RÉPONSE DE BOSSUET
Dis-moi, mon àme, comment entends-tu le néant, sinon par l’être? Comment entends-tu la privation, si ce n’est par la forme dont elle prive? Comment l’imperfection, si ce n'est par la perfection dont elle déchoit? Mo âme, n’entends-tu pas que tu as une raison, mais imparfaite, puisqu'elle ignore, qu’elle doute, qu’elle erre et qu’elle se trompe? Mais comment entends-tu l'erreur, si ce n’est comme privation de la vérité, et comment le doute ou l’obscurité, si ce n’est comme privation de l’intelligence et de la lumière; ou comment, enfin, l'ignorance, si ce n’est comme privation du savoir parfait; comment, dans la volonté, le dérèglement et le vice, si ce n’est comme privation de la règle, de la droiture et de la vertu? I1 y a donc primitivement une intelligence, une science certaine, une vérité, une fermeté, une inflexibilité
(1) Du livre premier.
dans le bien, une règle, un ordre, avant qu'il y ait une déchéance de toutes ces choses ; en un mot, il y a une perfection, avant qu'il ÿ ait un défaut, Avant tout déréglement, il faut qu'il y ait une chose qui est elle-même sa règle et qui, ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plus ni faillir ni défaillir. Voilà donc un être parfait : voilà Dieu, nature parfaite et heurense..…. Quand, recueillis en nousmêmes, nous nous rendrons attentifs aux immortelles idées dont nous portons en nous-mêmes la vérité, mous trouverons que la perfection est ce que l’on connaît le premier, puisque, comme nous avons vu, on ne connaût le défaut que comme une déchéance de la perfection. »