‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 25 sur 121 · U TOUT CROIRE, OU NE RIEN CROIRE · texte numérisé non relu

U TOUT CROIRE, OU NE RIEN CROIRE

DATE È LÉ + ; k évocations du mesmérisme, punie de son renoncement à Jésus-Christ par son engouement pour Cagliostro !

Je sais bien qu'aujourd'hui la libre-pensée a la prétention d'en finir avec ces faiblesses d'esprit; elle n’y parviendra

pas. Pour un philosophe capable de ne rien croire, il y aura toujours des masses disposées à tout croire. À mesure que

le rationalisme devient une épidémie populaire, où se

réfugient les âmes sevrées du surnaturel, pour en goûter le … bonheur même en dehors de la foi? dans l’église mysté-

rieuse du spiritisme. Là, ceux qui contestent à Dieu le pouvoir des miracles, se pàment devant les tours de force

des esprits frappeurs ; ceux qui se moquent des prophètes

font acte de foi à la divination magnétique; les sceptiques, accoutumés à sourire des anges et des démons, traitent

sérieusement avec les génies des tables parlantes, et j'ai

connu un libre-penseur matérialiste qui s’est suicidé sur les assertions fatidiques de son guéridon.

Voilà le sentiment religieux de l'humanité qui dévie, mais qui ne peut s’éteindre ; qui erre, mais qui emporte les barrières quand on croit l’emprisonner. Donc, tant que l’homme n'aura point perdu le sens de l'infini, on ne parquera point sa foi dans le domaine des philosophies ; et le positivisme, qui n’a point d’égard à ces nécessités, n’est autre chose qu’une mutilation de la vie et la sagesse des cœurs impuissants. D'ailleurs, le positivisme lui-même, le jour où les peuples lui diraient : Prenez mon àme et aidez-moi à la porter, imaginerait sur les berceaux et sur les tombes

des pratiques religieuses bientôt vouées à l’immortalié du

ridicule; et l’on verrait de nouveau les folies du culte de

la Raison substituées à la raison profonde de notre culte.

arrivera. Gr , Œu’est-ce qui arriva sous la Rome des Césars | , qui professait l’athéisme? Que les superstitions du reste de l'univers y étaient en honneur, d’après ce témoignage de

Tacite : Externæ superslitiones valuerunt (1). Qu'est-ce qui : F: arrive partout quand les esprits ont rompu avec la théologie? Qu'ils s’adonnent à l'étude de la démonologie,deladivination.

des sciences occultes, et qu’ils sont chàtiés de ne plus croire en Dieu par une foi insensée

à tous les charlatanismes.

L'histoire nous à conservé le souvenir d’une visite de Fontanes à Charles Bonnet, laquelle atteste, sur ce point, des particularités caractéristiques. On était en 1787, et l'incré- | dulité coulait à pleins bords. L’entrevue avait lieu dans la % maison de campagne du second, aux bords du lac de Genève : : la conversation tomba naturellement sur les ; illuminés de la Suisse. Tandis que Charles Bonnet s’étonnait de voir la superstition se répandre avec la philosophie, Fontanes lui répondit : « Mon ami, le monde actuel souffre « de l’absence de Dieu ; ce vide ne peut être comblé que par « Dieu lui-même : Si Dieu ne rentre pas dans la pensée des ra hommes, vous allez voir ceux-ci diviniser les énergies de -« la nature et retomber dans un absurde polythéisme, car ils ne sont jamais plus disposés à tout croire qu’au moment

«où ils disent fièrement qu'ils ne croient plus rien. » Et

Charles Bonnet, confirmant l’idée de son interlocuteur, ajou-

tait : CIl est vrai qu'il faut laisser des aliments sains à la É

« foi publique, si on ne veut pas qu’elle se nourrisse de « poisons (2). »

(1) Tacite, Annal., X1, c. xY.

@) Œuvres de Fontanes, t. IT, p. 142,

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