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CHAPITRE XIII

Mort de Mgr Affie.

Les médecins , réunis en consultation, reconnurent que la situation du prélat était sans remède et que la terrible lésion produite par la balle ne laissait aucune chance de prolonger sa vie pendant quelque temps '. Pour lui, il était calme comme un voyageur parvenu au but, comme un fidèle serviteur dont la tâche est accomplie, et qui attend la récompense de ses labeurs. Entouré de ses prêtres , de sa famille, de ses amis, il répondait à leurs tendres soins par des ex-

> La blessure de Mgr Affre présentait une double lésion de la moelle épinière et des reins. La balle ne put être extraite qu'après le décès.

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pressions affectueuses ; il baisait souvent avec piélé un crucifix qu'on lui présentait et que le souverain Pontife lui avait envoyé comme un gage de sa tendresse paternelle ; il conliait ses dernières volontés à ses amis, et leur manifestait le désir qu'un souvenir de reconnaissance fût adressé à M. le curé de Saint- Antoine, pour les soins empressés qu'il avait reçus de lui '.

Scrutant les replis de sa conscience , il craignait d'avoir pu coutrister quelques personnes, et leur envoyait porter par son se-

' Ce legs touchant a été accompli par MM. les vicaires-généraux . e\écuteurs testamentaires. Ils ont offert à M. le curé de Saint-Antoine un Ciirist en brome doré, sur le piédestal duquel on lit cette in-cription:

DEhlS-AUGlSTE AFFRE,

archevêque de Paris ,

blessé niorlelleaient à l'entrée du faubourg St-Antoine ,

le 23 juin IS-JS;

transporté au presbytère de Saint-Antoine ,

où il reçoit les derniers Sacrements ;

décédé le 27 juin t848 :

à M. Ddamarre , curé de Saint-Antoine ;

souvenir de recotmaissaace.

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créiaire des excuses et des paroles d'affection. La matinée de mardi se passa ainsi ; le malade était accablé et une pénible somnolence faisait parfois trêve à ses douleurs. Comme le disait autrefois saint Vincent de Paul mourant, le frère précédait la sœur, le sommeil était ravant-coureur de la mort. Peu à peu la respiration devint gênée , inégale ; les lèvres prirent une teinte bleuâtre , résultat des progrès de la paralysie qui gagnait de proche en proche les organes de la respiration ; vers trois heures et demie, les médecins avertirent les grands-vicaires que la dernière heure du prélat s'avançait: tout le monde se mit à genoux , et M. Jacquemet récita, d'une voix entrecoupée de sanglots , les prières de l'agonie; il recommanda cette âme qui allait partir au souverain Juge qu'elle avait tant aimé, à Marie qu'elle avait lidèiement servie , aux saints prêtres , aux saints confesseurs qu'elle avait imités , à saint Denis , l'apùtre des Gaules , dont elle avait suivi et ravivé les traces glorieuses , à tous

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les anges, à tous les saints protecteurs de la France, que son sacrifice avait comblés de joie... Le combat mortel de l'archevêque finit avec ses prières : il rendit le dernier soupir à quatre heures et demie du soir, le mardi 27 de juin. Denis-Auguste Affre était le cent vingt-quatrième successeur de saint Denis , et le quinzième archevêque de Paris. Il était âgé de cinquante-quatre ans, huit mois et vingt-huit jours.

Quand le saint prélat fut expiré, un des grands-vicaires rappela aux ecclésiastiques présents quelques-unes des plus touchantes paroles du martyr de la charité, testament immortel qu'il avait gravé dans le cœur de ses prêtres, et tous, étendant la main sur ce corps à peine refroidi , jurèrent de consacrer, à son exemple, leurs forces, leur sang, leur vie, à la gloire de Dieu et au salut de leurs frères. Tel fut le legs de Mgr Affre à la patrie.

Ainsi finit ce drame sanglant de quatre jours , où Dieu permit , pour réditication du

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monde , que Tardenle charité du Pasteur parût au grand jour; ainsi Unit cette \ie modesle, à qui le Seigneur réservait, dans ses desseins , un si sublime couronnement. L'archevêque de Paris était mort pour son Dieu, pour ses frères, pour sa patrie, et pour la première fois peut-être , on allait réunir sur un cercueil la couronne civique aux palmes du martyre.

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