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religieuse ! Les hommes de ce temps ont de bien autres soucis que celui de nous lire. Passionnément attentifs à la porte des cabinets européens, aux péripéties de la bourse, autour des tréteaux de la littérature amusante, qu’ont-ils à faire de ce qui n'intéresse que la foi et les mœurs? Platon ayant paru inopinément aux jeux olympiques, la foule abandonna les amusements de la scène pour se grouper autour du philosophe. Si la France contemporaine avait le bonheur de posséder un tel sage, quitterait-elle ses théâtres, ses romanciers licencieux et ses journalistes de boulevard, pour venir écouter Platon? IL est permis d'en douter. Surtout, il ne nous est pas permis d’espérer mieux de son attention. Toutefois, cette frivolité même de notre siècle nous oblige au heu de nous décourager; moins notre livre a de chance de faveur, plus nous avons besoin de le publier. Il en est, de l'expression des grandes convictions, comme des cris de joie et de douleur; on ne les pousse point parce qu'ils sont écoutés, mais parce que l’on ne peut les retenir. Que d’autres donc écrivent pour la gloire ou pour les sympathies qu'ils en attendent, quant à moi, j'ai cru, et c'est à cause de cela que j'ai parlé (1).
(1) Ps, 115-10,
Comment ce livre a-t:il été composé? c’est-àdire quels sont les points de vue d’où il considère Ja foi, l'étendue qu’il embrasse, le but particulier qu'il vise, la méthode qui le caractérise, enfin, l'utilité spéciale qui le justifiera?
“2 La justification de cet ouvrage n’est point uni- 5e quement dans l’actualité des points qu’il traite, elle est encore dans sa manière de les traiter. Il à e a été intitulé le Bon sens de la Foi, parce qu'il 5 montre la raison soumise à l'Évangile, sur la simple conduite du bon sens. Cette argumenta- à tion obvie est appropriée au temps et au pays peu métaphysiciens où nous vivons.
En résumé, notre siècle ne combat guère les articles de la foi en détail, il les attaque collec- 1 tivement. Prenant notre symbole par ses deux | pôles, la création et la rédemption, il a amassé, sur les origines du monde et sur celles du chris- É tianisme, des nuages qui, de ces points, se répandent sur tous les autres dogmes. Sans doute, son opposition se compose moins de preuves que d’hypothèses hardies ou ingénieuses ; mais, avec Jes matériaux de cette érudition romanesque, il
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; Évidemment, ce CORVE travail est plutôt u une œuvre d’encombrement que de destruction; aussi, le premier soin de la controverse actuelle ne doit 4 pas être d’étayer les murs du sanctuaire, puis- qu’ils ne sont pas ébranlés; mais d’en dégager à Jes avenues. IL ne s’agit point d'apporter des 4 pierres à la réédification du temple, mais de le “4 déblayer. Ainsi on fait à ces anciennes basiliques de Rome qui émergent, parfaitement conservées, de leur sol natal, dés'que l’on écarte le linceulde poussière sous lequel le temps les avait ensevelies. :
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C'est donc à un labeur préliminaire que nous consacrons aujourd’hui nos efforts, et ce livre est “a du genre de ceux auxquels les Pères donnaïentle
titre de Préparation évangélique.
Convaincus que peu d’esprits déshérités de la
… vérité sont capables de la découvrir ou de la recouvrer par une étude approfondie des dogmes, nos premiers apologistes imaginèrent de ramener les dissidents par des raisonnements préjudiciels. À cette fin, ils érigèrent une série de preuves générales, renfermant en germe la somme du christianisme ; sorte d’apologétique populaire qui, sans discuter aucune vérité en particulier, mettait
et au Aa et à 7:
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toutes les erreurs hors de combat. Ce n’était là, 5 sans doute, qu'un portique jeté au seuil dutemple de la doctrine; mais cette portion de lédifice,
depuis Eusèbe de Césarée jusqu’à nos jours, ne fut, ni la moins soignée, ni surtout la moins frap-
pante pour les intelligences à la recherche de la foi, Jadis, c’est dans l’atrium de la basilique matérielle que les néophytes se purifiaient de leurs
souillures, aujourd’hui encore, c’est dans le vestibule de la science sacrée que la plupart des
incroyants abjurent leurs préjugés.
Chose étonnante! les éblouissements du Saint des saints, c’est-à-dire les splendeurs de la haute théologie, fatiguent souvent un regard qui habita les ténèbres; au contraire, une polémique plus rapprochée de la terre que du ciel, lui convient davantage. C’est ainsi que, pour humilier les écarts de la raison, Dieu la condamne à rentrer au bercail par les voies modestes qu’elle quitta pour se perdre, par les sentiers du sens commun.
La Préparation évangélique se divise en deux courants bien marqués dans le grand fleuve de notre tradition écrite. Cette double direction de. la défense répond aux deux principaux foyers de l'attaque, l’hérésie et la philosophie anti-chrétienne. Aux hérétiques, c’est-à-dire à ces ennemis
‘de l'intérieur, qui prétendaient remplacer la foi