CHAPITRE PREMIER
Pluralité des religions, vérité d’une seule LR religion.
Le surnaturel est une réalité conforme aux exigences de la raison, aux vœux de la nature, aux attestations de l’his- toire. La raison s’y attache comme à la seule religion logi- à - que, à la seule religion garantie, à la seule religion possi= ble. La nature le désire parce qu’il forme une diversion : __ harmonique dans son économie physique et qu’il parfait F3 son économie morale, Enfin, l’histoire l’a vu, constaté, dis- cerné avec certitude, et, pour le révoquer en doute, il faut sacrifier à des répugnances théoriques l’évidence pratique et les témoignages de l'expérience.
Mais il y a tant de religions surnaturelles ! Que penser 4 de cette diversité ? Au dire de quelques-uns, toutes sont a 4 à 4 bonnes ; au dire de quelques autres, toutes sont mauvaises ; | quelle que soit celle de ces opinions extrèmes que l'on embrasse, la conclusion est la même, c’est qu'aucune religion n’est vraie. Faut-il se résigner à une telle concession? Voici un grand péril des peuples arrivés à la maturité. L'expérience des choses de la vie, quand elle est séparée de
l'étude, 00 pas oies une tre certaine “pour l'orientation de notre foi religieuse. A force de nous mon-
ples, l'expérience relàche notre esprit en l’élargissant : à elle émousse les angles saillants de nos convictions à des
contacts si divers ; elle intimide et paralyse la vigueur de
contre fnhérents aux choses humaines, et elle nous commu-
> nique une indulgence voisine du scepticisme. y Combien de touristes sont devenus libres-penseurs en.
quittant leur pays natal! Chemin faisant, ils rencontrent,
+ sur Pous pas, HANEonE de rétgions et mé Poe %
] LA faux, un peu de mal parmi les “ecte ce 4 | vrai; partout, quoiqu'à différents degrés, les trois vertus théologales, partout les sept péchés capitaux. A cette vue, leurs conclusions viennent se résoudre dans de complaisantes formules de tolérance, et il n’est pas rare qu’en amassant des richesses à l’autre bout du monde, ils y per # dent leur Dieu, - Aujourd’hui, l'habitude et la facilité des grandes traversées a multiplié les occasions d’une telle erreur. Combien de marins qui, après avoir mis le pied dans une pagode ou dans une mosquée, croient avoir, sur le génie religieux de l'humanité, des idées plus vastes que celles de Bossuet. « Plusieurs , dit la Bruyère, achèvent de se corrompre par « de longs voyages , et perdent le peu de religion qui leur « restait : ils voient, de jour à autre, un nouveau culte, | « diverses mœurs, diverses cérémonies ; ils ressemblent à { ceux qui entrent dans les magasins, indéterminés sur le
| VÉRITÉ D'UNE SEULE RELIGION, __« choix des étoffes qu’ils veulent acheter : le grand nombre É: « de celles qu’on leur montre les rend plus indifférents, % « elles ont chacune leur agrément et leur bienséance; ils - « ne se fixent point et ils sortent sans faire emplette (1). » = Pour emprunter le style prime-sautier de la Bruyère, voilà une emplette que tout homme raisonnable doit faire, Il est donc utile de montrer que la pluralité des religions | ne prouve point qu’il n'y en ait pas une seule de vraie. Et, d’autre part, je n’ignore pas qu'après dix-huit siècles Ke
cent millions de païens ; que le seul empereur de la Chine
cr tient ici-bas, sous son sceptre, plus de sujets que Notre-
Seigneur Jésus-Christ; enfin, que les schismatiques, les Et
hérétiques et infidèles forment une population supérieure È
à celle du corps de l’Église ; d’où il suit que, si une religion ‘0e est vraie à l'exclusion des autres, les quatre cinquièmes de . en l'humanité seraient jetés en enfer pour le seul grief de Me n'être pas nés sous une latitude catholique. Que devient La re justice de Dieu dans une telle hypothèse? N'y aurait-il pas Bo
plus de piété à maintenir la notion de Dieu, en sacrifiant
les religions, qu'à affirmer la vérité d’une religion en com-
de progagande chrétienne, il reste encore, sur le globe, six #73 E
promettant la justice de Dieu ? Ce sont là bien des malen- À es tendus à dissiper et des vérités, en apparence contradictoi- : res, à concilier. Nous espérons atteindre ce but par une 7%
4 exposition franche et lumineuse de la seconde partie du sujet. La vérité d'une seule religion ne prouve point que Dieu " " soit injuste envers ceux qui ne la connaissent pas.
7% (1) Caractères.
RUE Arte He à cn Fe LE
234 PLURATITÉ DES RELIGIONS,
Les religions fausses attestent l’existence et l'excellence de la vraie, comme la fausse monnaie prouve le prix de l'or. Tout ce que Dieu a fait de grand subit les contrefaçons de l’homme : et on peut même dire que Dieu à été l'être le plus défiguré par ces contrefaçons. Mais, de même que les faux dieux témoignent indirectement de la vérité d’un Dieu, les diverses religions nous garantissent qu’il y en a une vraie, dont elles sont une altération plus ou moins accentuée. Pour établir cette thèse, il n’y aurait qu’à reproduire un livre fameux contre l’Indifférence. Livre si bien fait, malgré ses déclamations et ses longueurs, que son auteur, en vingt années d’apostasie, n’a pu le réfuter. Mais, au lieu d’enfermer les adversaires dans ces savantes lignes de circonvallation, je préfère leur montrer, par des considérations obvies, que l'honneur de Dieu, la moralité de l’homme et le sort des peuples sont intéressés dans la vérité de ce programme : un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême. De telle sorte, qu’en adressant à toutes les religions les mêmes respects, non-seulement on les traite avec le même mépris, mais on pose le principe de la plus néfaste confusion. *
Et, d’abord, l'honneur de Dieu nous oblige de reconnaiître la vérité d’une religion, car nous ne pouvons nier ce dogme sans obscurcir, sur la terre, la notion du bien et du mal. Quand se trouvent en présence des religions
d'A TR PROS
Le AMAR +