CHAPITRE IV
M. Affre , vicaire-général de Paris.
En 1854, M. Affre venait à Paris pour y surveiller l'impression de l'un de ses ouvrages, lorsque Mgr de Quéien , juste appréciateur du mérite et l'une des grandes gloires de l'épicopat français, lui offrit un titre de chanoine avec des lettres de vicairegénéral. M. Affre honorait les hautes et généreuses vertus du prélat, et il se résolut à accepter; bientôt il jouit delà confiance la plus intime de celui qui l'avait choisi pour auxiliaire.
Vers la même époque , Févêque de Strasbourg, Mgr Le Pappe de Trévern , sollicitait sa nomination en qualité de coadjuteur
avec future succession ; mais rattachement que M. AfTre avait voué à l'archevêque de Paris fut longtemps, aux yeux de la cour des Tuileries , un obstacle invincible , et ce ne fut qu'en 1839 qu'il reçut ses lettres de coadjuteur, avec le titre d'évèque de Pompéiopolis in partibus infideliiim. Les instances de M. Trévern avaient triomphé des résistances de la cour.
Le coadjuteur élu de Strasbourg se préparait à sa nouvelle mission, lorsque Dieu rappela à lui le vénérable archevêque de Paris. Mgr de Quélen mourut le 51 décembre 1839, au milieu des larmes de son clergé , des regrets des pauvres , du deuil universel des fidèles , et honoré, dans son cercueil , par la tardive justice de ceux qui s'étaient faits ses ennemis.
Le chapitre métropolitain choisit M. Affre pour premier vicaire capitulaire, et en cette qualité, le 1" mai 1840, il fut chargé de porter la parole devant Louis-Philippe. Son discours renfermait l'expression d'un profond
22 LE BON PASTEIR.
désir de concorde et de paix ; mais malgré Jes honneurs dont il était revêtu, son humilité était loin de prétendre à l'épiscopat , et lorsqu'il apprit que le gouvernement l'avait proposé à Rome, il fut saisi d'un vif sentiment de surprise et de crainte. Nommé par le Saint-Père, il dut accepter, il accepta ce trône qui, pour lui, fut un autel de sacrilice et d'immolation.
CHAPITK£ V.
Quelques mots sur M. de Quéleu.
M. AflVe succédait , sur le siège archiépiscopfil de Paris , à un prélat qui semblait lui tendre du haut des cieux la couronne d'épines et la coupe d'amertume. La vie pastorale de M. de Quélen avait été cruellement éprouvée ; objet de calomnies insensées , en butte à une fureur aveugle , il avait vu sa maison saccagée par ce peuple que tant de fois il avait nourri, et , peine plus déchirante pour son cœur, il avait entendu le marteau des sacrilèges démolisseurs frapper et la croix et l'autel de Saint-Germain l'Auxerrois. On renouvelait autour de lui les outrages les plus sanglants et les scènes les
plus sombres d'une fatale époque; mais aucun danger ne parut plus grand que son courage , aucune injure ne dépassa sa mansuétude et sa charité. Dieu fournit bientôt à ce grand cœur de dignes occasions de vengance. le choléra éclata dans Paris , et ce fut en visitant les hôpitaux , ce fut en bénissant les malades , ce fut en absolvant les moribonds , que le pasteur persécuté parut reconnaître et discerner ses ennemis. On put les deviner à Tardeur plus grande de sa charité.
L'un d'eux , n'y pouvant plus tenir , dit à l'archevêque qui , penché sur ce lit d'agonie, voulait l'embrasser et l'absoudre : « Retirezvous de moi , car je suis un des pillards de l'archevêché ! — C'est une raison de plus , répondit le prélat avec effusion , pour que je vous pardonne et vous bénisse ! » Non content de ces témoignages particuliers d'indulgence et d'oubli , l'archevêque de Paris , sans biens, sans asile, ouvrit aux orjj^c/in* du choléra des bras paternels; il trouva pour eux les ressources qui lui manquaient pour
lui-même; il usa de tout son crédit, il ne craignit pas de descendre aux sollicitations les plus vives pour pourvoir aux besoins des enfants que Dieu venait de lui conlier. Ce fut ainsi qu'il paya sa dette de pardon à la ville de Pans. Son successeur, en montant sur le trône archiépiscopal , y trouva le souvenir récent de la plus noble charité; il y trouva de plus grandes difficultés , des complications ardues, une sourde lutte du pouvoir contre l'Église , un profond ébranlement dans la société, le découragement chez les uns , le vertige chez les autres , tout ce qui ferait enlin reculer l'homme faible; mais ce qui répand une nouvelle vigueur dans l'àme des généreux athlètes, qui ont placé en Dieu seul leur force et leur appui.