‹ Le bon pasteurChapitre 5 sur 13 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

M. Aiïre , archevêque de Paris.

M. Affre fut sacré le 6 août 1840, jour de la Transfiguration de Notre-Seigneur, par son Eminence le cardinal d'Arras , alors suffragant de Paris, qu'assistaient NN. SS. les évêques de Versailles etdeMeaux. Huit autres prélats se trouvaient présents k la cérémonie. Le premier mandement de Mgr Affre apporta une grande consolation aux âmes croyantes ; il saluait avec amour ce troupeau dont le divin Pasteur lui conliait la garde; il donnait aux œuvres de charité, si diverses et si ingénieuses , des encouragements paternels ; il n'oubliait ni les Frères de la Doctrine chrétienne , ces fidèles inslituleurs du peuple ,

ni la jeune Société de Saint-Vincent de Paul , grain de sénevé, dont les jets vigoureux devaient bientôt abriter tant de misères à leur ombre. Mais au milieu des élans d'un cœur qui s'ouvrait tout à sa nouvelle famille , à ses nouveaux devoirs , au milieu de ces félicitations , de ces promesses d'avenir , il semble qu'un coin du voile de la destinée se lève et qu'un esprit prophétique ait dicté ces mots : La paix soit avec vous... JVotis ne venons ni gouverner ni troubler la cité , mais offrir une victime. ( Mandement à l'occasion de la prise de possession du siège de Paris, 6 août 1840. ) L'événement en marche avait jeté son esprit sombre dans l'esprit du prélat , et peut-être , en écrivant ces mots remarquables, son cœur avait-il eu la noble vision d'une mort prochaine et d'une gloire éternelle.

L'épiscopat de Mgr Affre ne fut pas signalé par des faits marquants ; le travail remplissait ses jours , la charité était le souci de son cœur, et ses mandements, ses instructions

portent l'empreinte de ce grand amour des pauvres , de cette constante préoccupation de leurs malheurs. Mais il est d'autres besoins encore , il est des nécessités morales qui crient plus haut que les misères matérielles: Vhomme ne vit pas seulement de pain ; il lui faut encore la manne céleste de Tinstruction et de laf)arole divine. Il marche dans l'ombre , il lui faut une lumière; il est fatigué, il lui faut un abri ; il est épuisé, il lui faut une substance viviliante. Et qui , si ce n'est les ministres du Seigneur, peut donner à l'âme humaine les secours que réclame son inexprimable indigence? Aussi, le premier soin des évêques dignes de ce nom , le premier soin de ceux qui paissent les brebis si chères à Jésus- Christ , fut , en tout temps , de se former parmi la jeunesse studieuse et chrétienne , de saints et savants auxiliaires , qui puissent devenir , auprès du peuple, les ambassadeurs et les interprètes du Roi des cieux. Mgr Affre ne faillit point à ce devoir ; mais entre toutes les institutions où les jeunes lévites peu\ent

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puiser à la fois sainteté et science, la maison des Carmes attira surtout ses prédilections paternelles A celte maison se rattachent les terribles souvenirs de 92 ; elle avait été consacrée par le sang des martyrs immolés sous ses voûtes ; des évéques, des prêtres en grand nombre , y avaient confessé la foi de Jésus- Christ , sous la hache des septembriseurs ; c'en était assez pour la rendre chère à tous les chrétiens , et le pape Pie vu même , en venant à Paris en 1804 , avait conçu la pieuse pensée d'offrir le saint Sacrifice dans cette maison , illustrée par de si saintes victimes. Différents obstacles s'opposèrent à ce projet. Mgr Affre non-seulement conserva à la religion ces murailles bénies, mais encore les peupla d'une génération de jeunes prêtres, espoir du sacerdoce, qui viennent s'abreu\er là aux sources les plus pures du savoir et de l'éloquence, etil réunit, dans la même enceinte, les ecclésiastiques âgés , infirmes , dont la position mérite tant de respects et tant de soins. On comprend combien cette œuvre,

qui enlaçait le passé et Tavenir , devait avoir d'attraits pour un cœur généreux.

Mgr AHVe , qui se plaisait toujours à rapprocher la religion des petits et des pauvres, accorda une distinction particulière à la Société de Saint-François Régis , cette grande et populaire institution , à qui tant de familles sont redevables de leur réconciliation devant Dieu et devant les hommes , qui a purifié , sanctitié tant de liens illégitimes et donné à tant d'enfants un père, un état et un nom.

Grâce à la persévérance et à la constante tutelle de l'archevêque de Paris , la Société de Saint-François Xavier , qui réunit des milliers d'ouvriers par un nœud de fraternité et de secours mutuels , cette société si utile, si nécessaire en notre âge , triompha de longues et sérieuses diflicultés.

Il encouragea également VOEuire de la Sainte-Famille , en faveur des ménages abandonnés. Non content d'aider aux créations de la charité par le zèle , l'approbation , la re-

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commandation chaleureuse, il contribuait de ses propres ressources , jusqu'aux extrêmes limites de sa fortune , ou pour parler plus juste de sa noble pauvreté. Les désastres publics , rinondatiou des rives de la Loire, le tremblement de terre de la Poinle-à-Pître , ont montré combien toutes les infortunes émouvaient profondément son cœur. Mais est-il besoin d'insister sur la charité de celui qui a donné tout son sang , en dernier témoignage de l'amour qu'il portait à ses frères ?

Nous ne pouvons parler ici de l'administration diocésaine : développement des études ecclésiastiques , sollicitude éclairée pour les antiques monuments renfermés dans les églises ; soin des archives , création d'une statistique des fondations, des inscriptions , des épitaphes , des objets d'art ou d'histoire que pouvait renfermer chaque paroisse; organisation de cinq paroisses nouvelles * et

1 Ce sont les églises de Ménil-Monlant^ la Gare, la Maison-Blanche, Petit-Montroiige et Plaisance.

continuation de la grande œuvre des Conférences de Notre-Dame , où tour-à-lour le P. de Ravignan et le P. Lacordaire attiraient aux pieds de la chaire sacrée ce que Paris compte d'hommes éminenls ; tout , dans cette administration éclairée et sage , retraçait la conduite du vicaire-général d'Amiens , qui s'était concilié une si universelle estime.

Nous avons parlé déjà, à propos des écrits de Mgr Affre , de la juste résistance qu'il opposa aux abus du pouvoir. La liberté de l'enseignement trouva en lui un de ses plus zélés champions. Placé sur la brèche, dans la ville même où s'agitaient ces questions brûlantes , en relations nécessaires avec le gouvernement , avec l'Université , il donna à l'épiscopat français la consolation et l'exemple d'une opposition ferme et loyale , et de la plus inébranlable constance dans ses opinions. Toujours tranquille , toujours égal à lui-même, résistant à une cour, ou mourant sur les barricades, il croyait, en em-

brassant l'abnégation des plus hautes vertus , n'accomplir «ju'un simple devoir, et il s'étonnait même qu'on put l'admirer et l'applaudir !

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