‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 102 sur 121 · ES · texte numérisé non relu

ES

le terme de cette longue souveraineté soit proche. Elle a vu le commencement de tous les gouvernements et de tous les établissements ecclésiastiques qui existent aujourd’hui, et nous n’oserions pas dire qu’elle n’est pas destinée à en voir la fin. Elle était grande et respectée avant que les Saxons eussent mis le pied sur le sol de la Grande-Bretagne, avant que les Francs eussent passé le Rhin, quand l’éloquence grecque était florissante encore à Antioche, quand les idoles étaient adorées encore dans le temple de la Mecque. Elle peut donc être grande et respectée encore, alors que quelque voyageur de la Nouvelle-Zélande s'arrêtera au milieu d’une vaste solitude, contre une arche brisée du pont de Londres, pour dessiner les ruines de Saint-Paul. »

Enfin, voici le témoignage de la libre-pensée représentée

par son patriarche :

RAR

AR

« Le judaïsme, a-t-il dit, le sabéisme, la religion de Zoroastre, rampent dans la poussière: le culte de Tyr et de Carthage est tombé avec ces puissantes villes. La religion des Miltiades et des Périclès, celle de Paul Émile et de Caton, ne sont plus ; celle d’Odin est anéantie; la langue même d'Osiris, devenue celle des Ptolémées, est ignorée de leurs descendants; le théisme pur n’a jamais existé, Le christianisme seul est resté debout parmi tant de vicissitudes, et dans le fracas de tant de ruines, immuable comme le Dieu qui en est l’auteur.

« La vérité reste pour l'éternité, et les fantômes d’opinions passent comme des rêves de malades.

« La religion subsiste depuis six mille ans, de l’aveu de

« tous, et les sectes sont d'hier. Je suis forcé de croire et « d'admirer (1). »

Arrivés à ce point de notre longue tâche, nous croyons avoir rempli le précepte de l’Apôtre : Soyex prêts à satisfaire ceux qui vous demanderont la raison de votre espérance (2). Maintenant que nous sommes en face du vrai tabernacle de la foi chrétienne, et que ses portes viennent de s'ouvrir devant nous, arrêtons-nous un instant, avant de franchir le seuil, pour baiser la terre que nous foulons, car elle est sainte, et disons à la vue de ces sacrés parvis : « Sainte Église romaine, mère des Églises et mère de tous les fidèles, Église choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et la même charité, nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles. Si je t’oublie, à Église romaine, puissé-je m'oublier moi-même. Que ma langue se dessèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n’es pas toujours la première dans mon souvenir, et si je ne te mets pas au commencement de {ous mes cantiques de réjouissance (3) ! »

Ainsi, une étude attentive des religions mène à la vraie Religion; un examen comparé des Églises introduit dans la véritable Église. Nul de ceux qui nous ont suivi jusque-là Wa autant de motifs pour résister à cette vérité que pour la reconnaître ; et, s’il se persuade le contraire, peut-être notre seconde partie le désabusera.

@) Voltaire, cité dans La Raison du Christianisme, au mot Aveux.

(2) $. Pierre, 8. 15.

(3) Bossuet, serm. sur l° Unité.

Un chrétien illustre, de pieuse et mélancolique mémoire, ayant reçu confidence des tourments intimes d’un ami sceptique, lui adressa cette lettre que nous reproduisons comme le résumé fidèle de notre livre, et l’achèvement éloquent de notre propre pensée.

« O mon cher ami,/les difficultés de la religion sont comme celles de la science, il y en a toujours. C’est beaucoup d’en éclaircir quelques-unes; mais aucune vie ne suffirait à les épuiser. Pour résoudre toutes les questions qui peuvent s'élever sur l'Écriture sainte, il faudrait savoir à fond les langues orientales. Pour répondre à toutes les objections des protestants, il faudrait pouvoir étudier, dans ses derniers détails, l’histoire de l’Église ou plutôt l’histoire universelle des temps modernes. Vous ne pourrez donc jamais répondré à tous les doutes que votre imagination active et ingénieuse ne cessera de déterrer pour le tourment de votre cœur et de votre esprit. Heureusement Dieu ne met pas la certitude à ce prix. Que faire donc? Faire en matière de religion ce qu’on fait en matière de science, s'assurer

d’un certain nombre de vérités prouvées, et, ensuite, abandonner les objections à l'étude des savants. Je crois fermement que la terre tourne, je sais pourtant que cette doctrine a ses difficultés ; mais les astronomes les expliquent, et s’ils ne les expliquent pas toutes, l’avenir fera le reste. Ainsi de la Bible; elle est hérissée de questions difficiles, mais les unes sont résolues depuis longtemps; d’autres, considérées

jusqu'ici comme insolubles, ont trouvé leur réponse de nos.

jours : il en reste beaucoup; mais Dieu les permet pour tenir l’esprit humain en haleine et pour exercer l’activité des siècles futurs.

« Pour moi, après bien des doutes, après avoir aussi, bien des fois, mouillé mon chevet de larmes de désespoir, j'ai assis ma foi sür un raisonnement qui peut se proposer aux maçons et aux charbonniers. Je me dis que tous les peuples ayant une religion bonne ou mauvaise, la religion est donc un besoin universel, perpétuel, par conséquent légitime de l'humanité. Dieu qui a donné ce besoin s’est donc engagé à le satisfaire. Il y a donc une religion véri-

table, Or, entre les religions qui partagent le monde, sans

qu’il faille ni longues études, ni discussion de faits, qui peut douter que le christianisme soit souverainement préférable, et que seul il conduise l’homme à sa destinée finale? Mais, dans le christianisme, il y a trois Églises : la protestante, la grecque et l'Église catholique, c’est-à-dire l’anarchie, le despotisme et l’ordre. Le choix n’est pas difficile, et la vérité du catholicisme n’a pas-besoin d'autre démonstration.

« Voilà, mon cher ami, le court raisonnement qui m’ouvre les portes de la foi; mais une fois entré je suis tout éclairé

d’une clarté nouvelle, et bien plus profondément convaincu par les preuves intérieures du christianisme : j'appelle ainsi cette expérience de chaque jour qui me fait trouver, dans la foi de mon enfance, toute la force et toute la lumière de mon âge mûr, toute la sanctification de mes joies domestiques, toute la consolation des mes peines. Quand toute là terre aurait abjuré le Christ, il y a, dans l’inexprimable douceur d’une communion et dans les larmes qu’elle fait répandre, une puissante conviction qui me ferait encore embrasser la croix et défier l’incrédulité de toute la terre. Mais je suis loin de cette épreuve, et, au contraire, combien cette foi du Christ qu’on représente comme éteinte agit fortement dans l'humanité! Vous ne savez peut-être pas assez, mon cher ami, combien le Sauveur du monde est encore aimé, combien il suscite de vertus et de dévouements qui égalent les premiers âges de l’Église. Je ne cite que les jeunes prêtres que je vois partir des Missions étrangères. pour aller mourir au Tonkin, comme moururent saint Cyprien et saint Irénée, et ces ecclésiastiques anglicans convertis, qui abandonnent des bénéfices de cent mille francs de rente et qui viennent à Paris donner des leçons pour faire vivre leurs femmes et leurs enfants. Non, le catholicisme n’est dénué ni d’héroïsme dans le temps de M£' Affre, ni d’éloquence dans le temps du P. Lacordaire, ni de tous les genres de gloire et d'autorité dans le siècle qui a vu mourir chrétiens Napoléon, Royer-Collard et Château- SE A SN SUIS RARE

Reed emule es ite. ee nel elerre + .eliellelle"- ever le 0e. s0e" sie Me Petite

« Je crois à la vérité du christianisme; s’il y a des objections, je crois qu’elles se résoudront tôt ou tard; je crois

même que quelques-unes ne se résoudront jamais, parce que le christianisme traite des rapports du fini avec l'infini. Tout ce que ma raison peut exiger, c’est que je ne la force pas de croire à l’absurde; or, il ne peut y avoir d’absurdité philosophique dans une religion qui à satisfait l’intelligence de Descartes et de Bossuet, ni d'absurdité morale dans une. croyance qui a sanctifié saint Vincent de Paul, ni d’absurdité philosophique dans une interprétation des Écritures qui contentait l'esprit rigoureux de Sylvestre de Sacy (1). »

(1) Ozanam, Lettres, vol, IT,

Page 1