‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 37 sur 121 · NEVERS · texte numérisé non relu

NEVERS

« religion.

on Mare par un crime de la raison, ce qu'il ne la seule religion possible. Oui, le surnaturel, regardé par la philosophie négative comme un abaissement et un joug intolérable de la pensée, en est, au contraire, l'enchante-

ment nécessaire ; si bien que l’homme ne sait pas être reli-

gieux sans le surnaturel, et que l’histoire n’a pas vu d’exem= ple d’une religion exclusivement naturelle. La croyance au miracle est aussi ancienne que le monde et aussi universelle que le genre humain. Chez les païens, elle va jusqu'aux :

| plus folles superstitions, et chez les incrédules jusqu'à la

plus folle crédulité. N’a-t-on pas vu le dix-huitième siècle démolir les églises et trembler autour du baquet de Mesmer, et le dix-neuvième, après evo essayé de crever la voûte due. ciel, inaugurer par des tonnerres mystérieux et par des fantasmagories effrayantes les initiations des sociétés secrètes? Preuve que la propension de l’homme au surnaturel est plus forte que sa volonté, et qu’à peine Va-t-il combattu

au détriment de la foi, il se hâte de le rétablir au profit du

fanatisme et des passions.

C’est donc à tort que la philosophie traite le surnaturel comme une sorte d’illusion antihumaïine. « C’est précisé- « ment à quelque chose, non pas d’antihumain, mais de

« surhumain que l’àme aspire, et c’est du surnaturel qu’elle « l’espère. Le monde fini tout entier, avec tous ses faits et. « toutes ses lois, y compris l’homme lui-même, ne suffit « point à l’àme de l’homme, elle veut avoir quelque chose «« de plus grand à contempler et à aimer. C’est de cette

« ambition suprême et sublime que nait et se nourrit la

Fr.

« religions. » et.

Quelle est cette solennelle voix? Ce n’est pas celle d'une , autorité catholique; mais, moins ce témoignage s'inspire de à VÉglise, plus il est imposant pour la négation quand il con- 4 clut avec une sorte d’accent prophétique : 4 © « Que ceux-là donc se désabusent qui se flattent Fe Li | « ser encore des chrétiens, quand ils abolissent la croyance : « au surnaturel. C’est la religion même, en général, et 4 " « religion chrétienne, en particulier, qu’ils détruisent. Ft : à ee cependant, y a-t-on bien pensé? Se figure-t-on ce que « deviendraient les hommes et les sociétés si la foi religieuse « disparaissait réellement? Je ne veux pas me répandre en « complaintes morales et en pressentiments sinistres, mais | « je n'hésite point à affirmer qu’il n’y a point d'imagination ; « qui puisse se représenter, avec une vérité suffisante, ce « qui arriverait en nous et autour de nous, si la place qu'y « tiennent les croyances chrétiennes se trouvait tout à coup

« vide et leur empire anéanti (1). »

Au terme de ce développement, deux arguments se dres-

- sent devant le naturalisme spiritualiste. Le premier renferme une question de principes. Comment cette école, qui 7 ne veut pas admettre dans l'homme deux vies différentes, celle de la nature et celle de la surnature, peut-elle réfuter le matérialisme qui ‘nie, pour les mêmes motifs, la double : | vie du corps et de l'esprit? Les modérés de la négation

(1) Guizot, Médit, 11e série,

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