‹ Le bon sens de la foi exposéChapitre 15 sur 67 · C'EST, OU TOUT CROIRE, OU NE RIEN CROIRE · texte numérisé non relu

C'EST, OU TOUT CROIRE, OU NE RIEN CROIRE

cela d'être religieux, ils le deviennent quelquefois davantage. Au contraire, le chrétien qui abandonne sa religion n'en embrasse point d'autre, parce qu'il sait bien qu'il n'a pas mieux à choisir, et il abjure les croyances proprement dites pour une philosophie enivrée d'ellemême, qui le ballote de l'une à l'autre de ces anomalies : tout croire ou ne rien croire.

Deux dégradations, et la seconde plus honteuse encore que la première! Il y a, en effet, quelque chose de pire, dans l'ordre de la moralité intellectuelle, que la superstition, c'est l'incrédulité absolue. La superstition adresse à Dieu des hommages désordonnés, l'incrédulité le supprime. Mais il ne suffit pas d'adhérer au premier système venu pour professer une croyance, la plupart des systèmes contemporains impliquant la négalion de toute croyance. Aussi, tandis que, parmi les rationalistes, les uns tombent dans la superstition, les autres ne sont que des sceptiques de nuances diverses qui cachent, sous des enseignes plus ou moins franches, le vide de toute conviction religieuse.

Pour bien mettre cette vérité en lumière, prenons de l'incrédulité la mesure la plus étendue, l'athéisme, et, constatant que chaque système anti-chrétien du jour vient se perdre dans ce néant de la croyance religieuse, montrons à ses adhérents qu'ils ont encore moins de foi qu'ils n'en veulent avoir. L'athéisme, je le répète, est le nec-plus-ultrà de l'incrédulité, car, presque rien n'est vrai, si Dieu ne l'est pas, et la seule chose qui subsiste sur les ruines de ce dogme, c'est plutôt l'orgueil de l'homme que l'homme lui-même; l'homme sans Dieu n'étant qu'une énigme bien près de ressembler à une chimère ! Rapprochons-donc de ce terme de comparaison toutes les négations conlemporai-

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nés, rangées sous leurs chefs principaux, et érigeons contre elles celte présomption accablante : en les croyant, on ne croit rien.

Et d'abord, où irons-nous chercher refuge en sortant du christianisme? Serait-ce dans les bras du matérialisme? mais ceci n'est point la corruption, c'est l'extinction de toute foi religieuse. Le matérialisme est le suicide de l'intelligence s'absorbant volontairement dans la fange. C'est l'âme perdant la conscience de sa réalité et se déclarant une propriété de l'organisme. C'est la créature raisonnable s'assimilant substantiellement à la brute, et se démontrant à soi-même l'honneur de cette ignominie. En un mot, c'est, implicitement, la destruction de l'homme et la destruction de Dieu par la négaiion du principe spirituel. Or, quand Dieu et l'homme ne sont plus rien, la foi pourrait-elle être quelque chose? Non, puisque l'objet et le sujet de la foi ont disparu. Par conséquent, vous qui en êtes là, vous affirmez, mais vous ne croyez rien. D'autres ont le privilège de rester religieux dans leur incroyance; mais votre religion s'exprime par zéro : Désordre qui est une déviation en dehors des saintes lois de votre être. Celui qui dit à la poussière et aux vers : rous êtes mes frères et ma sœur commet en soi le crime de lèsehumanité. 11 se voue à la vie animale pour le présent, et au néant pour l'avenir.

A quel porte irons-nous encore frapper, en abandonnant notre Christ? Serait-ce au temple du panthéisme? Là encore on dogmatise, mais on ne croit plus. La libre pensée s'étant aperçue qu'elle dégradait l'humanité en lui disant : vous êtes un troupeau de bêtes, croit la

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relever et se relever en lui disant : vous êtes une race de dieux. Mais que l'on regarde la terre comme un Olympe ou comme une ménagerie, la conclusion est la même : abolition radicale de toute religion.

Eh ! qu'est-ce que le panthéisme ? Un système qui ne reconnaît qu'une seule substance, et qui lui donne le nom de Dieu. D'après celte conception bizarre, Dieu n'est plus personnel, puisque, au lieu de subsister en soi et de vivre de sa propre vie, il a une existence répartie dans toutes les molécules de l'univers. Dieu n'a plus d'intelligence ni d'amour qui lui soient propres, car il n'arrive à la conscience de lui-même que dans l'homme qui reste le seul moi de la création. Dieu n'a plus de liberté, il est une force aveugle, se déployant sous la forme du monde et de l'humanité. Dieu n'a plus d'unité, il est l'expression et l'association des contraires, de l'esprit et de la matière, de la liberté et de la nécessité, du vrai et du faux. Dieu n'a plus d'immutabilité, il n'est jamais complètement, mais il évolutionne, il est un perpétuel devenir, en ce sens qu'il se modifie par un développement indéfini; enfin, il faut le dire, le dernier mot de cette grande iniquité doctrinale :Dieu est tout et il n'est rien; de telle sorte que ce nom, sous lequel le genre humain a toujours incliné sa tète, est le nom le plus vide qui ait été inventé, puisqu'il est la formule du néant. Et, d'autre part, quel est le sort de l'homme dans ce monstrueux anthropomorphisme qui a déjà fait disparaître Dieu ? L'homme ne peut avoir de devoirs, car, étant une fraction animée de la divinité, tous ses penchants sonjdivinisés. L'homme n'a plus de responsabilité éternelle, la mort étant la fin de sa personnalité et son absorption dans l'immense océan de la vie universelle. En d'autres termes, l'homme est Dieu, puisqu'il est le seul moi

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de la création, et l'homme n'est rien puisqu'il n'est qu'un phénomène passager; et, de son côté, Dieu est tout, puisque tout ce qui subsiste est sa réalisation, et Dieu n'est rien, puisque son nom n'exprime aucune réalité déterminée.

Je ne suis pas étonné si Malebranche, prenant connaissance, pour la première fois, du système panthéiste de Spinosa, traita l'auteur de misérable et le système de chimère épouvantable. Était-il possible à la dignité humaine de s'abîmer dans une déchéance plus honteuse, et à l'esprit de reproduire plus fidèlement l'humiliante histoire de Nabuchodonosor? Et il ne faut pas croire que l'absurdité de cette doctrine lui serve de correctif. Dans l'Inde, en Grèce, en Allemagne, en France, c'est là le gouffre fascinateur qui dévore les plus grands esprits quand ils ont le malheur d'expliquer les choses sans la vraie révélation. On pourrait dire que le dogme de l'unité de substance est l'objet des adorations presque partout où le Dieu des chrétiens n'est pas adoré, si, toutefois, le mot adoration ne devrait être banni des langues de la terre quand le saint nom de Dieu en est effacé.

J'adjure ici la conscience : y a-t-il une ombre de foi dans cette débauche de sophistique? Et le panthéiste û'est-il pas tout simplement un athée qui veut garder l'incognito pour ne se point commettre?

Mais je suppose que l'on n'abjure la foi ni pour le matérialisme ni pour le panthéisme , en quelle négation contemporaine ira-t-on goûter les avantages de l'incroyance modérée? Dans le criticisme, répondent les fondateurs de l'école la plus orgueilleuse et la plus impuissante qui nous ait déclaré la guerre. La plus orgueil leuse, car ces messieurs prétendent ressembler à l'homme

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