LE PERROQUET, LE BOUVREUIL ET LA PIE
FABLE
Un perroquet, un bouvreuil, une pie, En même lieu vivaient de compagnie.
Le perroquet criait, sifflait, Le bouvreuil chantait, gazouillait, La pie en sautant babillait.
Jugez, à trois, de quel tapage Ils régalaient le voisinage!
On eût dit un sabat tenu par des démons Dans l'antre de quelque sorcière; Mais le plus plaisant de l'affaire, C'est que chacun crovait avoir mille raisons
Pour se plaindre de son confrère.
a Peste soit du musicien, u Et peste soit de la bavarde! >»
Disait le perroquet; >' Voyez s'ils auraient garde .> Dem'interrompre, moi qui contrefais si bien u Le sifflet du portier et la voix de son chien !
u — Allez-vous-en tous deux au diable, » Disait le virtuose ; a allez , siffleur criard ,
« Et caquetteuse impitoyable,
u Qui ne respectez pas mon art u Et me feriez fausser, si j'en étais capable.
u — Mais conçoit-on rien à cela? »»
Disait de son côté la pie;
i. Véritablement, ces gens là
« Sont bien mauvaise compagnie.
« On ne peut s'entendre parler;
a C'est pour en devenir malade:]
<i L'un ne cesse de gazouiller;
u C'est la gamme, c'est la roulade,
u C'est un prélude, et puis encor...
u L'autre fait le cri de la chatte,
u Du chien qui s'est cassé la patte,
(I La clarinette ou bien le cor.
»( J'en suis vraiment tout étourdie;
a C'est à n'v pouvoir plus tenir,
«I Et si l'on ne les fait finir,
u Ma parole d'honneur de pie,
a Je me tais pour toute ma vie. »
Tandis qn'avec aigreur nos trois bruyants oiseaux
Tenaient ensemble ce langage.
Leur maître souriait d'un air malin et sage, Puis sur son Souvenir il écrivit ces mots :
i. Lorsque l'importune présence, u Les sottes actions, les sots discours d'autrui
.. Me causeront par trop d'ennui,
li De fatigue ou d'impatience;
u Avant de m'en plaindre trop haut, a Afin de ne pas être injuste ou ridicule, « Je veux m'interroger avec un grand scrupule ; « Je veux examiner si, pour quelque défaut,
« Je n'ai pas besoin d'indulgence;
a Et si je puis, en conscience,
Il Exiger que, pour ui'écouter, u Pour me laisser siffler, disserter ou chanter,
« Les autres gardent le silence. "
biPRiMEiOE DE JULES DIDOT AIXÉ, imphimecb du roi, rue du Poni-de-Lodi , a* 6.
DlMAXCIlE, Il NOVEM. 1827.
Le prix de I al>onncm«;nr est, pour Paris , de 22 francs par an, et de 12 francs pour six mois; pour les départements , de 24 francs par an , et i3 francs pour six moiS'
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IV^ ANXÉE. N° 28.
Bureau de rabonnemeni , chez LoLis Colas, libraire, ue Daupliine , n* 32 ; et cljez les principaai li>jraires ei directeurs des postes des départements.
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