CHAPITRE IV
S’affranchir de la foi religieuse c’est, ou tout 10 n.. croire, ou ne rien croire. RE ‘6 %
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. Avant tout raisonnement intrinsèque, le besoin de croire : se présente à l'esprit sous la garantie d’une plus grande #4 > Le. autorité extérieure que la difficulté de croire. Cette autorité Fa ÿ À se compose du double témoignage des défenseurs et des 68 ÉTaues de la religion, en général. Les défenseurs forment, LES par leur compétence et par leur sincérité incomparables, un jury doctoral devant lequel, a priori, toute négation aura la présomption contre elle, tant qu’elle n’aura pas l'évidence pour elle. D'autre part, les adhérents, groupés et considérés en une sorte d’agrégation cosmopolite, constituent une auto= rité supérieure à tout autre par ce quadruple avantage : celui de leur nombre, celui de leur capacité, celui de leur celui de leur universalité. Ainsi, on peut composer
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moralité,
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une cité de Dieu sur la terre encore plus vaste que l'Eglise RU Carr
et dans le sein de laquelle l’individualisme des néga-
visible, t les légères discordances
tions s ‘absorbe comme se perden
pu un immense concert. DEEE Voilà donc la difficulté de croire amoindrie par une vaste
présomption constituée en faveur du besoin de croire. S réduite que soit, néanmoins, cette difficulté, nous ne la ferons pas disparaître, car malgré les avances de Dieu à l'égard de l’homme, celui-ci aura toujours la liberté de lui refuser son adhésion. Heureusement, ce désordre lui-même concourt à une harmonie sublime, l’homme n'étant estimé bon, dans sa foi comme dans ses œuvres, que parce qu'il a la possibilité et même la tentation de ne l'être pas.
Mais je suppose que l’incrédule soit de ces àmes malheureusement intrépides, dont parle Bossuet, capables de braver, à la vie et à la mort, le besoin de croire par la difficulté de croire, pourra-t-il se fixer dans une foi de justemilieu, qui donne satisfaction à ce besoin, en échappant à cette difficulté? Pour obtenir un tel résultat, suffira-t-il, par exemple, de remplacer les religions positives par une religion personnelle, dont l'individu sera le pontife et le sujet? devra-t-on se contenter de décréter qu'il n’y a plus de dogmes religieux, mais un sentiment religieux dont l'expression est arbitraire, en telle sorte que les temples, au lieu d’être le rendez-vous d’un culte Obligatoire, deviendront des sortes d'athénées où chacun fera du piétisme, comme où fait ailleurs de l’art, dans le mode et à la dose que son tempérament réclamera ?
Cette criminelle folie a été Conçue; elle n’aura jamais les honneurs d’une application sociale.
Le jour où elle passerait des livres dans les habitudes publiques, nous assisterions à deux excès également in ju= rieux pour le sens commun. Les uis, mettant au compte de cette religion privée tous les rêves de leur imagination, S'égareraient dans des hallucinations dégradantes : notre
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ne à Be de: ne croire pas. Les re ne voyant dans.
la religion qu'un idéal vide de toute réalité objective, de nihilisme parfumé d’une certaine poésie de vertu, devien- ( draient des monstres d’impiété plus ou moins avouée, sem-
LE blables à ces païens lettrés de la décadence romaine qui, se < au rapport de Gibbon, cachaient des sentiments athées sous
des robes de pontife. , 2 La religion, si excellemment représentée chez nous par le:
: christianisme, nous préserve de ces deux déchéances. Elle sauve le bon sens d’un vrai Cataclysme, autant par ce | qu’elle défend que parce qu’elle ordonne de croire; et lors- ee que Tertullien s'écrie : Nous n’avons pas de curiosité après Jésus-Christ, nous croyons en lui, et nous croyons même
Ho qu il n’y a rien à croire au delà (1), il indique le secret : nn. d'une harmonie introuvable en dehors de la foi chrétienne, Fo ‘au moins pour ceux qui furent élevés dans le christianisme. En effet, quand l’homme sort de la religion par la négation, ou bien, il cède au besoin de croire, et alors il dépasse Ja foi révélée pour se perdre dans le mysticisme de la æ superstition; ou bien, il cède à la difficulté de croire, et, alors, il sombre jusqu’au néant de toute croyance religieuse. Aussi, j'entreprends de prouver que les incrédules sont poussés, par une fatalité logique, où à exagérer à contresens la foi qu’ils répudient, ou à perdre même la foi qu His 2 à voudraient conserver, c’est-à-dire : 1° tantôt à tout croire ; ; 2 tantôt à ne rien croire : deux humiliations que la a
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ne peut subir sans s’abdiquer.
(1) Zraité des Prescriptions, VIIL
Voilà déjà longtemps que Cicéron s’est écrié : O philasophes, race crédule! Philosophi, credula gens! Aujourd’hui, comme jadis, les penseurs qui ont le plus de crédulité sont ceux qui ont le moins de croyances. La preuve ressortira avec une vraie splendeur du développement de cette proposition. Ils embrassent une religion moins raisonnable, des opinions moins probables, et des déterminations moins sûres que la foi dont ils s'émancipent.
J'ai dit une religion moins raisonnable, et voici comment s'opère ce renversement. Le besoin de croire a des exigences légitimes, mais il a aussi des entraînements excessifs ; seule, la religion peut le contenir dans de justes bornes. A l'issue de la tourmente révolutionnaire, quand la France, revenue de son ivresse, put juger les bacchanales , tantôt ridicules, tantôt sanglantes, qui avaient souillé son culte de la Raison, elle fut honteuse des folies de sa dévotion philosophique, et un de ses législateurs s’écria : « Loin que la « superstition soit née de l'établissement des religions posi- « tives, on peut affirmer que, sans le frein des doctrines et « des institutions religieuses, il n’y aurait plus de termes « à la crédulité. La foi ne fait que tenir, dans l'homme, « la place que la raison laisse vide, et que l'imagination « remplirait incontestablement plus mal. Les hommes, en
‘ général, ont besoin d'un culte pour n'être pas supersti- « tieux, et d’être croyants pour n'être pas crédules (1). »
(1) Portalis, Discours sur Le Concorduat,
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Graves paroles prononcées par un témoin oculaire, sur une grande expérience de notre passé! Elles attestent qu’en
nous défendant de croire au-delà de ce qu’elle nous ensei-
gne, notre religion n’est pas moins bienfaisante qu’en nous enseignant ce que nous devons croire, car les excès de la foi sont une faiblesse plus conforme aux inclinations de la nature que ceux de l’incrédulité.
Le fait est patent; quelle en est la cause? Le besoin de Dieu étant le plus impérieux de l'âme humaine, semblable à ces fleuves qui s'ouvrent un nouveau cours quand on obstrue leur lit, s'attache à l'ombre du divin, à défaut de la réalité. En vertu de cette tendance, une fois que l’homme a perdu son Dieu , il divinise tout pour s’en rendre au moins
l'image, semblable à ces pauvres insensés qui, égarés par
la mort d’un objet chéri, se persuadent le retrouver par-
tout. Si l'amour heureux, comme on l’a dit, ne voit pas. celui qu'il aime là où il est, l'amour privé de son objet
l'aperçoit mème là où il n’est pas. Ainsi s'explique l'origine de l'idolàtrie et de la superstition.
C’est que l’on ne brave pas en vain ce christianisme de la
nature dont parle Bossuet; l’homme étant naturellement
fait pour embrasser des dogmes surnaturels, dès l'instant qu’ils lui sont Ôtés, il souffre un malaise qui ne ressemble à aucun autre. Bientôt on voit les cas de suicide et de folie se mulliplier, à mesure que la religion diminue ; le sentiment religieux, semblable à une fermentation sans issue, brise la
frôle enveloppe qui le comprime; et c’est pour éviter de tels périls, que l'humanité, sentant la foi lui manquer, comble
instinctivement cet abime dans son àme par des supersti-
tions. Aussi, rien n'est plus frappant, quand on parcourt ï 9
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son-histoire, que les preuves de sa croyance passionnée à l'incroyable. |
Depuis les magiciens d'Égypte, la fausse révélation exerce sur les esprits affranchis de la vraie, une fascination qui serait inexplicable, si on ne savait, comme l’a dit un Père, que le démon est le singe du Créateur, cherchant à devenir le dieu de ceux qui n’en ont pas, par la contrefaçon des œuvres divines. Et ceci n’est pas de la théologie mystique, c’est de l’histoire. Que se passa-t-il à l’origine du christianisme ? Les premiers persécuteurs rejetaient nos dogmes et assistaient aux mystères de la théurgie. Simon, le magicien, était le thaumaturge de ceux qui résistaient aux miracles de l'Évangile. Julien l'Apostat consultait, en tremblant, les entrailles des victimes sacrées ; et les incrédules du moyen àge, ridicules composés de savant et d’astrologue, balbutiaient mystérieusement les prémisses de la négation de Dieu dans des pratiques sortiléges.
J'ai nommé le dix-huitième siècle! Est-ce qu'à cette époque de blasphèmes sans frein, on trouva le moyen de se dérober à la superstition en secouant le joug de la foi? Non, à peine le merveilleux divin abandonné, les esprits se pré- Cipitaient dans le merveilleux diabolique. Lamettrie niait Dieu, et il croyait aux sorcières ; Hobbes avait peur des revenants; le marquis d’Argens était tourmenté par la vertu malfaisante du nombre 13; un maréchal de France, esprit fort, mourut de frayeur à la vue d’une salière renversée. Enfin, cette génération élevée par Voltaire, qui avait dit : Zl faut tout croire, excepté ce qu'ont cru nos pères (1), a terminé ses saturnales philosophiques dans les
(1) Lacretelle,
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