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j j à 4 j Â14 AUTORITÉ COMPARÉE DES CROYANTS ET DES INCRÉDULES
croyances, il faudrait faire abstraction de l’humanité, laquelle est une puissance invincible contre laquelle aucune . autre ne saurait avoir raison. C’est surtout à ce propos qu’il y a lieu de répéter : Il est quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire, c’est tout le monde.
Imaginez les incrédules constitués en société dans une sorte de nouvelle Icarie ; quel espace cet État occuperait-il? A peine Celui d’une nouvelle république de Saint-Marin. En face de ces frères séparés de la grande famille humaine, convoquez l’assemblée la plus œcuménique dont l'esprit ait l’idée, celle de tous les croyants passés et présents de l’uni- Vers, et dites-moi si ce contraste ne porte point la conviction avec lui-même.
Que l’on se représente, en effet, en deçà de la croix, au delà de la croix, à l'Orient, à l'Occident, dans les religions fausses, dans la vraie, les innombrables générations d’ancêtres et de saints qui passèrent ici-bas en disant : Je crois. À cette vue, nul, parmi les rares disciples de la libre-pensée, ne peut dire avec certitude : Je ne crois pas. Et qu’on ne décline point cette autorité des âges écoulés en prétextant que notre siècle, à lui tout seul, en sait plus que ses devanciers. Il est vrai qu’il fut un grand initiateur dans les sciences naturelles ; mais il n’a rien inventé, ni en religion, ni contre la religion. Sauf quelques opinions à lui sur l’origine des choses, la question reste toujours la même, Par conséquent, tels furent les problèmes au dix-septième siècle, tels ils sont aujourd’hui; tels furent les motifs de crédibilité de Fénelon et de Bossuet , tels sont les nôtres. J'ai nommé Bossuet! Est-ce que sa foi serait mise à l'épreuve par cette exégèse allemande, qu’il avait si bien pressentie
| se na thete matérialiste, qui donne, tante ses rêves, tantôt ses doutes pour des décisions ex cathedra? Donc, si la seule science complète est celle du présent, la seule religion raisonnable est celle du passé, et ils sont toujours nos Fe È maitres, ceux qui furent nos pères! Nous en savons plus J qu'eux sur la matière, mais ils restent une autorité iné- 2
branlée sur les choses de l'âme et sur Dieu ! fus: Quand on a compté les ancêtres, il est bon, pour compléter ce témoignage, de leur adjoindre les contemporains : qui, sans distinction de nationalité, de culte et de couleur, fraternisent dans la communion de ce sentiment : Je crois en un Dieu créateur du ciel et de la terre. Sans doute, ily a quelques discordances philosophiques dans un si bel unis- ne . 5 son ; mais, d'un côté, c’est toujours l’humanité ; de l’autre, d ce sont les exceptions et les anomalies, non l'élite, comme Le on voudrait le faire accroire. Et si Tertullien confondait le paganisme du deuxième siècle par l'argument de la multi plication chrétienne, que ne dirait-il pas aujourd’hui à l’infime minorité qui blasphème, en lui montrant les cinq parties du monde à genoux devant le Dieu vivant et personnel ? On crut beaucoup exprimer, jadis, en disant que le soleil ne se couchait pas sur les sujets de la monarchie espagnole ; aucune domination, aucun monarque ne peuvent se glorifier d’un personnel aussi nombreux que le Roi du ciel et son Verbe fait chair parmi nous. Ce personnel est le Christ a mystique dont parlent quelquefois les Pères, Christ plus gi= Gr gantesque que celui sous lequel pliaient les épaules de saint Christophe. Aussi, il n’est point de pouvoir capable de lui » creuser un tombeau, parce qu’il occupe la place d’un pôle à
l’autre. Il n’y a point de révolution capable de l’ébranler, parce que, nouveau Samson, il n’a qu’à remuer dans l’histoire pour faire chanceler les colonnes des empires, et pour ensevelir sous des ruines ces faibles antagonismes qui représentent à peine, par rapport à son affirmation, la proportion de quelques unités à des centaines de millions.
Encore si les incroyants dispersés sur notre globe pouvaient être opposés en masse compacte à notre vérité! mais ils n’ont jamais pu se constituer en société de vingt personnes. L’essence nécessaire du rationalisme, c'est le fractionnement à l'infini. Ses adeptes ne s'entendent que contre nous, ils ne se sont jamais accordés entre eux, et, de là, un beau contraste à notre avantage.Tandis que chacun de nous porte l'humanité présente et passée dans ses affirmations, l’incrédule ne porte que sa personnalité dans les siennes. Tandis ue la foi est la société universelle des esprits et des cœurs, l'incrédulité est toujours l’individualisme en fait et en système. Pourquoi, le peuple d’athées, dont on parla souvent, est-il reconnu si impossible? C’est qu'on ne saurait, ni les réunir sans épouvanter le monde, ni les faire vivre ensemble sans les désespérer eux-mêmes.
Nousavons entendu les majorités, consultons les capacités.
Le grand nombre de ses adeptes fait en quelque sorte du parti de la religion celui du sens commun, car l'esprit humain ne peut voir la vérité là où il y a la confusion, et, au contraire, il s’enchaîne instinctivement à tous les points autour desquels il trouve des multitudes unanimes et désintéressées. Cependant, les majorités toutes seules constituent nne force aveugle ; les majorités fortifiées par l’ad-
; pourquoi. 1 ne suit pas de ares 1e on à 11
faut encore les peser! Ici, je vais établir ma thèse sur les ruines d’une objection. Si les majorités sont le critérium de À Ja vérité doctrinale, peut nous dire l’incrédulité, le christia- CE nisme doit s’effacer devant le paganisme de Bouddha et de %
É Confucius, qui a une population deux fois plus nombreuse. RE Ainsi, j'ai à diviser mon argument en deux preuves : l’une # contre l'incapacité des idolàtres qui croient le faux, et dont Re on nous oppose le grand nombre, l’autre contre la capacité ë des philosophes qui ne croient rien, et dont on nous oppose ; les lumières. se En ce qui concerne le paganisme, le lecteur n’a Dia FE craindre que. j'en parle sans justice ni sans étude. Je con- 3 nais les merveilles trop vantées de la civilisation indienne, ; et aussi ses effroyables abaissements. Mais la population chrétienne du globe, à elle seule, représente plus: d'intelli- 4 gence que cette portion de l'humanité! De quel droit nos savants, qui estiment si peu l'opinion du vulgaire en Europe, nous objecteraient-ils ces troupeaux d’Arabes, de x bouddhistes et d’anthropophages dont la foi n’a pas, philo sophiquement parlant, le poids du Credo de saint Augustinet de saint Thomas ? Qu'est-ce, devant une raison impartiale, S que l'autorité de cinq ou six cent millions d’idolàtres, com-. 15 parée à celle de nos dix-huit siècles évangéliques? Ce sera la honte de notre époque d avoir employé une critique si Fa exigeante contre le christianisme, qui à une histoire aussi : claire que celle de la France, et si complaisante pour dessu perstitions qui heurtent le bon sens. El a été commis à en égard, par notre temps, des attentats qui seront le scandale
de la postérité ! Et quand je pense à ces Revues perfidement hostiles, qui ont osé classer Jésus à côté, et, parfois, au-dessous de Ça-Kiamouni, je me demande si ce ne sera pas le châtiment de l’incrédulité européenne de tomber au-dessous de la barbarie indienne, pour avoir eu le triste courage de la mettre en balance avec l'Évangile.
. En ce qui concerne la petite église de la libre-pensée, je me donnerai de garde d’injurier ses talents, Mais, de bonne foi, depuis le commencement du monde, y a-t-il eu une plus grande somme d'intelligence engagée contre Dieu que pour Dieu ? Jusqu'au dix-huitième siècle, la négation n'avait ni une philosophie, ni une littérature à elle; depuis, elle a compté, parmi ses illustrations, plus d’hommes d'esprit que d'hommes de génie. Le génie a toujours eu peur d’une immortalité de blasphémateur ; il abandonna cette gloire fäcile aux intelligences secondaires, qui n’en peuvent conquérir d'autre. Aujourd’hui, en particulier, à quoi viennent se ré. duire les chefs-d’œuvre de l’antichristianisme? A quelques livres d’une érudition suspecte, qui ne dépassent point cetta fonction subalterne de l’entendement, la critique. Ce qui ne veut dire, ni les prodiges de l'invention, ni le culte de la grande originalité ; mais ce qui suppose les chefs-d’œuvre remplacés par des élucubrations pédantes, le drapeau de l’impuissance arboré sur les travaux de l'esprit humain, et le droit d’insulter le talent, stipulé au profit des médiocrités jalouses qui n’en ont pas.
Les écrivains incrédules devraient se rappeler qu’ils ne datent que de cent ans (1), qu'on pourrait les ensevelir
() Celse, Porphyre, etc., n'étaient point inerédules dans le sens radical du mot, ils étaient polythéistes.. ils défendaient une religion fausse, ils ne professaient point Virréligion absolue,
attaquent ,; et que ADR Sénonité ne ee guère qu’ une goutte d’eau dans l'immense océan de l'intelligence chré- = tienne. En vertu de quelle logique l'hostilité de quelques- : dE uns prévaudrait-elle contre la pente naturelle de tous ? ER = vertu de quel principe, surtout, les insulteurs de Dieu, fou- a “2 æ Jant aux pieds nos capacités et notre majorité, voudraient: Û is installer, par dessus, leur infaillibilité athée? Penseurs inconséquents qui ont aboli les priviléges devant la loi civile, et qui, par leur refus d’adoration, “aspirent , des immunités devant la loi naturelle, :
Il faut donc venir à nous quand on s'oriente sur la valeur numérique et sur la valeur intellectuelle de ceux que lon veut suivre, mais, surtout, si l’on consulte leur valeur morale, Toujours, les maîtres que l’on croira le plus aisément seront ceux qui croient avec le plus de sacrifices. L'homme É qui conclut contre ses passions met, à la fois, le poids de sa + ie vertu et celui de son intelligence dans ses conclusions. Or, quand je considère que le besoin de croire, malgré les obligations qu’il entraîne, s ’assujettit plus de convictions que le culte facile de la libre-pensée, je trouve la foi divine, nonseulement à raison de la morale qu’elle prescrit, mais en-
| core à cause de la moralité qu’elle obtient. El où et quand vit-on fleurir, sous l'empire de l'athéisme, des vertus
comme celles du monde chrétien ? Que l'incrédulité ouvre 5 ses rangs et qu’elle en fasse sortir une procession de vier-.
ges , d’apôtres et de martyrs, comparable à celle que Flanr la ie de l’église Saint- Fins
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Non, en dehors de la foi, et de la foi chrétienne en particulier, il y a des vices que les moralistes n’attaquent même pas, par le désespoir d’en triompher. Là, on sanctifie ses faiblesses, pour faire aux saints une sorte de concurrence à rien ne coûte; on traite la pureté comme un préjugé, pour s’excuser de ne la point produire ; on falsifie le devoir pour décliner la honte de ne le point réaliser ; et, afin de mieux cacher son impuissance, on s’efforce même d’escamoter la vérité historique au point de frustrer le christianisme des honneurs de la moralisation chrétienne ! Mais, peu importe que les vertus des croyants soient niées par ceux qui sont intéressés à contester l'utilité des croyances; la vie des saints est un miracle qui ne peut être anéanti. Peu importe que Voltaire, en particulier, ait osé écrire, avec une impudence dont je demande pardon à Dieu et à mon lecteur : Que, pendant cent ans , ce fut la plus vile canaille qui embrassa le christianisme !! Que voulait-il exprimer par cette épithète à double sens que j'ose à peine répéter pour la flétrir? Serait-elle une allusion à la petitesse de mes aïeux, de la part du parasite servile des rois ? En ce sens, je l’accepte avec orgueil. Serait-elle une calomnie de leur i innocence, de la part du persifleur de Dieu et des saints ? Je la repousse avec indignation. Entendons-nous sur les termes. Il y a la canaille des hôpitaux et celle des bagnes, celle qui a faim et celle qui fait le mal; la première appartient à Jésus-Christ, car il en fit ses membres souffrants ; la seconde appartient au voltairianisme, car elle est très-légitimement issue de ses principes. Que chacun reprenne sa population, et que les grands crimes, Comme les gros mots, restent au compte des insulteurs ! . Une population nombreuse, éclairée et saine, prouve, sans
ir de a il lui faut encore nt l'étonse &ue dans le temps, l’étendue dans l’espace, deux caractères classiques de la vérité, que j'ai appelés l’universalité de là ae foi, quod semper, quod übique. | PUR # __ Dans le temps, son empire est sans bornes. Toute inoré= dulité est éphémère de sa nature. Celle des individus, éciose bi des orages de leur jeunesse, ne résiste pas né : : aux expériences de leur âge mûr. Celle des peuples, com mencée dans une débauche d’orgueil philosophique, se ter=
“à mine bientôt dans les catastrophes d’une révolution. En
aucun cas, l’incrédulité qui suit n’est la continuation de
celle qui précède ,et, entre chacune d’elles , il y a solution
de continuité. Mais, de même que la religion n’est d'aucune
__ patrie parce qu’elle les embrasse toutes ; elle n’est d'aucun siècle, parce que tous lui appartiennent. Regardez sur tous les rivages de la terre comme sur toutes les plages de lhis- ) toire, depuis L premier jusqu’au dernier jour de l’univers, elle tient l'espèce humaine subjuguée à ses genoux. Aussi, 4 comme on nous étonne quand on se vante avec affectation |
‘d'être de son temps! Nous, nous sommes du passé, nous ; sommes du présent, nous sommes de l'éternité. Oui, de e: __ Péternité, car Dieu peut faire d’autres univers sur les rui- : 4 nes de celui-ci, la foi en Dieu, subsistera dans toutes les Fe 3 créations où subsisturont des êtres raisonnables ; il est une Ec chose qui ne peut passer, même avec la terre et les cieux, F c’est la connaissance et l'amour de Celui qui les a tirés du 2 néant. « La religion est entrée dans le monde avec le premier homme, et elle n’en sortira qu'avec le dernier. » Il faut remarquer, d’ailleurs, que son universalité n’est
pas moins illimitée dans l’espace que dans le temps. La peuplade sans autels dont parle Plutarque n'a point été encore trouvée, Partout où l’homme porta ses pas, il ploya les genoux, et partout où tombèrent ses larmes, s’élevèrent ses adorations. Quelle différence entre le règne de la fol et celui des préjugés opposés! Les coalitions philosophiques n'ont guère qu'un pays pour théàtre ou un quart de siècle pour durée. Que font au genre humain les négations de quelques célébrités de l’Institut ? Que sont les cotéries rationalistes par rapport à la population des deux hémisphères? Sans doute, le blasphème peut communiquer une immortalité de quelques années aux bords de la Seine, mais de telles influences ne franchissent guère les Pyrénées au midi, et sont submergées au passage du Rhin du côté du nord. Ainsi, toutes les dominations autres que celle de Dieu ont quelque chose de circonscrit, Seule, la religion n’exprime point les tendances d’un homme, mais celles de l'humanité ; les besoins d’un lieu, mais ceux de l'univers.
Le fils d’Adam croit et adore, je l'ai dit, comme il rit, comme il pleure, comme il aime, A l'instant où la douleur courbe son front vers la terre, sa pensée monte vers le ciel, Cela lui est aussi naturel, pour parler comme l'Écriture, que les cris aux petits de l’hirondelle, Voilà pourquoi il est des rivages sans civilisation, mais il n’en est point sans religion. Même quand l’homme, encore grossier et inculte, ne comprend pas le monde où il est, il entrevoit quelque chose au delà, semblable à l'oiseau de qui il fut dit : Alors même qu’il marche, on sent qu’il a des ailes, Donc, s'affranchir de la sainte loi qui nous impose la foi et l’'adoration, c’est penser autrement que le grand nombre, penser autrement
. sans ne L de la ee que 16 A de ne pas croire à la religion pousse, tantôt à croire des fo 2 "e tantôt à ne pas croire à l'évidence, É . Conclusion : nous acceptons des autorités en toutes ho + pourquoi nous en émanciper en religion? Cet ordre hiérar- ë chique dans la transmission du vrai est fondé en raison, et Dieu à rapproché, non humilié les hommes par le besoin qu'ils ont les uns des autres, Le prêtre apprend les lois, les arts, la science et tant d’autres choses des maîtres spéciaux ; pourquoi ceux-ci n’en référeraient-ils pas à . théologique? Aussi bien, cette spécialité est quelquefois une si complète garantie. :
D Lorsque Bossuet fut sur le point d’expirer, un sceptique du temps se pencha sur la couche du pontife pour lui de-. mander s’il avait toujours cru ce qu’il avait si bien enseigné. A cette question, le sublime agonisant répondit, avec un accent plus grand encore que celui de ses oraisons funèbres : Je crois. Voilà l'idéal du témoignage sacerdotal. Quand j'ai vu Bossuet lever la main sur le livre des Evangiles en réci- | tant son symbole, j'ai reçu la plus grave parole qui puisse s'imposer à laraison de l’homme après la parole mêmede Dieu. Et, toutefois, il est une présomption mieux fondée, c’est celle qui résulte de l’autorité placée dans la multitude des croyants. Aussi, après et même avant Bossuet, écoutez le genre humain proférant son acte de foi dans toutes les lan- gues de l’univers, et convenons qu’il n’est pas possible à la raison de s’exclure de cette universelle adoration sans s’af-
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