‹ Le bon sens de la foi exposéChapitre 51 sur 67 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

La critique & les origir\es cl\rétier\r\es.

Nous avons vu la raison humaine s'avançant , par étapes rapides, du besoin de croire jusqu'au sein de la société chrétienne , à la double clarté du bon sens et de l'histoire. Mais, une fois arrivés dans le Saint des saints de la vérité doctrinale, un dernier devoir nous incombe pour la sécurité de nos croyances ; celui de vérifier les fondements de l'édifice qui les abrite. L'Eglise repose-t-elle sur des témoignages certains ou suides chroniques superstitieuses? Ses monuments primitifs méritent-ils la confiance qui leur est accordée , ou furent-ils un piège tendu à la crédulité de nos aïeux? En d'autres termes, les écrits, les faits, les dogmes et l'organisation de la société chrétienne ont-ils une origine divine, ou; une simple autorité légendaire? Là gît toute la question entre l'école critique et le christianisme.

Ce débat, soulevé depuis près d'un siècle en Allemagne, depuis a peine quelques années en France, a eu un retentissement dangereux pour la foi d'un certain nombre. Il est bon d'en simplifier les termes et d'en dégager la conclusion , pour montrer que s'il suffit de peu de vent pour faire voler beaucoup de poussière, en dépit de tous les souffles contraires, ce que nous

venons d'édifier no peut-être ni ébranlé ni obscurci.

C'est par une véritable intuition de malveillance que la négation porte ses attaques sur la question de nos origines. Il n'était pas de moyen plus expéditif d'en finir avec les croyances. Si le christianisme n'a point de bases divines il n'est que le résultat des occurrences historiques, et il n'y a pas de religion positive parmi nous. D'autre part, si le monde est [l'ouvrage des forces mécaniques et impersonnelles de la nature, il n'y a plus même de religion naturelle. Vaincu sur tous les points, l'antichrislianisme régnerait encore dans ces deux citadelles maîtresses. Heureusement il en a été délogé avec tous les déshonneurs de la guerre ; mais comme il chante ses défaites au lieu de les avouer, ne permettons pas qu'elles soient prises pour des victoires.

En relisant les pièces de ce procès nous venons d'éprouver un des plus grands scandales causés à notre honnêteté. Quand les ignorants voient mettre en doute les te*xtes et les récits sacrés, par des savants de France et d'outre-Rhin, à grand renfort de citations et de notes marginales, ils sont tentés de croire qu'il a été fait quelque découverte concluante contre l'autorité de nos Ecritures. Il n'a été absolument rien découvert qui contredise, sur ce point, à la foi du passé. Notre siècle a nié , non pas en vertu de données positives , mais pour les besoins d'une théorie préconçue. Il a imaginé un système philosophique impliquant la négation surnaturelle des origines chrétiennes, et le surnaturel de ces origines a été sacrifié à ce système. Ainsi, la révision bruyante de textes et de faits, qui remplit les œuvres du criticisme, n'est nullement œuvre de science, mais le fruit d'une passion spéculative. Il y a plus, les étalages d'érudition, sous lesquels elle se dissimule, ne sont

eux-mêmes que des emprunts fails à l'exégèse chrétienne, et retournés contre le christianisme par des falsifications habiles. Qui y-a t-il au fond de ces attaques réputées nouvelles ? Rien autre chose que les observations de la critique orthodoxe converties en objections, c'està-dire la dépouille de Richard Simon mise à l'envers par Strauss et Paulus, et les études scripturaires du dix-septième siècle devenues , par des manipulations germaniques, la source des négations contemporaines. Nous avons du reste sur ce point l'aveu de nos adversaires : « Quand la science laïque commença à s'oc- « cuper de ces difficiles sujets, elle n'eut qu'à résumer « à son point de vue, c'est-à-dire dans un sens négatif, « les travaux entrepris par l'érudition sacrée (1). » Rien de plus éhonté que de frapper ainsi l'adversaire après l'avoir dévalisé, ou plutôt, de l'attaquer avec ses armes après les avoir empoisonnées?

Sans doute, Richard Simon mérita les rudes coups que Bossuet lui porta, en réponse aux opinions hasardées émises par le savant Oratorien dans son Histoire critique de l'Ancien Testament; sans doute son Histoire critique du Nouveau Testament fut, à bon droit, mise à l'index, pour quelques propositions peu orthodoxes, mais il n'en est pas moins vrai que Richard Simon , inférieur à Bossuet par le génie et par la rigueur doctrinale, le surpassait par ses connaissances exégétiques. Il n'en est pas moins certain qu'il déploya, dans ses travaux bibliques, un vaste savoir et une critique pénétrante capables d'imprimer, moyennant correction , le mouvement le plus utile à nos éludes. Enfin il n'en

(1) Renan. Historiens critiques de Jésus.

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est pas moins remarquable que les érudits tant vantés •l'Allemagne ont beaucoup appris à l'école du savant français, tandis que la France ne profitait pas de ses leçons. Le docteur Reithmayer l'a généreusement reconnu. « Les ouvrages qui ont paru, après ceux de Richard Simon, leur sont bien inférieurs sous le rapport scientifique. Même Y Introduction au Nouveau Testament, de Hug, écrite avec un talent brillant d'exposition, est au dessous, au point de vue des connaissances théologiques.... Il est à regretter que l'on n'ait pas suivi, du côté des catholiques, le mouvement imprimé à la science par Richard Simon. On pouvait garder ce qu'il avait de bon sans adopter ses erreurs. On eût opposé ainsi une digue plus forte à l'invasion de la critique négative , qui se développa peu après dans les écoles protestantes (1). »

Enregistrons ces aveux, non par amour-propre national, mais dans un intérêt apologétique. Ils prouvent que les motifs des doutes exégétiques étaient les mêmes pour Richard Simon que pour les savants de Germanie, et que si les seconds ont, néanmoins, incomparablement plus douté que le premier, c'était par pure inclination aux négations radicales, surtout par des nécessités de système très-compromettantes pour l'autorité de Jours conclusions. Voici, en effet, toute la raison d'être de ce qui fut appelé « le dogme nouveau, le principe fondamental de la critique moderne (2). »

Dieu est indistinct de l'univers dont les évolutions sont déterminées par des lois immuables et nécessai-

(1) Reithmayer. Introduction, t. L, p. 21-22.

(2) Littré. Conservation, révolution et positivisme, préf., p. "26.

res. Dieu étant confondu avec la nature ne peut se manifester par des faits supranaturels. Donc le miracle, qui est une dérogation à la fatalité de l'ordre naturel est inadmissible. Donc il faut que les livres saints, archives immortelles du surnaturel, soient dépourvus de toute autorité, et que le merveilleux contenu dans ces pages inspirées n'ait aucune réalité concrète. Donc, enfin, il faut que toute la religion fondée sur la croyance au surnaturel soit répudiée, même sans discussion préalable, et que l'évidence historique soit reniée pour que l'abstraction d'un spinosisme brutalement négatif s'installe, sans conteste, à sa place. Voilà l'ultima ratio qui prime l'autorité des faits les plus irrécusables, dans des esprits qui se croient difficiles parce qu'ils résistent au sens commun.

En vérité, quand on sait que la source divine des Evangiles et leur conservation intégrale jusqu'à nos jours sont attestées par d'innombrables documents ; quand on se rappelle que, pendant dix-huit siècles, les philosophes et les hérétiques eux-mêmes en ont contesté les doctrines sans en suspecter la provenance apostolique, on est stupéfait, qu'au dix-neuvième, un hégélien prétende à plus de certitude sur ces monuments que saint Justin ou saint Clément : le tout, parce que la doctrine de l'absolu ne doit pas recevoir de démenti, même de l'histoire la plus indéniable. N'est-ce point la rage de la spéculation contre la méthode expérimentale, poussée jusqu'au délire?

Mais la Providence a permis qu'en ceci , comme en beaucoup d'autres choses, le mal fût tempéré par son excès même. Lorsque la mode du siècle fut aux interprétations mythiques, l'esprit humain comprit que beaucoup de figures étaient à retoucher si celle du Christ

n'était pas authentique. Comment ajouter foi à l'intérgrité de V Iliade en niant relie Je l'Evangile? Aussi, bientôt , le vieil Homère tomba du coup dans le domaine de la légende. Ses poésies, malgré la puissante unité de leur inspiration , furent regardées comme un simple collationnement de fragments , et son identité fut niée. A sa suite, Aristote et Platon, renversés de leur piédestal traditionnel et dépouillés de leur réalité historique, devinrent de simples pseudonymes, inscrits en tête d'œuvres collectives et impersonnelles. Enfin, le Père Hardouin, qui niait l'authenticité de Y Enéide, eut des émules forcenés, et la critique, révoltante pour le bon sens, cessa d'être dangereuse pour la raison. A l'exemple de la lance d'Achille, — qu'on me pardonne celle comparaison rebattue, — elle guérissait les blessures qu'elle venait de faire, en prouvant que, tout comme dans l'ordre philosophique, il n'y a plus que le néant après la négation de Dieu; dans l'ordre historique, il ne reste que le chaos quand Jésus-Christ est supprimé.

Décrire toutes les évolutions de l'attaque, sur ce terrain, est impossible. Le plan d'un tel champ de bataille ne saurait être levé parce que le sol a été trop remué. La bataille surtout ne saurait être peinte, parce que les croisements de lignes ont été trop fréquents. Mais ce que notre exposition apologétique va montrer de ce tableau fera deviner le reste. L'ordre, surtout, que nous allons nous imposer, projettera peut-être quelques clartés sur un ensemble assez obscur ; car nous pouvons dire des exégètes rationalistes du dix-neuvième siècle, comme Descartes parlant des philosophes de son temps : « Ouvrons quelques fenêtres, et faisons entrer un peu de jour dans cette cave où ils se sont enfermés pour se battre. »

L'édifice des origines chrétiennes repose sur quatre colonnes principales : la négation a essayé de les renverser l'une après l'autre. Si la lutte qu'elle a livrée sur la question des livres, a été plus retentissante, ce n'est point parce qu'elle absorbait tout l'intérêt de la campagne, mais parce que cette position, une fois occupée, la place entière était mise en demeure de se rendre. Les quatre pierres fondamentales du christianisme, nous pourrions dire aussi les pierres de touche de son origine divine, ce sont ses livres, ses faits primitifs, ses dogmes , sa constitution organique. Ses livres ont été présentés par le criticisme comme n'étant ni des auleurs, ni du temps auquel ils sont attribués; ses faits primitifs ont été tour à tour niés par l'interprélation rationaliste qui ne les reconnaît pas pour merveilleux, et par le système mytbologiste qui ne les reconnaît pas pour réels. Ses dogmes ont été répudiés, comme n'étant point le produit d'une inspiration surnaturelle, mais une formation syncrétique, provenant de divers apports fournis par le Philonisme , par la religion de Zoroastre et par l'école d'Alexandrie. Enfin, sa constitution n'est plus un organisme divin, mais une sorte d'agrégat dont les formes ont été déterminées par les influences et les milieux historiques. Il s'agit donc de redresser, en quelques pages substantielles, la vérité sur tous ces points et de prouver l'authenticité des livres, la certitude des faits, la divinité des dogmes et l'originalité surhumaine de l'organisation qui conslituent l'essence du christianisme.

Je circonscrirai la question dans les limites de la polémique actuelle, évitant le plus possible l'appareil scientifique pour mieux dégager les conclusions apologétiques, et assumant toute la peine de l'investigation, afin de l'épargner au lecteur. On a dit, en parlant de la Vie

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