‹ Le bon sens de la foi exposéChapitre 17 sur 67 · S' AFFRANCHIR DE LA FOI RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

S' AFFRANCHIR DE LA FOI RELIGIEUSE

doctrine de la liberté des âmes, qui donne la paix (1).

Est-il possible d'imaginer une plus grande abjection d'idées cachée sous les habiles nuances du style? Voilà, cependant, où voudraient vous mener ces redresseurs officiels des écarts de leur siècle. Évidemment ce n'est pas à une station intermédiaire, également éloignée de l'impiété et de la foi, c'est à l'incrédulité radicale; ce n'est pas à l'adoration de nouveaux dieux, cVst à l'abolition de tous les dieux. Précipice sans lumière et sans espoir, au bord duquel l'humanité recule toujours, même quand on le lui recouvre de fleurs.

Les représentants de cette école sont, en général, des raffinés et des délicats, qui tâchent d'inculquer l'impiété aux multitudes en appuyant le moins possible, de peur de les faire crier, et qui enveloppent l'athéisme d'une certaine phraséologie sacrée, pour faire illusion au sentiment religieux en lui confisquant la religion. Heureusement ils ont assez clairement parlé pour que leurs indiscrétions discréditent leurs réticences, et nous assistons à une réaction instructive contre eux. Chamfort s'écriait, à propos des incrédules de sou temps : Ils en diront tant qu'ils finiront par me faire aller à la messe. L'école critique, elle aussi, en a tant dit, qu'elle a produit un effet tout contraire à ses desseins. Plusieurs de ses coryphées sont morts des coups qu'ils ont portés, et l'humanité qu'ils avaient prise par la main pour la mener, en style mystique, au néant, leur a tourné le dos et continue d'aller à la messe.

(1) Renan. Essais de morale et de critique. — Vie de Jésus. — Passim.

c'est, ou tout croire, ou ne rien croire. 113

En dehors du matérialisme, du panthéisme et du criticisme, où pourrait se retirer la pensée, pour nier sans cesser totalement de croire ? Peut-être dans le scepticisme. Du criticisme au scepticisme il n'y a qu'un pas, s'il y en a un , les grandes erreurs étant ordinairement renfermées les unes dans les autres. Toutefois, on peut dire quelque chose de plus : la réunion de toutes les erreurs produit une résultante, et cette résultante est le scepticisme. Honteuse abdication, défaillance suprême des intelligences, qu'un homme intéressé dans la cause a osé définir le dernier mot de la raison sur elle-même (1). Cette maladie, tantôt revêtue de formules philosophiques, tantôt voilée sous le persifflage élégant des salons, tend à se substituer partout à la foi. En pourrait-elle tenir lieu? Non, car il n'y a rien de la foi dans cette prostration intellectuelle, consistant à traiter les vérités qu'elle professe avec aussi peu d'amour que les erreurs qu'elle combat, et à regarder le pour et le contre, en toutes choses, comme deux causes de palais susceptibles d'être gagnées ou perdues, selon le degré de dextérité mis à leur service.

Ajoutons que si le crime de ces douteurs est de jouer avec le oui et le non, leur ridicule c'est de se croire nouveaux. Voilà trois mille ans qu'on marchait devant eux pour leur prouver le mouvement : ils régnaient en Grèce au temps de Protagoras et de Gorgias. Ce fut la gloire de Socrate de purger de leur présence sa légère patrie. Qui me donnera de rendre le même service à la mienne?

Et c'est dans cette catégorie de penseurs dégénérés, accusés par Platon d'avoir corrompu les intelligences,

il) JouflYoy.

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