EXTRAIT DES MÉMOIRES D'UN ENFANT
( Deuxième article. )
Le Chat botté, le verbe déponent, Finette, les estampes.
(novembre 1816.) Je suis aile', hier, au théâtre de M. Comte : on donnait le Chat botté. Dieu! que c'est amusant! J'en ai rêvé la nuit, et ce matin je n'ai pense' qu'au pauvre jilidada. Je vois encore le petit Pain-d'épice , l'incomparable Tartelette et le roi Godiveau I" ; J'entends encore le chat qui griffe de la guitare... et la chanson de l'ogre :
Je puis me changer en panthère , En tigre, en loup, en dromadaire!
Oh! que je voudrais avoir un grand cheval de carton, dans lequel on entre jusqu'à la ceinture, pour galopper autour de la chambre, comme la cavalerie du roi Godiveaii. Comme je le ferais caracoler! Pata pan, pata pan! tra, la, la, tra, la, la! ça vous enlève, cet air du Chat botté'... . Il faut absolument que je fasse une décoration de moulin à vent, pour mon théâtre! — Suspendons les mémoires et prenons ma boîte à couleurs... Voilh deux heures que je m'acharne après ce maudit moulin, sans en venir à bout. J'ai mélange toutes mes couleurs et ça ne tourne pas davantage, j'ai découpé je ne sais combien de carton... cependant un moulin qui tourne! c'est indispensable!... Voyons, essayons encore: Papa dit qu'il faut mettre Combre d'un côté et la lumière de l'autre... Ah! mon Dieu! midi qui sonnent! et mon verbe déponent!... Po//iceor, je promets... po///cen5, tu promets... po///ce... polliceor, je promets... je promets que ça m'ennuie!... Pollicetur, il... (en découpant les ailes de moulin), pollicetur, il... tourne... pollicetur... avec une petite manivelle derrière le théâtre... polUcemur, nous tournerons... pollicemini... en quoi la manivelle?... pollicemini, vous tour... non, vous pro... eh! que je suis bête!... en fil de fer!... c'est ça! c'est ça!... Mais l'heure s'avance: vilain verbe! sans toi mon moulin tournerait... Et mon Dieu! voilà Papa qui m'appelle!
{Le soir du même jour.) Je n'ai pas su mon verbe; j'ai beaucoup pleuré. Mon Papa m'a dit que je n'aurais pas de dessert, et il comprend la Charlotte dans le dessert! est-ce dur! comme c'est injuste! il m'a mis en pénitence dans son cabinet. Je vais raconter toutes mes peines, tout ce que j'ai pleuré, tout ce que j'ai pensé: — Finette, ma chatte, est venue gratter à la porte: pauvre bête! elle venait me consoler! je lui ai ouvert le cabinet; elle s'est approchée de moi lentement, d'un air triste, et s'est frotté la tête contre
mes jambes, pour que je la prisse. : « Viens, Finette, « lui dis-je en sanglottant, viens, ma pauvre Finette! « il n'y a que toi qui m'aime dans le monde. Tu ne « me fais pas de peine, toi, tu ne veux pas me faire «apprendre le latin! non, ma pauvre Finette, ce i( n'est pas toi qui as inventé les verbes déponents, les <i pollicemini, pour la désolation, pour le supplice des « pauvres enfants!... Ah! tu fermes les yeux, tu plies «tes pattes blanches, tu files, tu fais ton rouet, « comme quand tu es contente! file , file, ma Finette, «sois heureuse: il n'y a point de rudiment pour les « chats! Eh bien tu me quittes... tu veux descendre à « la cuisine, faire ton déjeuner. Va, ma Finette! va! «je t'oiivre la porte, je suis bon, moi! je ne veux «pas .que tu te passes de... Suis-je malheureux! y a- « t-il au monde un être plus à plaindre que moi! »
En levant les yeux au ciel pour le prendre à témoin de mon désespoir, mes regards se portent sur une gravure anglaise du cabinet de Papa: le vieux Berger! Pauvre homme! l'orage le menace, le ciel est chargé de pluie; qu'il y a de malheurs et de longs malheurs sur cette physionomie là!... Oui! mais il y a aussi de la... résignation... Je voudrais être berger, avoir un bon chien qui m'aimât, de jolis moutons; je les mènerais sur les montagnes verdoyantes... mais il n'y aurait pas d'orage ni de pluie. Ah! je ne suis pas difficile à contenter: point de latin! point de rudiment! la campagne, et je serais heureux! Mais je suis au contraire le plus infortuné de tous les enfants... Non, Francisque! non, voilà une estampe qui te dit le contraire: la fleuve du soldai! Regarde ce pauvre petit orphelin que sa mère porte sur son dos, et celui qui marche à côté d'elle. 'V^ois-tu ce sabre qui lui dit si cruellement: il n'est plus ton père! il n'est plus! voilà tout ce qui t'en reste! Où allez-vous? la terre le couvre; où allez-vous, pauvres enfants! pauvre veuve, hélas! vous ne le trouverez plus!
Je repleure... tant mieux! j'aime mieux pleurer pour ça, que pour la Charlotte de pommes! Quoi! j'ai un bon père et je me crois à plaindre! j'ai un bon père et je l'afflige! Non, non, je ne suis pas assez puni... Ah! la jolie tête! le bel enfant! les beaux cheveux! Bernardin de Saint-Pierre! Voilà donc l'enfant (|ui devait conter un jour Thistoire de Paul et Virginie! Oh! qu'il est glorieux d'être un hounne de mérite! eùt-on gravé le portrait de l'enfant, si l'homme n'eût été qu'un sot?... Je suis sur que ce petit gaillard apprenait bien son rudiment. Allons, polliceor! du courage... Ce n'est pas pour qu'on me grave un jour!... oh ! non , c'est pour me racommoder avec Papa. Polliceor, mon ami polliceor! je te saurai demain, sans faute, je te le promets. a. d.
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Dimanche, 23 décem. iSa-
Le prÏT de Fabonnemenl fit, pour Paris, de 21 francs par an , et de 1 2 francs pour six mois; |>our les départements, de 24 francs par an, et i3 francs pour six mois-
AÎÎN'EE.
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