qu'il avait par hasard sur lui; les voleurs la prirent sans l'ouvrir, et lui firent mille remercîments. Le lord réfléchissant sur le présent qui en était l'objet, eut des remords de tromper des brigands aussi polis, et cédant à ses scrupules, il se crut obligé de répondre à la confiance qu'ils lui témoignaient; il les rappela au moment qu'ils se retiraient, leur redemanda sa bourse, leur fit voir ce qu'elle contenait, et leur faisant mille excuses d'avoir voulu les tromper, leur présenta tout l'argent qu'il avait sur lui. Les voleurs acceptèrent, élevant jusqu'au ciel la justice, la probité et l'honneur du lord , dont ils prirent congé en donnant généreusement une demi-guinée au postillon, afin qu'il réparât, en poussant les chevaux, le retard que cette scène avait apportée au voyage du lord.
— C'était autrefois l'usage d'écrire sur le contour d'un pot, de belles inscriptions grecques ou latines, et quand il arrivait que quelqu'un était obligé de les relire plusieurs fois avant de pouvoir les expliquer, on lui reprochait de tourner loncj'temps autour duf)Ot. De là est venu l'emploi que l'on fait encore aujourd'hui de cette expression, à l'égard de personnes qui se servent de circonlocutions oiseuses au lieu de s'énoncer nettement, ou qui perdent leur temps en vains préparatifs pour une affaire qui devrait être traitée sans retard.
J'engage mes jeunes correspondants à ne pas tourner trop long-temps autour du pot pour répondre à mes dernières questions, afin de ne pas arriver après le délai fixé.
Je verrai, en examinant leurs réponses, si quelques uns n'ont pas tourné autour du pot pour exprimer leur pensée.
— Ce n'était que sur les vases précieux qu'on mettait autrefois de belles inscriptions, comme je viens de le dire; mais on n'écrivait rien sur les cruches destinées au service du ménage. De là l'usage d'appeler un homme docte vase de science ( vas scientiœ); et de dire, en parlant d'un ignorant : C'est une cruche.
AVIS
Ceux des souscripteurs à ce Journal, dont l'abonnement date du i" novembre 1826 pour un an, ou du i" mai i8?,7 pour six mois, et expire par conséquent à la fin d'octobre courant, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche 4 novembre prochain, afin de ne pas éprouver de retard dans lenvoi des numéros prochains.
IMPRIMEUIE DE J l'LtS DIUO 1' AlNl":, IMPRIMEUR Dt ROI, ruc llu l'oill-ile-Loill . u*^ 6.
Dimanche, .'» .novlmb. iSi:
Le pris de rahoniieiiii'iil est, pour Paris, de 2i francs par an, et de 1 2 fi-aacs pour six mois; )>our les départements, de 24 francs par an, et i3 francs pour six mois.
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