‹ Le bon pasteurChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE VIîI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIîI

Révolution de février 1848.

Les temps marqués par la Providenre étaient arrivés : un trône appuyé sur dix-huit ans de paiv, consolidé par les plus secrets ressorts de la prudence t;t de la politique humaines, venaitde s'écrouler sous les pavés ari'achés aux rues de Paris ; il venait d'être traîné dans la fange par quelques hommes obscurs , dont l'histoire même n'a pas recueilli les noms. Toute une dynastie de princes avait fui, et un ordre nouveau venait de surgir de ce sol bouleversé. L'Eglise, élevée au-dessus des événements de ce monde et qui ne demande aux conquérants, aux vie-

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torieux qu'une tranquille paix, une humble liberlt', l'Eglise avnil accepté les nouveaux principes et le pouvoir auquel ils avaient donné naissance. Les cris do liherlê, fralcrnité, éijaUlé, ne pouvaient étonner l'Epouse du Christ, la dépositaire de l'Evangile : car ces dogmes, nouveaux pour les hommes politiques, pour le peuple qu'ils entraînaient à leur suite, dataient pour elle de la montagne du Golgota. Aussi, elle les accepta entièrement, sincèrement, et cinq mois plus tard elle les scella du sang le plu? pur et le plus généreux.

Les barricades de février étaient encore debout, que l'archevêque de Paris réclamait des prières publiques pour les morts pl des secours pour les blessés '. Cette pieuse initiative lui attira les bénédictions universelles: et lorsque, quelques jours après il parcourut ■les hôpitaux, on vit les combattants se soulever de leur lit de douleur pour baiser les

» Mandement Ju 24 février )8i!|8.

mains paternelles de leur pontife et de leur pasteur '.

Tant de témoignages d'une aflection paternelle augmentaient encore la conllance du peuple de Paris, et Fou vit un jour les nouveaux enrôlés de la garde nationale mobile se présentera rarchevêché, en priant Mgr AfiVe de vouloir bien bénir leur drapeau. Il accéda à leur demande, et cinq mois après il tombait, mortellement frappé, au milieu des courageux enfants dont il avait sanctifié les armes.

Chaque jour resserrait ainsi les liens qui unissaient la patrie à la religion ; 1830 et 1848 semblaient séparés par un siècle; le peuple, semblable à ces tiers sicambres, dont il est descendu, adurait ce qu'il avait brûlé, briîlait ce qu'il avait adoré ; le clergé recevait le prix de ses souffrances et de ses sacrifices, de sa patience et de ses aumônes , de ses

» Nous avons emprunté beaucoup de détails sur Mgr Affre à l'excellente Esi]uisse biographique, par M. Henry de Riancev.

MGR AFFRE. il

travaux apostoliques et de son évangélique chanté; tout fructiliait, et les ministres du Seigneur voyaient, dans la joie de leur âme, l'aocroissement du règne de celui qu'ils avaient tant de fois annoncé. La croix n'était plus, comme en des jours néfastes, renversée du sommet des temples; le Christ n'était plus frappé , mutilé par des mains sacrilèges ; encore un coup, 1830 était loin, et 1848 à vu l'image du Rédempteur du monde, sauvée des ruines du palais et reportée sur l'autel, asile désormais inviolable, au milieu des acclamations enthousiastes du peuple victorieux.

L'habit du prêtre, autrefois craintivement dérobé aux regards , se montrait désormais avec une modeste lîerté et circulait au milieu des groupes , honoré de tous , comme un symbole de fraternelle charité, La religion s'associait à la vie du peuple ; depuis dix-huit siècles, elle a toujours épousé ses douleurs ! Elle avait des prières pour les morts, des secours pour les blessés, une parole de paix pour désarmer sa fougue, une parole d'espé-

laiice pour consoler ses malheurs; mais il fallait plus encore, il fallait une victime pour consacrer celte alliance ; il fallait que les eflorts, les travaux, l'apostolat du clergé français fussent couronnés par un sacrifice de réconciliation, qui unit à jamais les deslins de la patrie à ceux de la religion.

Maintenant la France sait ce qu'elle peut attendre de ses prêtres ; longtemps et lâchement calomniés ils n'avaient opposé à leurs détracteurs que le silence , le pardon , la prière, les bonnes œuvres; ils viennent d'ajouter à cette muette réponse l'éloquence suprême de la mort et du martyre. Us ont dit à la France : « Voilà comme nous t'aimons ! M et, on peut l'espérer, la France les a compris !

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