COURS DE M. LEVI
J'ai assisté, la semaine dernière, à une séance du cours de langue française, d'histoire et de géographie, fait par M. Lévi, d'après une méthode qui lui est particulière, et spécialement destiné aux jeunes personnes (i). M. Lévi est ce même professeur dont je vous ai déjà parlé l'hiver dernier, et qui donne de si jolies soirées à ses élèves. Il a trouvé le moyen, au reste, de les amuser même pendant ses leçons, et de leur rendre l'étude tellement agréable et facile, qu'il faudrait être bien dépourvue d'intelligence ou de bonne volonté, pour ne pas faire de rapides progrès sous sa direction. Je ne vais pas entreprendre d'exposer sa méthode, parce que cela m'entrainerait beaucoup trop loin ; je dirai seulement qu'elle est fort attachante pour les élèves, ce qui est assurément le premier moyen de succès. On étudie la géographie en faisant des Voyages d'observations et de découvertes sur la carte et sur un tableau; on repasse l'histoire et la chronologie en devinant des énigmes, dont M. Lévi a composé un recueil qui forme un petit livre très intéressant. Quel que soit le sujet d'étude, le professeur ne laisse pas prononcer un nom propre ou un mot tant soit peu inusité, sans en demander l'explication, qu'il faut donner soit sur-le-champ, soit à la leçon suivante, après avoir fait les recherches nécessaires. Une explication en amène ainsi plusieurs autres qui sont tout-à-fait inattendues, et d'autant plus piquantes; en sorte qu'indépendamment des principaux objets du cours, on apprend encore incidemment une multitude de choses que je n'ai point vu enseigner ailleurs, et qu'il est pourtant très bon de savoir. J'ai entendu une petite fille de huit ans répondre imperturbablement à toutes les questions qui lui ont été faites sur la chronologie des rois de France; j'ai vu des cartes de géographie et des tableaux chronologiques faits par de plus grandes, et qui m'ont étonné soit par leur netteté, soit par leur forme ingénieuse.
M. Lévi donne aussi à ses élèves de petites compositions littéraires à faire, pour former leur style. Il leur avait donné l'autre jour pour texte, l'Éloge dune jeune fdle gui remplit dignement, envers sa mère malade, les devoirs de la piété filiale. Parmi les élèves, il en était une qui se trouvait précisément dans ce cas; elle a été prise pour exemple par une de ses petites amies qui suit le cours avec elle, et elle a traité ellemême le sujet d'après ses propres impressions. Cette circonstance m'a paru jeter sur un intérêt particulier sur leurs deux compositions, et je ri'ai pas résisté au désir d'en demander communication pour en faire part à mes amis. Voici la première:
Il Je ne m'épuiserai pas en longues recherches pour trouver un développement au texte que nous a donné M. Lévi; j'ai sous les yeux un exemple, et le simple récit de ce que je vois me tiendra lieu d'étude et d'imagination. Parmi mes bonnes amies, il en est une
(i) Rue de Seine, n" 3a.
( io8 )
que je citerai, sans la nommer, comme un modèle de pieté filiale. Sa pauvre Maman est malade depuis quelques mois; ma petite amie, quoique bien jeune encore, la soigne avec une douceur et une tendresse qu'admirent tous ceux qui la connaissent. La fille, assise près du lit de la mère, ne quitte pas un seul instant le poste quelle s'est choisi. Je la voi: s'acquittant des devoirs de la garde la plus attentive; versant elle-même le breuvage ordonné par le médecin; veillant avec un douloureux plaisir auprès de sa malade, quand celle-ci trouve parfois un repos qui lui est si nécessaire. Une porte qu'on ouvre, un chien qui aboie, une voiture qui roule, tout l'inquiète pour le sommeil d'une mère! Si elle s'éloigne de quelques pas, c'est pour aller sur la pointe du pied, jusqu'à la porte de la chambre, faire signe à ses frères de jouer plus doucement; et quand elle revient, si sa mère est réveillée, elle en reçoit un regard de tendresse qui la récompense de ses soins et de ses inquiétudes. C'est alors qu'on doit éprouver, il me semble, que, quels que soient notre amour et notre respect pour notre mère, ils ne sauraient jamais acquitter une dette de reconnaissance qui, depuis notre première enfance, se renouvelle tous les jours et à chaque instant. » "Voici la composition de la jeune garde-malade: « Il me semble inutile de donner des éloges à une jeune fille qui remplit dignement, envers sa mère malade, les devoirs de la piété filiale. Ce sentiment est si naturel, on est si heureux lorsqu'on peut donner à ses parents une marque de reconnaissance et d'amour, et leur rendre une partie des soins qu'ils nous ont prodigués, qu'on trouve, dans le bonheur que procure raccompUsseuieut du premier des devoirs, sa plus douce récompense.
u Malheureusement ma bonne mère est malade; je remplis de mon mieux envers elle les devoirs de la piété filiale. Que je suis heureuse, lorsque je m'aperçois que je lui suis utile! C'est un bien faible moyen de lui prouver ma reconnaissance pour les soins et les attentions dont elle me comble chaque jour.
u Des éloges!... 11 me semble qu'une jeune personne qui ne fait que remplir un devoir sacré, que satisfaire le premier des besoins, celui d'alléger les souffrances de sa mère, n'en a pas besoin, parce qu'elle trouve dans son cœur même le prix de ses soins. »
Je ne me priverai pas du plaisir d'ajouter que les deux jeunes personnes qui ont écrit ces deux touchantes compositions . sont au nocnbre de mes jeunes correspondantes, et qu'on a déjà lu plusieurs fois des lettres d'elles dans ce journal.