‹ Le bon sens de la foi exposéChapitre 29 sur 67 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

ment prétendre au bénéfice de l'erreur entièrement invin cible.

La question de la vérité d'une religion étant résolue, une autre se présente, par ordre de succession : Parmi tant de religions positives, quelle est la vraie? Jadis, nous aurions tranché cette question au profit du christianisme, abstraction faite de tout parallèle ; maintenant, nous devons le comparer à d'autres révélations, pour mieux faire ressortir combien il est divin, par le seul fait qu'il est incomparable. Ce procédé défensif nous est imposé, d'ailleurs, parles manœuvres actuelles de l'attaque.

Aujourd'hui, les sceptiques adroits ne nient plus directement !a divinité du Christ et du christianisme; ils refont avec affectation l'histoire de Bouddha et du bouddhisme, de Mahomet et du mahométisme, donnant à entendre, par d'habiles sous-entendus, que toutes ces fondations et tous ces fondateurs pourraient bien se valoir. Le bouddhisme, surtout, est devenu pour eux l'objet d'une piété particulière, à cause du grand nombre de ses adeptes. Et, quoique ces messieurs trouvent fort naturel qu'un petit cénacle d'athées, en Europe, ail plus de raison que l'humanité, ils ne peuvent admettre que l'immense capacité constituée par les peuples chrétiens, ait le droit de prévaloir contre la stupidité incurable des multitudes païennes. S'il s'agissait de prendre la civilisation de ces multitudes, les libres penseurs reculeraient d'effroi; mais quand il s'agit des religions, toutes sont bonnes pour les débarrasser de la leur, et ils font les tours d'esprit les plus habiles, j'étais tenté de dire les moins honnêtes , pour prouver que le paganisme pourrait bien être la source du christianisme. Voici comment cette grande mystification a été conçue et menée.

Les attaques les plus spécieuses et les plus rebattues

ET LES CULTES DE L ORIENT QU ON LUI OPPOSE. ïli

contre la vraie religion proviennent d'un ensemble d'études critiques sur les langues, les antiquités, l'histoire et les religions de l'Orient. Etudes qui visent à foncier une science distincte, tantôt sous le nom d'orientalisme, tantôt sous celui d'indianisme. Quelques hommes spéciaux se sont roués à ce labeur, avec le double avantage de gens qui, ayant des nouveautés à débiter, sont sûrs de piquer la curiosité, et qui, arrivant de pays lointains, n'ont pas besoin de ménager la hardiesse de leurs assertions, parce qu'ils ne courent pas le péril d'être contredits. Parmi ces hommes , quelques-uns ont conquis leurs litres de savants orientalistes par une promenade maritime aux factoreries de Madras et de Calcutta, ou par une visite de touriste, de Rénarès aux vallées de Cachemire. D'autres sont devenus indianistes sans sortir des bibliothèques de Paris, et ils ont acquis, dans le sanscrit et dans les langues sémitiques, une supériorité d'autant plus incontestée qu'il n'y a point beaucoup de Syriens ou d'Indous, aux bords de la Seine, pour la contrôler.

Or, les uns comme les autres , prétendent que les religions de l'extrême Orient expliquent naturellement la formation du christianisme , dans son histoire , dans ses enseignements et dans ses rites sacrés. Ils développent ce thème, en gardant vis-à-vis de nous une impassibilité sereine qui ressemblerait à de la bienveillance, si elle n'était la fine expression d'un dédaigneux scepticisme. Ils étalent leurs conclusions, avec une confiance supérieure encore à leur talent, dans des pages délayées qui, parfois, ne paraissent savantes que parce qu'elles sont longues, et ne sont longues que parce qu'elles sont payées à leur mesure plutôt qu'à leur vrai poids scientifique. Enlin, sans rien nier d'une manière directe, ils posent une série d'assertions qui impliquent discrètement l'origine

purement humaine du christianisme; et, après un certain nombre d'années, il n'est presque pas un de leurs lecteurs qui ne soit irrémédiablement empoisonné. Je dis irrémédiablement, parce que chacun, participant à la suffisance de ses initiateurs, se considère comme le grand-prêtre d'une révélation nouvelle, et, regardant ceux qui croient, du haut d'une superbe presque olympienne, déclare que la foi n'est que le parti des ignorants.

Eh bien ! de ce présomptueux: jugement, j'en appelle aux. preuves. Le christianisme, a dit Fontenelle, est la seule religion qui en ait. Sachons si la science moderne en aurait découvert à l'appui des fausses révélations; et, puisque certains novateurs affectent la dévotion à Brahma , a Bouddha et au Coran, il est bon de rechercher si ces cultes portent les marques de la vérité absolue. Naturellement le judaïsme devrait entrer dans ce parallèle multiple; mais, comme il est le fondement du christianisme, de peur d'être obligée de passer de l'un dans l'autre, l'opposition rationaliste les rejette tous les deux. C'est pourquoi nous n'aurons à parler d'Israël que comme de notre ancêtre , non comme de notre rival.

La vraie religion a des caractères particuliers qui sont le signe et la garantie de sa vérité. Ces critériums sont de plusieurs espèces; mais ils viennent se résoudre dans un seul, le miracle. Le miracle a été défini de plusieurs laçons. En rigueur doctrinale, il est une dérogation aux lois de la nature, produite par opération divine, soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre intellectuel, soit dans l'ordre moral : trois larges [bases d'appréciation sur lesquelles le christianisme convoque toutes les religions à venir se mesurer avec lui, en les défiant de soutenir le voisinage de sa divine supériorité.

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Nous avons vu la négation donner rendez-vous au surnaturel dans un amphithéâtre scientifique, sous les yeux de l'Académie, le priant de commencer et de recommencer ses opérations, selon les caprices des spectateurs. C'est une défaite cachée sous les formes d'une insolente provocation. Il est de la nature du surnaturel de ne point se produire comme une déférence humiliante de Dieu aux: exigences de la curiosité humaine. Il est de sa nature, par conséquent, d'apparaître sur la terre à la prière de l'amour , non aux sommations de l'orgueil. Qu'on le cherche là où il doit se manifester, on le trouvera ; mais le rejeter sous prétexte qu'on ne l'aperçoit pas là où il ne doit pas être, c'est ignorer l'essence du surnaturel et l'histoire, ou se moquer de l'un et de l'autre.

L'histoire, en effet, est le cadre où il faut contempler le surnaturel. Considéré dans ses miracles physiques, il en dépend, et il fait partie d'une contexture d'événements si accrédités, qu'on ne peut le nier sans les nier, et sans proclamer le pyrrhonisme historique. Ne sortons pas, pour le moment, de l'Ancien Testament.

Le véritable père de l'histoire est bien celui qui révéla au monde le secret de sa naissance, et cela onze cents ans avant l'apparition d'Hérodote. Y eut-il jamais, du reste, un historien plus digne de foi que Moïse? Grâce à la longévité des premiers patriarches, il n'est séparé d'Adam que par six générations. De son temps, un homme pouvait avoir vu Joseph, dont

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le père avait vu Sem, qui avait vu Mathnsalem, lequel avait vécu pendant plusieurs siècles avec Adam. Par la tradition primitive dont il est l'oracle inspiré, Moïse touche donc à l'origine des choses ; par l'ère historique qu'il commence, il donne la main à l'avenir et il atteint jusqu'à nous. Ce soleil une fois levé à l'horizon des siècles écoulés, tout s'illumine dans le passé, nos annales se déroulent sans solution de continuité , et les auteurs de l'Ancien et du Nouveau Testament se relevant sans cesse à la tâche pour écrire l'histoire de la révélation, on n'y découvre pas une seule lacune, depuis la création jusqu'au moment où l'Eglise reçoit enfin le dépôt sacré, l'accroît et le certifie, par une de ces paroles dont l'autorité n'aura jamais d'égale parmi les affirmations de l'esprit humain.

Ayez un jour la nohle curiosité de connaître ce qui a été écrit de décisif sur l'authenticité, l'intégrité, la véracité des livres de l'Ancien Testament, vous serez étonné de la fidélité de ces monuments, qui racontent les premiers jours du monde avec la précision du journal; de l'impartialité de ces récits devant laquelle on pourrait douter s'ils ont été écrits par des amis ou par des ennemis d'Israël; de l'immutabilité, évidemment inaltérable, de ces textes sacrés dont les Juifs, au rapport de Josèphe, connaissaient le nombre de mots et de lettres, et que chacun de leurs rois était obligé de transcrire de sa main ; enfin, de la garde vigilante qu'a dû faire autour de ces mémoires, à la fois nationaux et divins, un peuple qui était lui-même une sorte de tradition vivante, et qui trouvait en de telles pages ses rites sacrés, son passé, ses lois et jusqu'à ses généalogies de familles. Aussi, quand je vois nos rationalisas contemporains en remontrer, sur les Ecritures, à

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ceux dont elles étaient le catéchisme quotidien, et s'essayer à faire prévaloir les rêves qu'ils imaginent, sur les réalités que quatre mille ans de témoignages oculaires nons ont garantis, je me demande lequel est le plus surprenant des prodiges qu'ils ne veulent pas voir, ou de celui qui leur permet de voir autre chose

à la place.

Eh bien, telle est l'autorité de l'histoire biblique, telle celle des miracles qu'elle renferme. La seconde et la première se valent ; ou la partie purement naturelle de ce récit, que la négation admet, doit être repoussée, ou la partie surnaturelle, qu'elle repousse, doit être admise. D'ailleurs, la seconde est parfois virtuellement contenue dans la première. Par exemple, le précepte de la pâque judaïque repose sur les faits miraculeux de la délivrance d'Israël et du passage de la mer Rouge dont il est la consécration. La fête de la Pentecôte est un mémorial perpétuel de la promulgation de la loi sur le Sinaï. L'oblation des premiers nés du peuple juif rappelle l'extermination divine des premiers nés des Egyptiens. Ainsi, pendant quarante siècles, le miracle fait partie si intégrante de cette histoire qu'elle ne peut être racontée si elle en est séparée. Et ceci est tellement vrai que* lorsque le symbolisme allemand a essayé de remplacer les miracles bibliques par un vaste système de figures, ce n'a pas été en opposant des faits à des faits, mais en posant des prémisses arbitraires, desquelles il résulte que les faits sont inacceptables, uniquement parce qu'ils sont miraculeux. De telle sorte que le mythisme germanique, comme le naturalisme français, se résout dans cet argument naïf : Je déclare que les miracles doivent être faux, donc ils le sont.

Voilà des conclusions auxquelles la raison ne peut souscrire, sans embrasser les impossibilités de l'absurde à la place des obscurités du divin. Eh quoi ! tout le merveilleux de l'ancienne alliance, si bien confirmé par les monuments qui émergent chaque jour du sol de l'Orient ; ces faits divins, si répandus dans les traditions universelles, que l'on a pu aujourd'hui recomposer la Bible sans la Bible ; tout leprophétisme avec le cortège de miracles concomitants et subséquents qui le justifient ; enfin cette concordance si compliquée, entre le premier et le second Testament, qui fait du premier un livre dont chaque feuillet, déchiré à dessein par la Providence, attend son complément de l'avenir, et du second un complément qui, confronté à la souche, s'y adapte en certifiant l'unité du plan divin, tout cela ne serait qu'un faisceau de coïncidences fortuites? Et la persévérante créance des peuples les plus intelligents de la terre à une telle économie ne prouverait, d'une part, qu'un habile système d'impostures, et de l'autre qu'un amour obstiné pour les mystifications? Je crois à la Bible, mille fois plus aisément qu'à de telles explications.

Passons au christianisme. Il est également rempli du surnaturel dans l'ordre physique. Un jour, nous reviendrons sur la valeur historique des livres du Nouveau Testament, et nous conviendrons que le P. Hardouin, attribuant l'Enéide à un moine du treizième siècle, le cède en audace critique aux novateurs qui contestent l'authenticité des Evangiles. Avec la moitié des chicanes élevées contre celte divine narration, on pourrait faire passer les œuvres de Démosthène, de Platon, de Tacite et de Tite-Live pour invention de faussaires, et si la critique obtient des adhésions quand elle se montre

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sceptique jusqu'à l'absurde envers les auteurs divins, et n'obtient que des sourires quand elle applique le même système aux: auteurs profanes, c'est parce qu'elle a des passions pour complices dans le premier cas, non dans le second. Le dernier mot du bon sens en cette matière est dans cet aveu, mille fois rebattu et encore trop peu compris : « Les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. »

Donc, les miracles de Jésus-Christ s'imposent avec l'enchâssement historique dans lequel ils sont en quelque sorte montés. Ils s'imposent parce qu'ils sont d'un caractère si parfaitement inimitable que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros. Ils s'imposent parce qu'ils sont si évidents que les Juifs ne les ont pas contestés, mais les ont attribués au démon, et que Celse, Porphyre et Julien-l'Aposlat,ne les pouvant récuser comme fait, les traitaient comme des opérations magiques. Ils s'imposent parce que l'histoire profane elle-même les garantit : Chalcidius mentionne l'apparition de l'étoile qui conduisit les Mages au divin berceau; Macrobe, quelques circonstances du massacre des innocents ; Lampride, le dessein d'Adrien et d'Alexandre Sévère d'élever un temple à Jésus, et Phlégon, affranchi d'Adrien, l'éclipsé de soleil qui jeta un voile de deuil sur le déicide. Us s'imposent parce que Paul, ce sublime croyant qui avait été incrédule, lui aussi, affirme avoir vu le plus grand des miracles, le Christ, ressuscité. Ils s'imposent, enlin, parce que, même quand on nie les récits évangéliques, on ne peut nier que leurs auteurs ne soient morts pour les certifier. Or, Matthieu, Jean, Pierre, Jacques et Jude, témoins et quelquefois instruments des miracles de Jésus, ont scellé leurs paroles de leur sang.

Ceux qui se complaisent dans les incertitudes de l'his-

toire pour autoriser celles de leurs convictions, ne peuvent nier la vertu d'un pareil témoignage. Que des spéculatifs se trompent en mourant pour des idées préconçues et des préjugés de naissance, cela se conçoit; mais comment se tromperaient-ils ceux qui, étendant la main sur un récit dont ils sont auteurs, s'écrient : Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons touché de nos mains concernant le Verbe de vie, nous l'annonçons (1). Que des hommes intéressés par l'amour-propre dans un mensonge, s'enivrent des applaudissements jusqu'à lui sacrifier la vérité et la vie, c'est compréhensible. Mais que des hommes meurent pour un mensonge, sans autre perspective que le mépris en ce monde et des châtiments dans l'autre, c'est incompréhensible à tel point que les témoins de Jésus- Christ seraient fous , s'ils n'étaient pas sincères, el qu'ils eussent été à jamais incroyables, s'ils n'avaient pas cru eux-mêmes.

Et puis, un simple appel au bon sens du monde moderne. Cette personne ineffable de Jésus-Christ qui n'est pas autre chose que le surnaturel fait homme, et les résurrections et les guérisons rapportées par l'Evangile, et les prodiges de la Pentecôte, et les miracles de l'Eglise depuis dix-huit siècles, tout cela ne serait que des mirages fallacieux du passé, des phénomènes d'hypnotisme et des hallucinations des peuples les plus civilisés de l'univers?

Je sais qu'on a fait des livres pour obscurcir ce sens commun de la vérité historique, mais de tels livres rapportent plus de bénéfice que d'estime. Pour faire table rase des annales chrétiennes avec un système de supin I. Saint Jean, 1-1.

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positions malveillantes, il faut plus de courage que de délicatesse. La critique qui en a été capable ne se relèvera pas de son attentat, car sa bonne foi a mille fois plus souffert que notre foi de son œuvre déicide, et si elle a découvert des degrés dans la sincérité de Jésus, donnons lui acte que personne n'en trouve dans la sienne.

Je le demande, y a-t-il vestige d'un témoignage de ce genre dans aucune des religions positives qui ne portent pas le nom de Jésus-Christ? Sans doute, à toutes les heures de sa vie, le genre humain a vu le merveilleux se mêler à la trame de son histoire ; mais quelle différence entre le surnaturel vrai et celui de composition humaine? Approchez, en ce moment, pèlerins aventureux qui prétendez avoir contemplé des religions supérieures à la nôtre aux deux penchants de l'Himalaya; venez, indianistes provocateurs, qui nous opposez sans cesse les gigantesques enfantements du génie de l'Orient, et puisque le brahmanisme et le bouddhisme sont le plus vaste spécimen des créations surnaturelles que Dieu n'inspira pas, sachons s'ils résistent à la suprême épreuve de notre premier critérium .

Le miracle physique, dans le christianisme, repose, comme le fdon d'or, au milieu d'un gisement historique qui le porte et le garantit. Le miracle physique, dans le bouddhisme, est une vision ou un cauchemar, sans appui dans les faits. Le premier se rattache à un ordre d'événements accepté comme certain par les peuples mûrs de l'Occident, le second n'a jamais été que l'amusement de nations immobilisées dans des préjugés stupides, et destinées à mourir, comme on l'a dit, non de vieillesse, mais d'une enfance prolongée.

Le surnaturel de la Bible et de l'Evangile reflète la beauté idéale de son auteur, celui des Védas et des

Pouranas est un recueil d'imbécilité.ï grandioses. Le premier fait pleurer, le second fait rire. Le premier a élevé et affranchi les nations occidentales, le second verse à l'extrême Orient l'engourdissement de l'aneslhésie. Le premier civilise les hommes, le second les rend irrémédiablement impropres à la civilisation. Le premier est un théisme grand et pur, le second est une mythologie moins ingénieuse et plus repoussante que celle de la Grèce et de la Scandinavie. Ah! c'est qu'il est presque aussi difficile à l'homme d'inventer des miracles raisonnables que de les faire. Il y a des incrédules de France qui se sont constitués les Pères de l'Eglise thihétaine; pour les punir de leurs engouements anti-chrétiens, je voudrais qu'ils fussent condamnés à lire, seulement, les récils merveilleux qu'ils ont la prétention d'admirer. Quant à les croire, c'est autre chose. Est-ce que rien est comparable, en extravagance, aux fictions des apocalypses védiques? Les miracles de la légende dorée n'en approchent pas. « Ces révélateurs font marcher des myria- « des de dieux et de mondes, ils ébranlent le ciel et la terre « avec des circonstances puériles, et une monotonit de « radotage vieillot, qui dégoûte au bout d'un instant (I). » Pour moi, je regarde comme un vrai châtiment infligé à la libre pensée, ses aveuglements devant l'Evangile, et ses prédilections pour les hallucinations brahmaniques. Il serait temps d'en finir, cependant, avec ces singularités dont on se glorifie comme d'un goût original, et qui ne sont qu'un abaissement de raison. Vraiment, quand je vois des esprits rebutés par les obscurités de saint Thomas, se pâmer aux clartés de

(I) Tain?.

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la philosophie védanta, je comprends à quel point nous a fait avancer notre surnaturel, en voyant à quel point on peut reculer en l'abjurant. Heureusement il a la vie résistante, parce qu'il a des racines profondes, et je suis bien fier de penser que, depuis un siècle, la critique la plus acharnée le secoue sans pouvoir l'ébranler, tandis que le surnaturel bouddhique, loin d'être capable de parer les attaques de Straus ou de Salvador, est une de ces bulles de savon sur lesquelles on ne souffle même point, parce qu'elles s'évanouissent avant qu'on les approche.

Et Mahomet escaladant les deux sur un hyppogriphe, pour aller recevoir le Coran de la bouche d'Allah, serait-il l'inventeur d'un surnaturel plus digne de notre foi? Sa révélation aurait-elle des critériums de l'ordre physique, intellectuel et moral capables d'effacer ceux de la nôtre? Non, déclarons-la, d'ores et déjà, hors de concours dans un tel parallèle. Il y a aujourd'hui des engouements dépravés qui marchandent leur admiration à Jésus-Christ et qui la prodiguent au fondateur de l'Hégire. Ne nous faisons pas, indirectement, les complices de celte iniquité en lui accordant l'honneur d'une réfutation trop directe. Et ou sont les miracles du fameux chamelier, soit en livres, soit en hommes, soit en bienfaits matériels, soit en améliorations morales qui le disputent à ceux de l'Evangile? L'islamisme est un fait évidemment humain , accompli par des moyens humains, qui a eu la violence pour instrument, la passion et l'ignorance pour complices. Il est une conquête plutôt qu'une religion, sa propagation le stigmatise au lieu de le prouver, car le sang n'a la vertu d'un témoignage que lorsqu'il est versé par amour. Sa démonstration écrite n'existe pas et ne

peut exister. Ses seuls prodiges de l'ordre intellectuel sont des actes de vandalisme contre la pensée. Amrou, incendiant la bibliothèque d'Alexandrie, est une parfaite image de l'amour de sa race pour les lumières. L'éclat éphémère jeté par les lettres arabes au moyenâge servit plutôt à composer une auréole poétique au kalifat, qu'à fonder la somme théologique du Coran. Quant à son histoire, plus authentique que celle du bouddhisme, elle est plus honteuse : elle est l'antithèse de l'histoire de la civilisation, c'est-à-dire, un abominable inventaire de cruautés et de débauches, écrit avec la boue délayée dans le sang. De ses grands hommes, rien à dire, sinon que la postérité en est réduite à les traiter comme des exceptions glorieuses quand ils ne sont pas des fléaux. Quelques-uns ont été puissants, bien peu ont été bons, aucun n'a été pur. La vie des saints de l'islamisme ne peut être écrite sans outrage au sens moral.

L'originalité reste-t-elle au moins à cette révélation , pour la dédommager de ses autres désavantages ? Non, elle n'est qu'un compromis entre le monothéisme des chrétiens et la morale corrompue des païens ; une habile combinaison fondée, d'un côté, sur les ruines du polythéisme dont la raison ne voulait plus, et, de l'autre, sur des passions ignobles dont la nature déchue veut toujours. Or , cet amalgame hideux de spiritualisme dans le dogme et de matérialisme dans la morale, où un peu de vérité vient consacrer beaucoup d'erreurs, c'est là ce qui constitue la vitalité de l'islamisme. Les idoles païennes tombent quand la raison les touche ; mais des mœurs païennes, cimentées par la croyance à l'unité divine, forment une aggrégation presque indestructible. La France et l'Evangile expérimentent celte

résistance immorale depuis bientôt quarante ans en Algérie. Heureusement, une telle expérience tourne à la gloire du christianisme et à la honte de ceux qui le repoussent, car, s'il a conquis l'ancienne Rome plutôt que le désert africain, cela prouve que l'humanité dégradée du siècle de Néron était encore plus près de la Térité que les peuplades abruties par le despotisme corrupteur de Mahomet.

Le miracle de l'ordre intellectuel^ qui sert de critérium à la vraie religion, est un certain degré de connaissance qui surpasse les bornes de la nature, et qui est produit par une spéciale illumination de Dieu. Cette connaissance surnaturelle peut avoir pour objet, ou bien des faits à venir placés au-delà de la portée conjecturale de l'esprit, et alors elle s'appelle la prophétie ; ou des véritésab straites, qui sont hors de proportion avec la force créatrice de la pensée naturelle , et, alors, cette connaissance suréminente s'appelle l'excellence de la doctrine.

La prophétie est certainement un des plus grands miracles. Le thaumaturge rend la vie à ce qui n'est plus, le prophète la donne à ce qui n'est pas encore. L'un ressuscite le passé, l'autre suscite l'avenir. Or, le christianisme est étayé par des prophéties sans nombre, les unes qui ont Jésus-Christ pour objet, les autres qui l'ont pour auteur. Les prophéties sont si précises dans leurs détails qu'elles semblent , dit saint Jérôme, l'histoire de ce qui fut, plutôt que l'annonce de ce qui

doit être. D'autre part , elles sont si évidemment antérieures à l'événement que les Juifs reconnaissent la prophétie sans reconnaître l'événement, demeurant ainsi les archivistes d'autant plus désintéressés du christianisme, qu'ils en sont les ennemis. Et cette juxtaposition exacte, entre des causes et des effets séparés par de longs siècles de distance, ne serait point surnaturelle? Et cet engrenage, cet emboîtement parfait des événements prophétisés avec les prophéties, ne serait qu'une combinaison du hasard et une illusion d'optique partagées par des millions de visionnaires? Ce sont toujours des hypothèses plus miraculeuses que le miracle.

Quand les archéologues de Rome découvrirent, dans leurs fouilles, un chef-d'œuvre de sculpture qu'ils attribuaient à l'antiquité, et dont Michel -Ange revendiqua la propriété, celui-ci établit son droit d'auteur par un argument ingénieux. Il produisit le bras de la statue, lequel n'avait pas été trouvé en terre, et les anfractuosilés du marbre s'étant adaptées, de part et d'autre, à l'endroit de la cassure , les deux pièces furent déclarées être du même artiste. Eh bien, le Christ es', une figure sublime exécutée, par proportions diverses, dans les deux Testaments. Quand je vois toutes les parties nouvelles de ce noble ouvrage se joindre aux anciennes par une complète adhérence, et cela malgré la diversité des ouvriers et des époques qui façonnèrent l'image, je conclus que tant de rencontres providentielles sont trop en dehors des chances naturelles, pour n'être point supra -naturelles. Plus l'unité de ce chefd'œuvre me paraît humainement impossible, plus son auteur me paraît divin. Au reste, l'exactitude d'un tel accord entre les prophéties et les événements prophé-

tisés ne saurait étonner. Seul , l'esprit divin pouvait porter les voyants à prendre la responsabilité d'un avenir pour eux plein de chances, puisque Moïse ordonnait de tuer celui qui avait annoncé des événements non accomplis.

Maintenant, ouvrons les annales du paganisme indien ou thibétain, y trouverons-nous un système de prédictions et de faits prédits , qui soit même l'ombre d'un pareil témoignage? Quels sont les Lsaïe, quels, sont les Daniel de cette mystérieuse loi ? Le brahmanisme et le bouddhisme, qui forment comme l'Ancien et le Nouveau Testament de la même religion, n'ont pas une histoire sérieuse. A peine quelques certitudes perdues au sein d'immenses ténèbres, comme quelques pierres milliaires semées dans un désert, voilà leurs annales ; et, à la place de nos prophéties jetées en vedette au-devant des événements, et de la belle harmonie que présente la confrontation des unes avec les autres, que voyonsnous dans la chronologie des Indous ? Des ombres enveloppant un passé d'ancienneté surfaite et une noblesse de parchemins falsifiés.

Tous les peuples qui professent le panthéisme et, partant, l'éternité de la matière , doivent s'attribuer une haute antiquité. L'esprit, ayant établi en principe que le monde a toujours existé , ne peut admettre que l'homme y ait apparu depuis si peu de temps. Aussi, quand Moïse, qui écrivait dans le voisinage des Assyriens , des Chaldéens, des Egyptiens , des Indiens et des Chinois , tous infatués d'une ancienneté fabuleuse , a fixé hardiment la date de la création actuelle à une époque moins reculée, il me paraît d'autant plus inspiré qu'il réagit contre l'amour -propre national et contre un courant universel, et qu'il augmente contre

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