AVEC LA DIFFIOULTÉ DE CROIRE
Mais j’entends d’ici une objection spécieuse : C’est la faute de Dieu si les esprits ne sont pas bien faits : puisqu'ils sont son ouvrage. Quand c'était la passion coupable qui produi-
sait nos ténèbres, il pouvait nous accuser ; mais quand nos
ténèbres viennent de notre constitution intellectuelle, comment pourrions-nous être punis par sa justice d'avoir été -
disgraciés par sa providence?
Ne prêtons point d’absurdité à cette justice pour avoir une.
raison de la décliner. S’il est vrai qu’à défaut de la foi nous puissions nous prévaloir d’une invincible bonne foi, rien à craindre : l’homme ne saurait être chàtié pour s’être inno-
cemment trompé ; l'Église l’a proclamé, récemment encore, |
par la bouche de Pie IX. Dans cette hypothèse, il en est du
phénomène de l’incrédulité comme de celui de la folie, c’està-dire que Dieu laisse en nous la nature ainsi que la liberté
suivre leur cours, même quand leurs écarts produisent des monstres, en soumettant ce désordre apparent à cet ordre sublime : L'homme est responsable de ses fautes, non de ses malheurs.
Mais les dispositions maladives de l’esprit comme celles du corps, tantôt sont innées, tantôt sont acquises; tantôt elles résultent du tempérament, tantôt d’une mauvaise hygiène ; et si l’intelligence n’est point coupable de sa faiblesse constitutionnelle, elle l’est des difformités contractées par l'usage illicite de ses facultés. Et, cependant, combien
d’esprits qui ne sont malsains que pour s'être volontaire-
ment empoisonnés ! qui étaient bien faits, et qu’un abus de leur liberté a contrefaits !
(1) Encyclique du 18 août 1862.
LEE l'un et l'autre au sein de h même en Dans à quelle mesure l'illusion ? Dans quelle mesure le crime? “3 J'ahandonne à Dieu ce formidable discernement. Quant : à g moi, je me sens trop l’ami de l’incrédule pour pouvoir être f - son juge; mais j'ai besoin de le lui dire, malgré mes senti= # | ments, et même à cause de ces sentiments : il y a lieu de ï s'effrayer, pour tant d'hommes sans conviction religieuse, 1 de l'obstination qu’ils mettent à n'être point convaincus ! |
F L'histoire contemporaine en fournit une preuve remar- 4 quable.
L'abbé Gorini, simple curé de village trop tôt ravi au
service de la vérité, a composé un excellent livre, où il :
établit, pièces en mains, que les plus graves historiens du jour ont fort mal lu dans les textes originaux qu’ils allèguent contre l'Église (1). Les altérations sont évidentes, qu’elles aient été volontaires ou non. La sincérité candide d'Augustin Thierry fut émue de ces savantes représentations, et il convint, qu'après avoir beaucoup fouillé dans les chartes mérovingiennes et refait l’histoire moderne sur certains points, il ignorait les deux choses les plus augustes du monde moderne : le Christianisme et l'Église. Noble aveu qu’il eût accompagné de la réparation , Si la mort luien eût qu. laissé le temps. Et les autres accusés qu’ont-ils fait devant ch les preuves de leur infidélité au moins matérielle ? Ils se à : sont presque tous renfermés dans la majesté du silence, sans Changer un seul mot à leurs éditions subséquentes. Cependant, le monde va son train ,» Suivant toujours les
(1) Défense de l Eglise contre les epreurs historiques,
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savants à thrayante renommée plutôt que les modestes redres-
seurs de leurs torts. Eh! qui se doute, à l’Institut, qu’il
exista un modeste érudit de presbytère, capable de démasquer les distractions historiques des académiciens du jour ? Je me trompe, le monde ne sait pas ces choses, mais les
auteurs ne veulent pas les savoir et, gràce à l'ignorance des uns et à l’orgueilleux entêtement des autres, il se fait |
une oppression permanente de la vérité par la fausse science, qui sera la honte du siècle présent au tribunal de l'avenir.
Si les représailles étaient généreuses, qu’il y aurait lieu de
rétorquer à la négation un de ses arguments célèbres . Il y a des degrés dans la sincérité !
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Il est une troisième cause assignable à notre difficulté de
croire, c’est la méthode vicieuse employée pour y parvenir, |
‘Croire, dit l’'Ange de l’école, estun acte de l'intelligence adhéant à la vérité divine par ordre de la volonté mise en MOouvement par la grâce (1). Il n’est pas possible de décomposer la foi surnaturelle avec plus de précision. Trois éléments concourent donc à sa formation : l'intelligence ; nous avons vu les infirmités dont elle doit se préserver pour être propre à cette vision; la volonté ; nous avons constaté l'assiette et
la pureté qui lui sont nécessaires pour réfléchir la lumière.
(1) Zpsum dre est actus intellectâs assentientis veritati divine, ex imperio voluntatis & Deo mote per gratian, Summa théolog., 11, 2, quest., 15, art, 9,
d'en haut; enfin, la gràce : ils ragit de savoir ds quelles conditions elle agit.
5, La vraie méthode pour arriver à la foi, qui a un it pra k je tique, ne peut être un travail spéculatif; elle doit ètre expé- À rimentale. Et qu’on ne prenne point ceci pour une banalité à apologétique: je ne quitte point le livre pour le sermon. Les anciens donnaient au doute, pour attribut allégorique, un :
flambeau et un bàton : un flambeau représentant la discussion, un bâton pour avertir qu’à l'information théorique il faut joindre l'étude pratique de la vérité cherchée, Où sont les chercheurs qui aient usé autant du bàton que £ du flambeau pour retrouver la foi de leur enfance ? Rap? À prochement instructif ! Dans un siècle où la science fait de l'expérience la pierre de touche de toutes ses certitudes, l'incrédule élève empiriquement ses paradoxes : et ces fanatiques de lobservation, ces intrépides expérimentateurs, Lu l’on à vus, parfois, s’inoculer certaines maladies pour -en raisonner avec plus de compétence, n’ont jamais fait 1 F. . Cinq minutes de vertu chrétienne dans leur âme pour juger “ ne en vrais praticiens de la vérité chrétienne. Et cependant il . y a plus de philosophie dans cette parole du Christ que. dans toute la philosophie du douteur systématique : Qui facit ver llatem, venit ad lucem TX Au reste, il ne faut pas croire que ceci soit un argument de foi à l'adresse de ceux qui n’en ont pas. Je ne requiers
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pas l’action chrétienne comme révélation mystique, mais comme moyen adéquat du but à atteindre, En général’, les Moyens doivent être proportionnés à la fin; et, la foi étant
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(1) Joan, 3-21,