‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 29 sur 121 · RIEN CROIRE · texte numérisé non relu

RIEN CROIRE

matière il n’y à pas d’incrédules, quoiqu'il y ait beaucoup

Mais, donnons l'exemple du respect pour le sens commun et pour soi-même. Je n’aurai donc pas la cruauté de rappeler à la scienceses déconvenues célèbres ; entr'autres : le Cupidon de la Vigna Pia, attribué à Phidias par les archéologues romains , tandis qu’il avait été sculpté et enfoui quelques jours auparavant par le malicieux Michel-Ange ; les Tables de Trivalore, qui reculaient si prodigieusement la naissance du genre humain, et qui, en fin de compte, se trouvèrent dater du treizième siècle, peu de temps avant que nos missionnaires apprissent aux Chinois à faire des Almanachs (18 surtout le fameux zodiaque de Dendehra, qui devait tant mystifier la chronologie de la Bible, et qui devint bientôt lui-même une si bruyante mystification. Qui pourrait compter les croyances scientifiques d'autrefois, qui ont passé au domaine de la légende ? et celles d’aujourd’hui qui composeront la mythologie scientifique de l’avenir ? Certainement, au temps de saint Thomas, il y eut des alchimistes qui se moquèrent, au nom de la science positive, des spéculations de l’Ange de l’école. La postérité a déclaré qui, des chercheurs d’or ou du grand chercheur de la vérité, avait le plus de titres à sa confiance.

- Prémisses d'où il résulte que la science exige bien moins de rigueur de ses preuves que des nôtres. Aussi , qui pourrait énumérer ses superstitions en matière de méthode ? Autrefois, quand on lui présentait le surnaturel en disant : Cela est, donc cela est possible , elle s’inclinait avec autant de logique que de respect; aujourd'hui, elle répond : Cela n’est pas possible, donc cela ne peut être , et elle abandonne

(1) Soirées de Saint-Pétersbowrg, t. I, p. 181-182,

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C talement la preuve expérimentale pour Dune de la

théorie préconçue. Qui pourrait dire ses superstitions en histoire ? S'agit-il des origines du christianisme, tout lui paraît mystérieux ; s'agit-il de la naissance des univers qui ont précédé celui-ci, elle en décrit les détails comme si elle

y avait assisté. Qui pourrait dire ses superstitions en géologie ? Montrez-lui, dit le comte de Maistre, certains blocs gigantesques du Pérou et demandez-lui s'ils ont été fabri- “154 de main d'homme ? Sur-le-champ elle vous dira: Je ne vois rien là que de probable; mais, à côté, présentez-lui de la roche calcaire de même nature, alors c’est autre

chose : un Péruvien peut bien faire du granit 2n promptu, Dien ne s’en tirera pas à moins de soixante mille ans; il faut qu’il en passe par là (1). En un mot, elle prend quelquefois des problèmes pour en faire des axiomes, quand son

système l’exige ; d'autres fois, elle élude même l'évidence,

qui lui est contraire, par des suppositions transcendantes , et, d’une façon ou de l'autre, elle trouve toujours le moyen de se débarrasser de la vérité.

Heureusement la science porte le correctif de ses har-

diesses dans ses hardiesses même. Comme elles sont en

général des suppositions, avec deux ou trois suppositions

apologétiques nous pouvons les renverser; et quand, en

parcourant les galeries de ses musées paléontologiques , nous entendons raconter les merveilles du monde primitif, par ceux qui trouvent le siècle des Apôtres trop lointain pour y voir-clair, nous avons le droit d'ajouter : Décidément, les savants ont une foi plus robuste que les chrétiens !

(1) Soirées de Saint-Pétersbourg, t. T, p. 181-182.

Sans doute, toutes les sciences viennent de Dieu, mais toutes n’y ramènent point aussi directement. Dieu n’ignorait pas que les sciences dont je parle, en particulier, devaient avoir leur péril pour nous, c’est pourquoi il les révéla les dernières, quoiqu’elles dussent être les premières par ordre de formation, puisqu'elles procèdent du témoignage des sens, Pourquoi, en effet, nos regards se sont-ils dirigés vers le haut avant de scruter les entrailles du globe ? Pourquoi le genre humain a-t-il été métaphysicien avant d'être chimiste ? Pourquoi Dieu a-t-il promulgué les deux Testaments avant les lois de la pesanteur ? Parce qu’'Il savait que les sciences naturelles ne deviennent religieuses qu’à un certain degré de profondeur , et que, pour ne pas abuser de ces étourdissantes confidences, l’homme avait besoin d’une longue éducation chrétienne. Par conséquent I l'avait prévue cette superstitieuse sagesse trouvant plus simple de croire à un monde incréé qu’à un Dieu créateur, et, parce qu’Il l'avait prévue, elle ne prévaudra pas contre Lui. Aussi, tandis que la science s’avance comme un mineur audacieux vers le centre de la terre , en disant : Encore un pas, je decouvre le néant ; que voyons-nous à tout instant de la durée ? Encore un pas , le sol tremble, le ciel tonne, les royaumes penchent, la majesté suprême se découvre, et l'humanité tombe à genoux en s'écriant : Voilà Dieu! Donc, ce sera toujours Dieu ! Deus, ecce Deus !

Enfin, troisième inconséquence de la superstition rationaliste : elle embrasse un parti moins sûr que le nôtre. Si la superstition est un culte qui n’est pas raisonné, l’incrédulité, si raisonnée soit-elle, est une détermination qui

n’est pas nulle in ne pas ramener Fe Fee sur le terrain du sens commun, quand on l'en fait sortir ? Je ne connais pas de terme plus mal défini, dans les idées communes, que celui de doute contre la foi. Le doute n’est

pas une simple hésitation de la conviction religieuse. C’est

l’état d’une intelligence sollicitée par un pour et par un contre qui se contrebalancent exactement. Les anciens le

4 représentaient sous la figure d’un vieillard tenant des balan- .ces en parfait équilibre. Eh bien ! quel est le libre penseur

qui ait autant de raisons contre l'existence de Dieu, de

l'âme et la responsabilité éternelle, qu'il y en a pour? Où est la théorie d’incrédulité qui, jetée dans un plateau de la . balance, soit capable de faire le contrepoids de l'Évangile?

C’est en vain que je cherche des doutes, je ne trouve que

des répugnances et des velléités contre la foi.

De par la raison, l’incrédule est donc sommé de ne pas mettre dans ses démarches plus d'assurance qu’il n’y en a

dans sa conviction. Quoi! c’est sur une velléité que son in- croyance repose! Et pour une velléité qui l’attire aux abimes , il résisterait à cette masse de garanties qui le

pousse en sens contraire ? Et, sur cette velléité, qui ne servirait pas de motif déterminant à la moins importante de ses entreprises, il hasarderait le formidable enjeu de son éternel avenir? Convenons avec La Bruyère que l’esprit

fort c’est l'esprit faible, car la négation, fût-elle vraie, est - aussi souverainement imprudente qu'invraisemblable. Je viens de nommer un grand moraliste; je tiens de lui.

un dilemme qui trouve ici sa place. Ne dédaignons pas le

vieux bon sens en répondant aux vieux préjugés. Si la reli-

gion est fausse, que risquons-nous en l’'admettant ? d’abriter

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notre vie et notre mort sous le charme d’une illusion bienfaisante. Et si la religion est vraie, que risquons-nous en la repoussant ? d’être l’éternelle victime d’une témérité sans excuse. Braver cette disjonctive, n'est-ce pas un désordre qui tient du suicide et du défi porté à la justice de Dieu ? La foi a une importance si décisive qu’il n’est point permis de prendre, sur ce point, le parti le moins sûr. Et quand je vois l’incrédule poser devant la mort avec sang-froid, male gré tant de raisons de trembler, je le trouve aussi peu moral et plus lugubre que le gladiateur tombant avec gràce pour le plaisir de César. Si le général qui tente la fortune des batailles, si le médecin qui expérimente sur la vie de ses semblables, avec la seule chance d’un contre cent, sont réputés coupables, celui qui engage ses immortelles destinées, sur la garantie d’un peut-être, est digne de tous les malheurs qu’il affronte.

Considération simple et décisive : le chrétien incrédule à sa religion est le seul homme qui n’en ait aucune. D’autres changent de religion quand ils ne sont pas contents de la leur; mais ils ne cessent point pour cela d’être religieux ; ils le deviennent quelquefois davantage. Au contraire, le chrétien qui abandonne sa religion n’en embrasse point d'autre, parce qu’il sait bien qu’il n’a pas mieux à choisir, et il abjure les croyances proprement dites pour une philosophie enivrée d'elle-même, qui le ballotte de l’une à l’autre de ces anomalies : tout croiré ou ne rien croire,

Res re Il; y à, en effet, sn. is de pire,

dans l’ordre de la moralité intellectuelle, que la supersti- | tion, c’est l’incrédulité absolue. La superstition adresse à Dieu des hommages désordonnés, l’incrédulité le supprime.

Mais il ne suffit pas d'adhérer au premier système venu pour professer une croyance, la plupart des systèmes contemporains impliquant la négation de toute croyance. Aussi,

tandis que, parmi les rationalistes, les uns tombent dans la ‘

pe superstition les autres ne sont que des sceptiques de nuan-

ces diverses qui cachent, sous des enseignes plus ou moins franches, le vide de toute conviction religieuse.

| Pour bien mettre cette vérité en lumière, prenons de l’in- crédulité la mesure la plus étendue, l’athéisme, et, constatant que chaque système antichrétien du jour vient se. perdre dans ce néant de la croyance religieuse, montrons CRE ses adhérents qu’ils ont encore moins de foi qu’ils n’en veulent avoir. L'athéisme, je le répète, est le nec plus ultrà de l'incrédulité, car presque rien n’est vrai, si Dieu ne l’est pas, et la seule chose qui subsiste sur les ruines de ce

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