‹ Le bon sens de la foi exposéChapitre 31 sur 67 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

baignés par la mer des Indes; et je crois à cet avenir, non-seulement parce que ma foi m'y incline, mais parce que toutes les évidences de l'histoire le promettent à ma vérité.

Pour ceux qui lisent, je viens d'exposer une thèse utile, car bon nombre de publicistes, qui ont la prétention de passer en revue les deux mondes, à chacun de leurs articles, écrivent sur ce point, avec des airs perfidement réservés, des énormités dangereuses à propos de vieilles erreurs qui le sont très-peu. Qui croirait, par exemple, qu'un de ces révélateurs a osé charger son honneur philosophique de la responsabilité de cette phrase : La doctrine des vichnuvites dépasse de bien loin la théologie chrétienne. Pitoyable conclusion, si on connaît la théologie chrétienne, et pitoyable procédé, si on ne la connaît pas. Laissons ces assertions coupables aux prises avec la raison indignée de la civilisation européenne.

Pour ceux qui ne lisent pas, ce chapitre paraîtra de dix-huit siècles en retard. Eh quoi! pourront-ils nous dire, vous traitez le bouddhisme ainsi qu'une sorte d'église rivale de la véritable? Mais le bouddhisme, comme le fétichisme, comme le culte des astres, comme les autres nuances de la même erreur, c'est l'idolâtrie ; renvoyez donc vos adversaires à Y Apologétique de Tertullien et à la Somme contre les Gentils ; mais ne- prenez point la peine de frapper ceux qui se croient des initiateurs et qui ne sont que des revenants. Les auteurs de ce raisonnement ont le tort de ne pas comprendre que d'autres peuvent souffrir de la maladie qu'ils n'ont pas, et que, dans tous les siècles, il a fallu actualiser l'apologétique, soit pour approprier la défense

ET LES CULTES DE L'ORIENT Qu'on LUI OPPOSE. 259

aux variantes de l'attaque, soit pour n'avoir pas l'air de livrer la vérité, en remettant aux seuls morts le soin de combattre les ennemis vivants. Aussi bien, cette manière de vaincre coûte trop peu de peine pour rapporter beaucoup d'bonneur.

Cependant, je concède volontiers qu'à considérer, non point le bouddhisme des revues, mais celui de l'histoire, non point celui des sceptiques qui ne se convertissent à lui que par opposition au christianisme, mais celui des vrais observateurs qu'il ne convertit jamais, je lui ai accordé une attention disproportionnée à son importance. En voyant ce mélange de caducité et de niais entêtement, de paresse et de cruauté, qui s'appelle le bouddhisme, placé à côté de ce prodige de l'ordre physique, intellectuel et moral, qui se nomme le christianisme, je crois entendre mon Maître me dire : A qui m'astu comparé? Cui assimilasti me? Mais que Dieu me pardonne , si je suis devenu insensé, c'est par amour pour lui. Il faut convenir qu'après dix-huit siècles de règne et de bienfaits, il avait le droit de ne point subir la bonté d'un tel parallèle ; toutefois, plus je le compare, plus je l'admire; plus il se plie à mes curiosités, plus je l'aime, et plus je l'abaisse dans mes hypothèses , plus je le relève dans mes adorations.

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