‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 30 sur 121 · dogme, c'est plutôt l’orgueil de l’homme que l’homme lui · texte numérisé non relu

dogme, c'est plutôt l’orgueil de l’homme que l’homme lui

même ; l’homme sans Dieu n'étant qu'une énigme bien près de ressembler à une chimère! Rapprochons donc ce terme de comparaison de toutes les négations contemporaines , rangées sous leurs chefs principaux, et érigeons contre elles cette présomption accablante : en les croyant, on ne croit

rien.

Et, d’abord, où irons-nous chercher refuge en sortant du christianisme ? Serait-ce dans les bras du matérialisme ?

Le

Mais il n’est point la corruption, il est l'extinction de toi foi religieuse. Le matérialisme est le suicide de l'intelligenc D s’absorbant volontairement dans la fange. C’est l'âme per= dant la conscience de sa réalité et se déclarant une pro priété de l'organisme. C’est la créature raisonnable s'assi= milant substantiellement à la brute, et se démontrant &4 soi-même l'honneur de cette ignominie. En un mot, c’est, implicitement, la destruction de l’homme et la destruction de Dieu par la négation du principe spirituel. Or, quand 4 Dieu et l’homme ne sont plus rien, la foi pourrait-elle être :

quelque chose ? Non, puisque l’objet et le sujet de la foi ont : 4

disparu. Par conséquent, vous qui en êtes là, vous affirmez, 2

mais vous ne croyez rien. D’autres ont le privilége de rester F religieux dans leur incroyance ; mais votre religion s’ex- prime par zéro : désordre qui est une déviation en dehors

des saintes lois de votre être. Celui qui dit à la poussière et

aux vers : vous êles mes frères et ma sœur commet en soi le

crime de lèse-humanité. Il se voue à la vie animale pour le

présent et au néant pour l'avenir.

À quelle porte irons-nous encore frapper, en abandon-

nant notre Christ? Serait-ce au temple du panthéisme ? La encore on dogmatise, mais on ne croit plus. La libre-pensée ya s'étant aperçue qu'elle dégradait l'humanité en lui disant :

Vous êtes un troupeau de bôtes, croit la relever en lui

disant : Vous êtes une race de dieux. Mais que l’on regarde la terre comme un Olympe ou comme une ménagerie, la conclusion est la même : abolition radicale de toute religion. Eh! qu'est-ce que le panthéisme? Un système qui ne. reconnait qu’une seule substance et qui lui donne le nom

Creer

de Dieu. D’après cette conception bizarre, Dieu n’est plus

de sa propre vie, il a une existence répartie dans toutes

les molécules de l'univers. Dieu n’a plus d'intelligence ni d'amour qui lui soient propres, car il n'arrive à la con- science de lui-même que dans l’homme qui reste le seul moi de la création. Dieu n’a plus de liberté, il est une force aveugle, se déployant sous la forme du monde et de l’huma- nité. Dieu n'a plus d'unité, ilest l'expression et l'associa-

tion des contraires, de l’esprit et de la matière, de la liberté et de la nécessité, du vrai et du faux. Dieu n’a plus d’immutabilité, il n’est jamais complétement, mais il évolu- tionne, il est un perpétuel devenir, en ce sens qu’il se modifie par un développement indéfini; enfin, il faut dire

le mot de cette grande iniquité doctrinale : Dieu est tout et

il n’est rien ; de telle sorte que ce nom, sous lequel le genre

humain a toujours incliné sa tête, ‘est le nom le plus vide

qui ait été inventé, puisqu'il est la formule du néant.

Et, d'autre part, quel est le sort de l’homme dans ce monstrueux anthropomorphisme qui a déjà fait disparaître Dieu? L'homme ne peut avoir de devoirs, car, étant une fraction animée de la divinité, tous ses penchants sont divi-

nisés. L'homme n’a plus de responsabilité éternelle, la mort

étant la fin de sa responsabilité et son absorption dans l’im-

mense océan de la vie universelle. En d'autres termes, l'homme est Dieu, puisqu'il est le seul moi de la création, et l'homme n’est rien puisqu'il n’est qu'un phénomène pas- sager: et de son côté, Dieu est tout, puisque tout ce qui

- subsiste est sa réalisation, et Dieu n’est rien puisque son

nom n’exprime aucune réalité déterminée.

personnel, puisque, au lieu de subsister en soi et de vivre

Je ne suis pas étonné si Malebranche, prenant connaissance, pour la première fois, du système panthéiste de Spinosa, traita l'auteur de misérable et le système de chimère épouvantable. Etait-il possible à la dignité humaine de s’abimer dans une déchéance plus honteuse, et à l'esprit de reproduire plus fidèlement l’humiliante histoire de Nabuchodonosor ? Et il ne faut pas croire que l’absurdité de cette doctrine lui serve de correctif. Dans l’Inde, en Grèce, en Allemagne, en France, c’est là le gouffre fascinateur qui dévore les plus grands esprits quand ils ont le malheur d'expliquer les choses sans la vraie révélation. On pourrait dire que le dogme de l’unité de substance est l’objet des adorations presque partout où le Dieu des chrétiens n’est pas adoré, si, toutefois, le mot adoration ne devait être banni des langues de la terre quand le saint nom de Dieu en est effacé.

J’adjure ici la conscience : y a-t-il une ombre de foi dans cette débauche de sophistique? Et le panthéiste n’est-il pas tout simplement un athée qui veut garder l'incognito pour ne se point commettre ?

Mais je suppose que l'on n’abjure la foi, ni pour le matérialisme ni pour le panthéisme, en quelle négation contemporaine ira-t-on goûter les avantages de l’incroyance modérée? Dans le criticisme, répondent les fondateurs de l’école la plus orgueilleuse et la plus impuissante qui nous ait déclaré la guerre. La plus orgueilleuse, car ces messieurs prétendent ressembler à l’homme spirituel de saint Paul, qui juge et qui n’est pas jugé. Or, pour prononcer ainsi sur les œuvres de l'esprit, il faut décréter sa propre infaillibi-

ge lité, ets se croire en possession d’un crftérium de perfection que toutes les intelligences reconnaissent, sans relever soi-

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€ c'esr, où TOUT. CROIRE, OÙ NE RIEN ‘cnome. 147

même de l'intelligence de personne. J'ai dit encore l’école la plus impuissante, car qu'est-ce que la critique, si ce n’est

l'inspiration détrônée par la pédagogie, le En remplacé

par une génération de pédants?

Et, cependant, l’outrecuidance de cette coterie est surpas-

sée par son irréligion. Ne la prenez pas pour une sorte de

tiers-parti théologique où il y ait place pour la négation tempérée : elle est un syncrétisme formé de tous les blasphèmes en renom, et un panthéon ouvert à toutes les révélations, excepté à la véritable. Si l’on demande, par exemple, à ces voyants quelle est leur théodicée, ils répondront : Dieu est la catégorie de l'idéal, c’est-à-dire une imagination non une réalité, la création non le créateur de l'humanité. Si on leur demande ce que c’est que le spiritualisme, ils diront : C’est une opinion absurde qui coupe l’homme en

deux pans, le corps et l’âme, et trouve tout naturel que, pen-

dant que le corps pourrit, l'âme survive. Que pensent-ils de la croyance à l’autre vie? C’est un égoîsme qui nous fait rechercher avec dpreté des intérêts d’outre-tombe à la vertu. En quoi consiste leur perfection morale? Dans l’orgueil, lequel est une certaine élévation d'âme qui ne s'obtient que par l'habitude

du mépris. Aussi, üs s’applaudissent d'avoir fondé la doctrine

du dédain transcendantal, vraie doctrine de la liberté des âmes,

qui donne la paix (1).

Est-il possible d'imaginer une plus grande abjection

d'idées cachée sous les habiles nuances du style? Voilà,

(1Ÿ Renan, Æssai de morale ct de critique, — Vie de Jésus, — Passim,

so

et Me la foi, c’est à l’incrédulité radicale; ce n’est pas a | 3 l’adoration de nouveaux dieux, c’est à l’abolition de tous “5e les dieux. Précipice sans lumière et sans espoir, au bord duquel l'humanité recule ue) mème quand on le lui recouvre de fleurs.

Les représentants de cette école sont, en général, des raf- finés et des délicats, qui tàchent d’inculquer l’impiété aux multitudes en appuyant le moins possible, de peur de les faire crier, et qui enveloppent l’athéisme d’une certaine phraséologie sacrée, pour faire illusion au sentiment reli- gieux en lui confisquant la religion. Heureusement, ils ont. assez clairement parlé pour discréditer leurs réticences, et

nous assistons à une réaclion instructive contre eux. Cham-

À fort s’écriait, à propos des incrédules de son temps : «Ils à en diront tant qu'ils finiront par me faire aller à la messe. » L'école critique, elle aussi, en a tant dit qu’ellé a produit un effet tout contraire à ses desseins. Plusieurs de ses coryphées sont morts des coups qu’ils ont portés, et l'humanité qu’ils __ avaient prise par la main pour la mener, en style mystique, ; au néant, leur a tourné le dos et continue d’aller à la messe. En dehors du matérialisme, du panthéisme et du criti- cisme,"où pourrait sefretirer la pensée, pour nier sans cesser totalement de croire? Peut-être dans le scepticisme! Du criticisme au scepticisme il n'y a qu’un pas, sil yenaun, 2 2 les grandes erreurs étant ordinairement renfermées les unes dans les autres, Toutefois, on peut dire quelque chose

pi]

ds, où Tout CROIRE, OÙ NE EN CROIRE. | (LE

% ne la réunion de toutes les erreurs produit une résuE

tante, et cette résultante est le scepticisme. Honteuse abdi= cation, défaillance suprême des intelligences, qu’un homme intéressé dans la cause a osé définir le dernier mot de la rai-

son sur elle-méme (1). Cette maladie, tantôt revêtue de formules philosophiques, tantôt voilée sous le persiflage élégant des salons, tend à se substituer partout à la foi. En pourrait-elle tenir lieu? Non, car il n’y a rien de la foi dans cette prostration intellectuelle, consistant à traiter les vérités qu’elle professe avec aussi peu d'amour que les erreurs qu’elle combat, et à regarder le pour et le contre, en toutes choses, comme deux causes de palais susceptibles d’être gagnées ou perdues, selon le degré de dextérité mis à leur service.

Ajoutons que si le crime de ces douteurs est de jouer avec le oui et le non, leur ridicule c’est de se croire nouveaux.

Voilà trois mille ans qu’on marchait devant eux pour leur 2

prouver le mouvement : ils régnaient en Grèce au temps de Protagoras et de Gorgias. Ce fut la gloire de Socrate de pur-

ger de leur présence sa légère patrie. Qui me donnera d8

rendre le même service à la mienne!

- Et c’est dans cette catégorie de penseurs dégénérés, accu—

sés par Platon d’avoir corrompu les intelligences, c’est dans

cette secte des esprits vagues, des cœurs sans amour et des caractères effacés, que nous espèrerions trouver l’apaise-

ment de notre besoin de croire? Vaine illusion ! Ils ne peu-

vent croire en quelque chose ceux qui ne croient pas en

eux-mêmes, or ils ont nié leur raison avec leur foi, et-c'est

(1) Jouffroy.

ns 4

la gloire de la seconde de ne pouvoir subsister là où la première ne lui sert point de base.

Enfin, où irons-nous chercher la religion en dehors des religions positives? Serait-ce dans ce groupe considérable d’incrédules, ou plutôt dans ce petit groupe d’incrédules considérables, qui cherchent à maintenir les dogmes fondamentaux de la religion naturelle, et les principes essentiels de la morale, c’est-à-dire chez les rationalistes spiritualistes ? Certes, j'en conviens, voici les représentants de la philosophie qui se respecte et qui respecte; quelle différence entre cette incrédulité de bonne compagnie et les blasphèmes forcenés des systèmes précédents? Cependant, cette philosophie de transaction ne goûte, à aucun degré, le bonheur de la foi dans les tempéraments de son incroyance.

. Ilest facile de le comprendre quand on admet cette proposition théologique : Le genre humain, en son état présent, ne peut, au moins moralement parlant, s’il est destitué de toute révélation surnaturelle, composer, sans mélange d’erreurs, le faisceau des vertus et des obligations naturelles. Une application de ce principe au spiritualisme ancien nous mênerait trop loin. Sachons seulement, de nos contemporains, en quoi consiste la religion des rationalistes les moins irréligieux.

. Il est vrai qu’ils adorent un Dieu, mais un Dieu à qui ils ne demandent rien, parce qu’il écoute sans exaucer. Il est vrai qu’ils reconnaissent une Providence qui régit le monde, mais qui ne peut opérer un miracle, parce qu’elle règne et ne gouverne pas. Ils passent quelquefois condamnation sur le dogme de la création, mais ils s’insurgent contre la révé-

3 a+, ie 1 RAI 5 LE ya où our CROIRE, OÙ NE RIEN GRoIRE. AS

& à 6h, comme s’il n’était pas plus facile à Dieu de parler à l’homme que de le produire. Ils n’admettent point le surnaturel, parce qu’ils n’en peuvent avoir l'assurance de visu;

si)

mais ils croient en Dieu et à leur âme qui sont tout aussi invisibles. D'autre part, s'agit-il de la vie éternelle, elle n’est pour eux qu'une probabilité sublime (1). S'agit-il de Ja + 5 nécessité d’un culte, ils l'enseignent, sans définir la nature ni les limites de cet hommage. “à F Partout, en un mot, dans le symbole de cette école, des 1 vérités incertaines ou tronquées. Aussi, quand ses adeptes ont fait effort pendant quelque temps pour se soutenir dans les sphères élevées du spiritualisme, il n’est pas rare que, vaincus par leur propre poids, ils tombent au-dessous de leur système. Sans doute, comme ils sont une sorte d'aris- tocratie doctrinale très-obligée envers elle-même, ils ne désertent pas ostensiblement au positivisme, mais ils en sont quelquefois plus près que de leurs opinions connues, et il vient une heure où la foi de leur àme ne vaut pas mème celle de leurs livres. C'est que le dieu du rationalisme, dit une illustre autorité, n’est que la statue de Dieu. Dieu luimême n'y est plus. Les chrétiens seuls ont le Dieu vivant. En dehors de l'ordre surnaturel, les croyances religieuses sont superficielles et bien près d’être vaines (2).

Et nesemble-t-il pas que les courants de l'opinion publique confirment ces idées? Où vont aujourd'hui tant d’esprits ë émancipés de la conduite de la foi? Au spiritualisme ou au positivisme? Pour nous, la réponse n’est pas douteuse, malgré certaines assertions d’un optimisme officiel intéressé à

a) Cousin.

(2) Guizot. Méditations, t, 1,

| S'arrRANGuIR DE TA FOI

2. le mal. Qu’on ouvre la succession ‘à christianisme en “4 Europe, Condillac héritera d’une plus large part que Cousin, de car la question se resserre de plus en plus entre ces deux extrêmes, l'Evangile ou l’athéisme, et le monde actuel est.

mis en demeure d'adorer notre Dieu ou dé n’en avoir aucun. Les divers systèmes d’incrédulité que je viens d’ analyser, combinés dans des proportions diverses , peuvent en produire ‘des milliers d’autres qui produiront tous le même résultat. Ainsi, de même qu’en dehors de l'Eglise il n’est pas au pou- voir des sectes chrétiennes de conserver la vraie notion du | Christ, en dehors du christianisme, il n ‘est pas au pouvoir = é des écoles philosophiques de conserver longtemps la notion de Dieu. Et par là se trouve justifiée cette déduction célè=

bre : Plus de christianisme, plus de religion, au moins chez les peuples qui furent chrétiens. Calamité inexprimable dont : nous sommes menacés, et dont les catastrophes à venir pourront seules nous faire mesurer l'horreur. Calamité non

moins redoutable pour la dignité de notre espèce que pour

Son bonheur; car si la facilite à tout croire caractérise à l'homme peu éclairé, on l'a écrit avec une crudité que la vérité m'empèche de mitiger : Le privilége de ne rien croire n appartient qu'aux bêtes. #7]

Quand ils se sont vus dans cette honteuse impasse, les coryphées de la négation ont essayé de sauver son honneur par une distinction.

Il ne fant pas confondre, disent-ils, la religion avec les religions. Les religions sont des formes qui importent peu à la divinité; la religion est le fond dont l'humanité est Comptable à son auteur. D’où il suit que les dogmes ne feraient rien à la chose, que la puissance de l'imagination à

| coup de religion sans professer aucun culte; même devenir saint sans croire en Dieu. Singulière théorie de l’apothéose !

piétisme sans Dieu, une esthétique sans objet, et comme qui

car il nous faudra le balayer de notre chemin pour avancer sans obstacle, En attendant, contentons-nous de remarquer

que le blasphème, à un certain degré d’extravagance, cesse |

. d’être dangereux, parce qu’il tombe sous l’inplacable réfutation du sourire. Je m’en remets pour l’heure à cette jus-

la négation, il lui donnerait un caractère de la vérité. Maïs ilperd l'équilibre avec la foi, et il verse, dans l’une ou dans

l’autre de ces extrémités, la superstition absurde ou l’incré- dulité radicale. L'homme, composant sa religion sans le secours de Dieu, peut croire à tout s’il écoute son besoïn de croire, et, ne croire à rien, s’il est entraîné par la difficulté opposée à ce besoin.

| Si mon lecteur en est réduit à une telle extrémité, je le conjure de se pénétrer au moins de cette conviction, à savoir

que je ne puis le délivrer tout seul de son malheur. Dieu respecte trop la liberté humaine pour nous convaincre sans . nous. Il faut donc que nous lui venions, pour ainsi dire, en aide, en tàchant de nous sauver un peu nous-mêmes. Aussi bien, ne nions pas les angoisses d’un tel état. Après | les ténèbres de l'enfer, celles de l’incrédulité sont les plus

soit d’un tempérament mystique, on pourrait avoir beau-

E. Conception ridicule et abominable qui fait de la religion un

dirait, la poétique du néant. Nous reviendrons à ce paradoxe,

tice sommaire, qui sera bientôt suivie d’un jugement motivé.

Si l'esprit humain était capable de garder la mesure dans”

insupportables, puisque les unes comme les autres dérobent la vue de Dieu. Surtout n’oublions pas que le siége de la foi, comme celui de toutes les vertus, est dans notre volonté par la grâce, et que peu importe en nous le penchant contraire, puisque l’on a le mérite de croire quand on veut sincèrement croire. C’est bien, du reste, parce qu’une certaine incrédulité d’inclination peut se mêler à la foi d'intention, que Jésus- Christ nous enseigne à nous présenter devant son Père avec ces dispositions en apparence incompatibles : Je crois, Seigneur, mais aidez mon incrédulité (1). Harmonie bien rassurante pour les convictions qui ont plus de bonne volonté que de sentiment, car Dieu récompense notre foi volontaire et fait grâce à notre incrédulité qui ne l’est pas.

Eh! quel est, du reste, le philosophe qui trouvera une telle prière en opposition avec son système? Malheur à l’incrédule qui, du fond de ses désolations et de ses ruines, n'a pas senti mille fois ces cris lui échapper : Mon Dieu! venez au secours de mon incrédulité ! Que me sert d’avoir mesuré les soleils, sondé les profondeurs de l’espace, exploré l’immensité, si je vous ai perdu? Depuis le jour où vous êtes descendu au-dessous de mon horizon, mon cœur est triste comme un tombeau. J'ai pleuré votre disparition plus que la mort de mon père. J’implore l'aurore qui vous ramènera Comme le retour des êtres les plus chéris. Ah! comme le monde est pour moi inhabitable quand vous ne l’habitez pas! Je suis capable de vous renier et je suis incapable de me passer de vous. Aussi, à peine ai-je essayé de vous demander compte de votre existence, la tête dresséé contre

(1) Mare, 9-28,

dire en vous ee Heureusement, Ô mon Dieu! i

a une preuve pour ma foi jusque dans cette désolation de : Lie mon incroyance ; Car, autant que pour ma raison, vous êtes. LÉ 3 pour mon cœur l'être nécessaire ; et il est une -chose plus | SA L ue à l’homme que de croire en vous, c’est de vivre

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