‹ Le Bon génieChapitre 85 sur 135 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

Certain grand discoureur à langue infatigable. Pendant une soirée, au milieu d'un salon. Avait tenu tout seul la conversation

Et fait donner chacun au diable.

Je ne sais s'il était guerrier ou voyageur,

Diplomate, auteur ou chasseur; Mais il avait du moins un titre incontestable,

Celui d'intrépide parleur.

Vainement, à triple reprise, Chacun avait tenté, par force ou par surprise.

D'interrompre un moment le cours

Ou le torrent de ses discours; Il tenait la parole et ne lâchait pas prise.

Dans le nombre des patients.

Une seule personne écoutait en silence.

Sans mot dire, et de temps en temps

Souriait avec complaisance.

Ce sourire était tout d'égard ,

De politesse officieuse;

Car l'instinct de notre bavard Lui faisait constamment tourner geste et regard

Vers la dame silencieuse;

Et celle<i , qu'un triste sort

Lui livrait, hélas! sans défense,

Subissait la loi du plus fort,

En faisant boinie contenance.

Pourtant sa résignation

Eut un terme; et dans l'intervalle Où l'orateur toussait, sans bruit et sans scandale La victime soudain s'esquiva du salon.

Ce fut alors que ses louanges Vinrent servir de texte au hâbleur enchanté : « Cette Dame, dit-il , a tout l'esprit des anges;

«< Que de grâce et d'aménité!

« Je n'ai trouvé jamais tant de délicatesse ,

« Et de franche simplicité

« Unie avec tant de finesse.

« Elle a mieux que beauté, que talents et qu'esprit; « Et l'on découvre en elle une raison parfaite! « Comment la nommez-vous? "Quelqu'un lui répondit:

11 Monsieur, cette Dame est muette.

Il — Muette!. ..Ah!... Cependant. ..Maiscelan'yfaitrien; 11 II faut beaucoup d'esprit pour écouter si bien ! »

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