‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 21 sur 121 · DANS L'ENSEMBLE DE L'HUMANITÉ · texte numérisé non relu

DANS L'ENSEMBLE DE L'HUMANITÉ

d'histoire religieuse, la religion soit plus sérieusement étudiée

par elle. Depuis le temps où La Bruyère disait : « Les esprits

forts savent-ils bien qu’on les appelle ainsi par ironie? »

les choses n’ont point changé. La science de la religion a été remplacée par ce qu’on a nommé la science des religions.

Bon nombre d’érudits ont approfondi les cultes de la Grèce,

de l’ancienne Rome, de la Perse et de l'Inde, et sont inca-

pables d'exposer un article de leur symbole sans le défi-

gurer. Les religions deviennent pour eux un thème, tantôt d’aperçus piquants, tantôt de classifications ingénieuses, tantôt de généralisations arbitraires, non l’objet d'une curiosité vraiment doctrinale. De cette sorte, un savant explore la philosophie de toutes les religions en ignorant le

catéchisme de la sienne, et conquiert une importance de

pontife dans les rangs de la critique rationaliste, sans avoir lu un traité de la religion véritable. + Ce n’est point chose facile, je le sais, de faire entendre au vulgaire qu’en ceci un membre de l’Institut peut être moins renseigné qu'un curé de village. L'esprit public, une fois insurgé contre les autorités divines, se prosterne devant des fétiches. Et, cependant, quoi de plus raisonnable que l'axiome populaire : Chacun son métier. Bossuet à résumé, dans la langue magistrale qui lui est propre, les torts des

libres-penseurs à cet égard : « Ils blasphèment ce qu'ils

ignorent, et ils corrompent ce qu’ils savent. » Double forme de l'incompétence particulière aux esprits cultivés, qui ne le sont pas sous le rapport théologique; ce qui fait que même quand leur intelligence a de la valeur, leurs néga-

tions n’en ont pas.

Qu'on ne m’accuse pas de les calomnier pour en avoir

plus aisément raison. Où seraient aujourd’hui les preuves de la science anti-chrétienne, si ce n’est dans ses livres? Or, j'en appelle à quiconque les connaît, elle n’a pas édité un seul sophisme qui ne date de la persécution de Julien l'Apostat, et qui ne soit réfuté, soit dans le traité d’Origène contre Celse, soit dans la Préparation évangélique, par Eusèbe de Césarée, soit dans la Cité de Dieu, par saint Augustin. Les objections des exégètes contemporains, prônées par eux comme des découvertes, sont, depuis mille ans, réduites en poudre dans la poudre de nos bibliothèques! Mais nos bibliothèques sont si peu connues, que, pour paraître neuve, la critique n’a eu besoin que du courage d’être très-vieille, Tel publiciste, qui commet des crimes pour faire illusion sur son originalité, n'est qu'un plagiaire de l'Allemagne matérialiste, ou d'anciennes hérésies enfouies dans les in- -folio de Cornelius à Lapide.

Que l’on donne donc un prix de style à ces Messieurs! si les Académies veulent en faire les frais, je ne m’y oppose point; mais admettre, sur la foi d’un pareil témoignage, que, depuis dix-huit siècles, l’Église à expliqué la Bible sans y savoir lire, et que toute notre civilisation a été le fruit et le jouet d’une telle déconvenue, c’est, au nom de la science, fouler aux pieds le bon sens.

D'ailleurs, je le demande, n’y a-t-il que des savants parmi nos adversaires? Certes, mon goût et mon àme répugnent également à l’injure. Mais n’énervons pas la défense par des ménagements intempestifs, et levons la visière des combattants qui sont en présence. En général, quels sont ceux-là qui font la guerre à Jésus-Christ? Des penseurs Gorrompus, des écrivains très-peu incorruptibles, vrais

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“maltiours de la-plune qui mettent le feu au temple pour

occuper la renommée. Et quels sont ceux qui sont avec Jésus-Christ? Une légion de prêtres qui, envisagés dans

leurs dix-huit siècles d'histoire, représentent, mieux qu’au-. cune autre classe, la moralité et le désintéressement des

convictions, Quels sont les ennemis de notre vérité? Des

dramaturges, des poëtes, des folliculaires, quelques philo __ sophes, c’est-à-dire les autorités les plus frivoles de l’ordre intellectuel. Et quels sont les défenseurs de cette vérité?

Bossuet, Thomas d'Aquin, saint Augustin, c’est-à-dire les géants de la pensée, les éclaireurs de l’humanité errante ici-bas, les intelligences vraiment monumentales de l'ère

moderne. Après cela, j’adjure les esprits qui ont plus de foi

au talent consciencieux qu'aux révélations divines, de

choisir leurs autorités. Origène ayant paru inopinément

aux leçons publiques de Plotin, le philosophe n’osa pas

continuer de parler en présence du Père de l'Église. A

l'heure où nous sommes, il n’y a point de prêtre, dans la catholicité, qui ait l'autorité d’Origène; mais tous les prê-

tres réunis en ont davantage, et la seule attitude qui con-

vienne à l’incrédulité devant un tel jury, c’est la déférence

respectueuse de Plotin,

Il ne suffit pas à une autorité d’être savante pour ravir.

notre assentiment, elle doit être sincère. Ici, nous touchons à une question d’honneur plus encore qu’à un thème doctrinal; mais, quoique blessés souvent sur ce terrain, nous mesurerons notre parole pour n’ètre points blessants. C’est le grand travers de ceux qui ne croient pas, de se persuader aisément qu’on ne peut pas croire! Et tandis que nous ad-

Ja postérité de Voltaire? Je pourrais répondre avec a

gnation de l’orgueil froissé, j'aime mieux céder à la noble tristesse de l'amour méconnu. Aussi bien, le pardon des injures n'est-il point la meilleure réfutation qu’on en puisse faire?

La question est mal posée dans l'esprit des adversaires. Ii affectent de regarder le prêtre comme un déshérité de la fortune, qui, embarrassé de ses prétentions, va tendre la

& va "

“main à l'Église, en lui disant avec les fils d’Héli: Dimitte me

“ad partem sacerdotalem ut comedam buccellam panis (1). Ces point de départ est injurieux et faux. Ce n’est point durant # Son enfance, c’est à vingt-trois ans que le prêtre contracte ses indissolubles engagements. Jusque- là, il avait étudié comme ceux qui étudient le plus et le mieux, car la cons= cience l'avait dirigé et l'innocence lui prêtait ses angéliques lumières. C'était donc dans toute la splendeur d'une con viction achevée par de longs jours de vertu et de travail. Ence moment, le lévite vit, par avance, tous les sacrifices Ee de sa vocation , depuis les dévouements souvent incompris

de la jeunesse, jusqu'aux heures solitaires de l’ao gonie, et,

séduit par l’amertume même de ce calice, il le porta amoureusement à ses lèvres, en disant : Ceci sera ma part. De

son côté, le monde lui ApEAEUs aussi, et le monde, alors, À

(1) L Rois, 2-36,

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1 atre assez inconnu pour Daréire séduisant! Encore

quelques efforts, et le lévite se faisait place dans les magis -

tratures, dans les enseignements, dans les administrations,

mais qu'était-ce que de telles espérances pour celte àme touchée de Dieu et éperdue de célestes amours, qui, après avoir mesuré la terre, n’y avait pas trouvé de plus belle place que les degrés du saint autel? Ensuile, quand vint l'heure de sa consécration, demandez à ceux qui furent

témoins si le nouveau Samuel n’arrosait pas les saintes dalles de ses larmes! demandez aux amis qui le reçurent. dans leurs bras, au retour, si ces larmes étaient l'expres-

sion d’une tristesse et si eux doutaient de sa bonne foi!

Ivresses ineffables du plus beau jour de sa vie, c’est, sans”

doute, parce que vous trouvâtes assez de bonheur en vous-

mêmes, que Dieu vous refuse la récompense des applaudis-

sements humains !

Depuis ce moment, le prêtre a-t-il mérité la suspicion infamante que l’on voudrait attacher à ses convictions ? Non, il se transfigure pour les honorer, il se crucifie pour leur obéir, il s’épuise pour les défendre, il meurt à tout

instant pour les confesser. De quel droit vient-on insulter à

cette b2lle histoire avec de perverses suppositions ? Que la philosophie institue un professorat aux conditions de quinze ans de préparation, de la ‘continence perpétuelle, de l’impopularité, de la pauvreté et de l’apostolat jusqu’au martyre, nous verrons combien de recrues cette institution comptera en son séminaire des missions étrangères. D'ailleurs , comment l’incrédulité, qui admet la bonne foi

de tous les blasphémateurs, ose-t-elle contester celle des prêtres, alors, surtout, que notre ministère est une recon-

M6 ASTRA PENEES Mr LT

naissance authentique de la sienne, puisqu'il est consacré à lui répondre, et qu’elle ne peut nous refuser la même civilité, sans faire à son équité encore plus d’injure qu’à notre caractère ?

Je sais bien que l’on peut accuser le sacerdoce de s’estimer au delà de son droit, mais le sacerdoce répliquera comme faisait un cardinal outragé à ses détracteurs : « Je « m'estime très-peu quand je me considère, beaucoup « quand je me compare. » Et, en effet, défenseurs de la vérité et défenseurs de l'erreur, cessons de les considérer, pour les comparer.

Comparons-les d’abord sous le rapport de la dignité de leurs assertions. Celle du sacerdoce a pour elle la présomption de l’abnégation; car, d’un côté, on voit l’homme immolant sa personnalité intellectuelle à un symbole qui n’est point son ouvrage; de l’autre, c’est l’orgueil de l’individualisme, l'ambition de la célébrité, et cette répugnance invincible qu’éprouve le talent fourvoyé à déclarer qu'il fut ou trompé ou trompeur. Notre assertion a la présomption du désintéressement; car, d’un côté, c’est le prêtre trouvant toujours, dans sa doctrine, plus de sacrifices que de profits naturels ; de l’autre, c’est le philosophe retirant de : la sienne de nombreuses éditions et de lucratives sympathies, et pour qui une religion nouvelle n’est jamais un jeûne ni une aumône de plus, mais un procédé inessayé pour exploiter l'attention publique et pour battre monnaie. La première affirmation a la présomption de sa consistance; car, d’un côté, c’est le prêtre conséquent avec luimême dans toutes les vicissitudes de sa vie ; de l’autre, c’est le philosophe dont la religion tourne, comme la girouette,

"Jour: un nous avons en notre faveur le témoignage de

notre mort; car, d’un côté, c’est le prêtre trouvant toujours,

dans sa vieille foi, la force de sourire à l’agonie ; de l’autre,

: c’est le philosophe ne voulant que rarement finir dans la

religion dont il fut l'inventeur, et faisant àämende honorable de sa philosophie à la première maladie.

« Et quel est le philosophe, s’écrie Rousseau, qui, venant Le « à connaître le vrai et le faux, ne préféràt le mensonge « qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre? qui,

« pour sa gloire, ne trompät volontiers le genre humain,

« et qui, dans le secret de son cœur, se propose autre chose « que de se distinguer | Pour lui, l’essentiel est de penser

« autrement que les autres : chez les croyanis il est-athées

« chez les athées il serait croyant (1)... » Avant decontester 23 notre bonne foi, que la négation établisse donc la sienne. e.

Nous ne sommes pas tenus d’y croire plus qu’elle- -même.

Comparons encore les adversaires sous le rapport de la . moralité qui cautionne leurs assertions. Sans doute, il n’est pas besoin d'être un saint pour avoir raison, mais rien n’est plus naturel que dechercher, dans les actes des hommes, des garanties en faveur de leurs principes. Cette donnée une fois admise, où est l’aréopage qui, mieux que le sacerdoce chrétien, certifie sa doctrine par ses sacrifices ? Y a-t-il, parmi les représentants de la libre-pensée, un corps d'élite os digne que les successeurs de Jésus- Christ de la con- Ë fiance des esprits ? Je sais bien que certains incrédules ont be

… à it UT É GEE : cr ue LE Arai gé dan: Li"

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() Émile,

Pouu là morale ; je n° ignore pas qu “fe as

bafouer, dans nos rangs, une sublime majorité qui les confond, en exagérant des exceptions qui semblent les excuser. Nous n’en réclamons pas; qu’ils nous conservent toujours les honorables susceptibilités de leur scandale ! Après tout, leurs exigences envers nous sont, à leur insu, des actes de 55 foi en la sainteté de notre ministère; mais s’il est vrai qu'il :&

y à de l'humanité dans tous les hommes, y en a-t-il à" plus forte dose parmi nous que parmi les prêtres si malfa- : més de la philosophie?

Prémisses connues d’où se dégagent des conséquences qui le sont moins, les voici : Donc, nous méritons d’être crus plutôt qu'un libertin, qui nie Dieu parce qu il a de trop. bonnes raisons pour désirer que Dieu n'existe pas. Donc, c’est à la fois une injustice et une absurdité de mépriser la vérité des saints, pour des assertions souvent é émanées d’une Ve plume vénale ou flétrie. Donc, enfin, c’est violer le sens moral et la logique d’opter pour Voltaire contre Jésus- Christ, car autant vaut la conscience d’un homme, autant sa parole ; et l'affirmation du génie vertueux est, en dehors de l'Église, le plus beau Sinaï où resplendisse la vérité. Enfin, comparons les parties belligérantes dans le courage de leurs assertions. La bonne foi, comme ë affection, a son témoignage suprème dans la mort. L'homme qui peut toujours déshonorer sa parole par le mensonge n’a jamais pu faire un mensonge de son sang répandu. Voilà pourquoi on vérifiait, au moyen àge, les dépositions judiciaires par des Et. Supplices, Eh bien! témoins de Jésus-Christ, témoins contre Jésus-Christ, convoquons-les à l'épreuve suprême du ques, “20

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ment de Dieu Ÿ ta, Y'histoire atteste un contraste glorieux en faveur des tenants de la vérité. Tandis que Vassertion

philosophique n’a guère bravé la douleur pour se prouver,

et qu’il n’est pas une impiété signée volontairement du sang de son auteur , seule, notre religion compte douze millions de témoins qui l’ont confessée jusqu'à la mort, sans parler de ceux qui eussent fait de mème s’ils avaient été mis en demeure. Le chrétien qui récite son symbole avec amour,

en effet, est implicitement martyr. L’ Église est comparable à un Colisée immense, où tout vrai disciple descend inten-

tionnellement dans l’arène à chacun de ses actes de foi. Or, c’est le sacerdoce qui est l'instituteur de ces vaillants

athlètes ; c’est lui qui perpétue ici-bas la belle tradition du serment par le sacrifice de la vie. Aussi, on peut nous chasser d’uu pays, on ne peut pas attenter à la probité de notre affirmation. Le jour où les édits de proscription nous seraient signifiés, el où les catholiques nous accompagneraient en pleurant au rivage, il nous resterait une suprème démonstration à produire. Tournés vers l’impiété, nous lui dirions : Rouvrez les amphitéàtres , nommez-vous

des proconsuls et osez venir nous faire votre dernière som-

mation. Tournés vers les peuples, nous leur dirions : Croyez-en à notre mort, puisque notre parole d'honneur n’est plus acceptée. Et pourvu que le sacerdoce se couchàt

dans un suaire trempé de sang, Sa tombe elle-même prophé-

tiserait encore, et l'avenir ne manquerait pas de s’écrier en le retrouvant dans cette pourpre de martyr : Celui-là était vraiment le Fils de Dieu (1).

(1) Matth., 27-54.

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Qu'ils soient donc confondus par l’invraisemblance de

leurs inventions, ceux qui cherchent, dans des prodiges de charlatanisme, l'explication d’un tel martyrologe. Ozanam a cité, comme le plus bel exemple de la bonne foi religieuse, ces ecclésiastiques convertis de l’anglicanisme qui, abandonnant des bénéfices de cent mille francs, viennent à Paris donner des leçons pour entretenir leurs femmes et leurs enfants; mais un spectacle plus beau m'est apparu. J'ai vu des jeunes prêtres à qui on baisait les pieds dans l’église des Missions-Étrangères , et qui allaient chercher, par amour, à l’autre extrémité du monde, la mort de saint Cyprien et de saint Irénée. Devant un pareil témoignage, tous les autres s’effacent. Le plus grand sacrifice que l’homme puisse faire à ses convictions, n’est pas de bien vivre, c’est de mourir pour elles.

L'autorité des disciples de la foi, en général, constitue, rationnellement parlant, un témoignage encore plus imposant que celui des défenseurs de la foi. Plaçons cette cité de Dieu en face de celle qui le renie, l’Église de l’affirma-

tion en présence de celle de la négation, et, réduisant les

croyances à une simple question de suffrages, constatons que les vérités éternelles dominent le monde en vertu d’une possession à jamais inébranlable. Certes, ce n’est point là ce que prétendent les adversaires; car voici un argument Spécieux qu’ils nous prodiguent avec plus de bruit que de

raison,

Ye ds. ct pe ce qu'elles a passé. “1 nr dans l’histoire la monarchie catholique de saint Louis, l’en-

thousiasme des croisades, les vertus de Pancienne Thébaïde,

etils disent : Tout cela à fait son temps. Enfin, ils regardent la petite place que l'Église occupe sur la terre, et ils raisonnent ainsi : Sur plus d’un milliard d'habitants qui peuplent le globe, il y à à peine cinq cent millions de chré-

F tiens ; de ce nombre il faut défalquer les philosophes qui ne

% veulent pas de la religion, les indifférents qui n’y pensent

Er: -

pas, les simples d'esprit qui ne savent, ni ce qu’ils veulent, ni ce qu’ils pensent ; le reste est trop peu de chose pour sub-

sister longtemps. Ainsi, au temps de Julien l’Apostat, on

reprochait à l'Église de n'avoir que trois cents ans derrière - elle; aujourd’hui on lui a prédit qu’elle n'avait plus que trois

cents ans devant elle ! Et des observateurs superficiels s’attendent à la prochaine déchéance de ce Dieu condamné par le suffrage universel! Et des sectes plus éphémères que

l'orage passent, chaque matin, aux pieds de notre Christ,

en lui disant : C’est en vain que vous avez des prétentions à la vie, en réalité vous êtes mort.

Il s’agit de prouver que ces présages sinistres ne sont fondés que sur des malentendus ou sur des mensonges. Remarquons d’abord que l'argument est dirigé contre les catholiques, non contre les croyants; contre le corps de l'Église, non contre le grand parti de la foi. Il nous pousse donc au-dehors de la question; au lieu d’en sortir nous allons l'y faire rentrer.

Pour le réfuter, rien de mieux que d'appliquer à la reli-

gion les notes de l'Église, et, partant, de prêter à la pre-

© È de assimilation n’est pas ue entrent de Be L'Église, loin d’être un royaume ceint de murailles comme ‘ la Chine, s'étend, dans l’espace, d’une extrémité du monde + à l’autre, et, dans la durée, depuis Adam jusqu’à la fin du 44 . monde. Son âme, qui est sa vraie mesure, renferme, nonseulement les catholiques, mais encore tous les chrétiens dissidents qui vivent dans l’erreur avec bonne foi. Elle s'agrandit, à tout instant, des infidèles qui, ayant pratiqué da loi naturelle pendant leur vie, voient leurs vertus élevées #4 ar ordre surnaturel avant la fin, par une prévenante misé-

ricorde de Dieu. Ainsi constituée et entendue, la vaste : assemblée des croyants forme, par la masse de ses affirma- k ions, une probabilité telle que jamais l'esprit humain ne LE pourra rien affirmer sur un plus imposant témoignage. En ; divisant ce témoignage, je trouve que le devoir de croire n incombe à la raison par les motifs aujourd’hui les plus 4 incontestés : l'autorité des majorités, celle des capacités, ce celle de la sainteté, celle de l’universalité. De D’abord, l'autorité des majorités. Si nous dépouillons cet innombrable scrutin, qui se compose des votes de tout Je : 2% genre humain, nous verrons que l’incrédulité est condam= * née à la presque unanimité des voix. En effet, le masque de la phraséologie étant enlevé aux négations contemporaines, à quoi se réduisent-elles ? Athéisme, matérialisme, scepticisme, ce sont là leurs vrais noms. Or, ces crimes de la pensée n’ont jamais obtenu que de rares adhésions dans le

grand concert de l'opinion universelle. Mis hors la loi par 4

empruntant des dt RTE ou même religieux pour

tromper la religion des multitudes; de même que certains

is flétris par Le tribunaux Del un Me nom is

É multitudes, un instant surprises, reconnaissent ces blas= | 4 phèmes déguisés, parce qu’elles ne se laissent point entamer : par l'impiété contre nature. Alors les blasphémateurs, pour qui Dieu, Providence, Vie éternelle ne sont que de bons vieux Mots un peu lourds, voient se dresser contre eux non-seule- 135 s À ment l’Église catholique, mais encore le protestantisme, le 4 Er mahométisme, le paganisme, c’est-à-dire une autorité numé-= F rique, sous le poids de laquelle toutes les négations sont k: écrasées. | à Je sais bien qu’on tache d’éluder cette réprobation una- nime, en alléguant que certains peuples n'ont point, dans sr : leur vocabulaire, ce substantif adorable : Dieu! C’est une | vaine chicane plutôt qu'un argument. Si ces peuples n 'ont 7 pas l’idée de Dieu au singulier, ils l’ont au pluriel; chez eux È les idoles, les temples, les sacrifices foisonnent ; ils sont donc polythéistes, ils ne sont pas athées ; ils se trompent, mais ils croient. Après cela, fût-il vrai que des sauvages échappent à la loi essentielle de notre nature, le besoin d’adorer, l'exception ébranlerait-elle la règle? Non, l’homme étant né ie il n’est pas tout à fait lui-même quand il ne vit pas en société. Les athées imaginaires dont la philosophie peuple les forèts ne comptent donc pas plus, dans une ee ration de suffrage universel, que les enfants qui n’ont pas encore toute leur raison, ou que les insensés qui ont perdu

la leur. Preuve évidente que pour faire table rase des 1 8

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