CS
LS
« Un homme d'esprit et de cœur dit un jour devant moi, (j'étais encore enfant alors) : « Aujourd’hui il n’y a rien au monde de fixe et de stable, à quoi l’on puisse rattacher sa vie. Les idées et les rois passent, tout se déplace, tout s'use, avec une dévorante rapidité, la société change dix fois de face entre le berceau et la tombe d’un mortel. En vérité, au milieu de cette versatilité des choses, il n’y a qu'une vilie et qu’un homme, qui, par leur immobilité dans l’océan du temps, présentent à notre esprit une image de suite et de perpétuité, Rome et le Pape. Trouvez-moi pour ceux qui sont las d’errer à la merci de tous les vents, et qui demandent à la vie le calme de l'éternité, un refuge assuré où chercher un abri, un port toujours ouvert où amarrer leur barque, si ce n’est ce rocher plus haut que les tempêtes : Rome et la Papauté! »
« Cette parole, jetée sans prétention, au milieu d’une causerie tour à tour frivole et sérieuse, est tombée en moi, et y est demeurée depuis, tant elle avait frappé mon imagination. « En effet, pour tous tant que nous sommes, âmes égarées dans les ténèbres du doute, n’est-ce pas un spectacle capable de réveiller le sentiment croyant, endormi ou étouffé en nous, que cette formidable immutabilité, où le temps, la guerre, la torture, le mépris se sont brisé le front ; que cette fixité d’un seul point au milieu de tout ce qui passe; que cette lumière traversée par le souffle des tempêtes, qu'aucun souffle n’éteint? »
« Je ne sais à qui l’on doit cette spirituelle boutade : rien n’est absurde comme un fait. Oui, le fait de la veille que contredit le fait du lendemain.
« Mais un fait comme celui ci : l’Apostolat confié par le
« Christ, il y a dix-huit cents ans, à l’un de ses disciples, s’est perpétué, de pape en pape jusqu’à nos jours ; pouvoir dire cela aujourd’hui et être sûr qu’on le dira demain, cela doit bien signifier quelque chose. Et si l'on songe que, depuis le jour où cette parole a été prononcée en Judée, la . barbarie, le schisme, la réforme, la philosophie, se sont rués tour à tour, la torche et le fer à la main, sur le siége
occupé par le même Apôtre continué dans mille vies ; que’
RAR
Rome, la ville éternelle des temps modernes, comme elle
l'était des temps antiques, a été prise, reprise, occupée, saccagée par tous les fléaux venus de l'Orient et de POcci-
dent; qu’il n’y a pas plus de trois siècles, des soldats ivres, conduits par un renégat, y sont entrés au nom de Luther: qu'il n’y à pas trente ans qu’un empereur, son souverain
par la conquête, lui envoyait un préfet, comme faisaient
RAR
ceux de Constantinople, dans les premiers temps de ses
pontifes : Oh! alors le fait grandit à la taille de l’idée,
devient immense comme le dogme; et, quoiqu’on en ait, il
AR
faut bien, je le répète, que ce fait sans pareil signifie quel-
que chose.
« C’est en vain que nous voudrions détourner les yeux de
« cette prodigieuse image de perpétuité; nous qui sommes
venus après les plus grandes persécutions que Rome ait
essuyées depuis les siècles des martyrs, nous sommes for-
cés de nous dire : Sans doute, les promesses des temps s’accompliront, Le rêve de la philosophie était d’abattre la papauté, parce qu’elle comprenait que là est la tête, là est le cœur du catholicisme, et que, s’il pouvait mourir, c'était fait du christianisme; car la papauté et le christianisme sont inséparables à ce point, que la réforme n’existe
AR
« la haine de ce qu (A a nommé “a papisme. à duré | « papauté était donc, pour nos pères, toute la que tion «d'avenir. Dix-huit cents ans sont d’une belle haleine, sans « doute, dans le cours des choses : mais la Papauté détruite, cla philosophie gagnait son procès, qui était de prouver « qu’elle n'avait jamais existé qu’à laide de l'ignorance et. « de la barbarie. La révolution est venue: elle savait le mot : € d'ordre : elle a visé au cœur; elle a traïné le Pape dans
«l'exil, il y est mort! Un autre Pape lui a succédé; la
«chaîne de perpétuité ne s’est pas plus rompue qu’elle ne : « s'était brisée aux jours les plus mauvais du catholicisme, « Maintenant la philosophie à fait son temps. Les destruc- | « teurs dorment dans le passé à côté de Luther, l’Encyclopé- « die, la République et l’Empire. Rome est toujours debout,
re et à ce centre de la chrétienté, déchiré par les ravages de « l'incrédulité et de l'indifférence, il y a un Pape comme a «y'en avait un sous Néron, alors que le christianisme aise « sant était déchiré dans le cirque par les bêtes féroces. « Autour de cette miraculeuse continuité, l’Europe à « changé trois fois de face ; l'antiquité s’est éteinte, le pe F « moyen àge est mort. Trois empires, celui de Charlema- 1 « gne, celui de Charles-Quint, celui de Napoléon, se sont «élevés, et ont disparu. Des nations ont brillé qui ne sont «plus. Un monde découvert est échu en partage à la puis=.
€ sance temporelle et à la puissance spirituelle ; celle-ci ; « seule à gardé sa part. Tout a fait son temps, idées, peu « ples et SoPIe: le Pape seul est resté, Il y a dans ce fait,
« je ne saurais trop le répéter, quelque chose qui vaut hien la peine qu’on y réfléchisse un peu.
« Mais nous sommes dans un temps où l’on a inventé, à l’'usage:des partis, uné logique habile qui sait nier l’évi- « dence. Les vieilles haines contre Rome ne sont pas mortes . « dans nos cœurs révolutionnaires. Les pères ont cru avoir « régénéré le monde, et les fils, qui ont accepté leur gran- « deur, ne peuvent s’accoutumer à cette idée, que la Pa- « pauté, de son inexpugnable hauteur, ait contemplé avec «un regard plein d’une commisération et d’une certitude . «entière dans les promesses divines, nos terribles révoltes, « nos puissants enfantements, nos incendies allumés à tous
AR
« les coins du monde, le sang versé à faire bondir le cœur, « ce fracas d’empires et de rois tombés à confondre l'esprit, « tout cela comme un vieux marin regarde de la plage la « lutte des éléments, assuré qu’il est, par les signes qu’il à « vus dans le ciel, que, demain, tout ce grand bruit aura « cessé, et que l’Océan débordé rentrera dans ses abîmes (1).
Quelle force, à l’appui de la même vérité, dans ce magnifique témoignage du protestantisme écrit par le plus grand historien de l'Angleterre :
« Il n'existe point, dit-il, il n’a jamais existé, sur cette «terre, une œuvre de la politique humaine aussi digne « d'examen et d'étude que l’Église catholique romaine. L’his- « toire de cette Église relie les deux grandes époques de la « civilisation. Aucune autre institution encore debout ne « reporte à ces temps où la fumée des sacrifices s’échappait « du Panthéon, pendant que les léopards et les tigres bon- « dissaient dans l’amphithéâtre flavien. Les fières maisons
(1) Eugène Robin. x
Lo. ae a ee l'aug 4e ie io va | Eu. : . la ns ères fabuleuses. ei république
#4 « fa était moderne D nl La république Re .« de Venise n’est plus, et la Papauté subsiste, non en état « de décadence, non comme une ruine, mais pleine de vieet
2 VPIER
; « d’une jeunesse vigoureuse. z Le 4 «L'Église catholique envoie encore Rs aux. rent à «du monde des missonnaires aussi zélés queceuxquidébar- « quèrent dans le comté de Kent avec Augustin, des mission- __ «aires osant encore parler aux rois ennemis avec la même « assurance qui inspira le Pape Léon en présence d'Attila. « Le nombre de ses enfants est plus considérable que dans ve «aucun des siècles antérieurs. Ses acquisitions dans le nouveau monde ont plus que compensé ce qu’elle a perdu Pre dans l’ancien. Sa suprématie spirituelle s'étend sur les vastes contrées situées entre les plaines de Missouri et le cap Horn, contrées qui, avant un siècle, contiendront probablement une population égale à celle de l'Europe. ni. « Les membres de sa communion peuvent certainement “4 __« s’évaluer à cent cinquante millions, et il est facile de 4 « montrer que toutes les autres sectes réunies ne $ élèvent. « pas à cent vingt millions (1). Aucun signe n'indique que
c. +, + AURA
() Le chiffre de la population catholique varie selon les statistiques ; mais toutes les statistiques reconnaissent au catholicisme la supériorité numérique, sur laquelle nous fondons certaines preuves. .