‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 44 sur 121 · VÉRITÉ D'UNE SEULE RELIGION · texte numérisé non relu

VÉRITÉ D'UNE SEULE RELIGION

vérité par essence, n’est pas plus intéressé en faveur dé. la première que des secondes, c’est nier Dieu et la vérité. .

C’est nier la vérité, parce que, si la vérité existe, des reli- e 4 gions opposées ne peuvent être également vraies. C’est nier Dieu, parce que, si Dieu existe, des religions qui ne sont # pas également vraies ne peuvent lui être également agréa-

bles. Il faudrait donc proclamer, avec plus de circonspection, l'égalité absolue des religions. Cette égalité, qui peut

avoir sa raison d’être devant la loi, est absurde devant la

conscience individuelle aussi bien que devant la logique.

n. L'auteur d’Émile Va dit en termes formels : « Parmi tant de * religions qui s’excluent, une seule est la bonne (1). »

De nos jours, nos habitudes de tolérance civile éngendrent les jugements les plus erronés en théologie. L'État prétend avoir ses motifs de rester indifférent à l’égard de

toutes les religions; un particulier est tenu d’être plus exclusif. L'homme public a le droit d'appliquer, au for.

“extérieur, un principe athée; mais il n’a point le droit de. l'être en son for intérieur. Et, cependant, pratiquement par-

ant, combien de matérialistes de la jurisprudence laissent à la loi le soin de former leur conscience, et, par le seul fait que la religion d'État est aholie, concluent que l’homme

privé est dispensé de choisir la sienne! Je ne viens pas récriminer contre notre législation, mais faut-il bien dire à l'indifférent qu'après avoir honoré tous les cultes dans sa vie sociale, il doit au véritable un acte de foi et des hommages réservés. Faut-il bien surtout lui faire observer que nul ne

() Tom, II, p.118,

toutes les religions à l'égalité devant la loi, la raison soumet. tous les hommes à l'égalité devant la religion; et, puisque nous avons abdiqué, en 89, nos priviléges avec enthou- - Siasme, ne cherchons point à conserver le plus exorbitant à

< de tous, celui de n'avoir point de Dieu, tandis qui le peuple ; : en à toujours eu et en aura toujours un,

Br La vérité d’une religion est donc un dogme nécessaire 4 pour l’honneur de Dieu; elle l’est aussi pour la moralité de be Thomme. Ne nous y trompons pas, ceux qui adressent à toutes les religions les mêmes politesses sont ceux qui n’en veulent suivre aucune. Ils les honorent en général, pour être dispensés de rechercher la vraie en particulier, Sans | doute, on comprend que l’homme ne soit obligé envers Dieu, qu’à proportion de sa connaissance; mais que dire de | celui qui agit contre sa connaissance, c’est-à-dire contre la religion qu'il estime au moins la plus raisonnable, et cela | sous prétexte qu’il ne partage pas cette connaissance avec : toute l'humanité! Il y a beaucoup de religions, donc je n’en professerai aucune, dit l'indifférent; il y a beaucoup de È religions, donc chacun sera jugé sur les enseignements de ; la sienne, répond la conscience morale. Ainsi, le mahométan et le païen qui accomplissent, de bonne foi, la loi naturelle telle qu’elle leur est connue, errent sans être coupables. Mais le chrétien qui, du spectacle de tant d’autres hommes fidèles à leur religion, conclut uniquement qu'il peut ne tenir aucun compte de la sienne, descend par la moralité au-dessous de l’infidèle : Est infideli deterior.

«ln y : a que. deux sortes homes Ron dbler dit « Pascal, ou bien ceux qui aiment Dieu de tout leur cœur

« parce qu'ils le connaissent, ou bien ceux qui le cherchent ee « de tout leur cœur parce qu’ils ne le connaissent pas (1). » At Mais combien de libres penseurs préfèrent déclarer, à priori, la vraie religion introuvable, que se donner la Lee de la trouver ? | À

On ferait bien son emplette, comme dit la Bruyère, mais

ë on n’a pas le temps de fixer son choix. Cependant, il s agit

: de savoir si ce choix n’était pas assez grave pour mériter à : qu'on s’en donnât la peine. Quant à moi, je suis honteux, î pour ma raison et pour mon espèce, de la légèreté avec la- 5 quelle je vois éluder de telles questions. Qui à consacré à : la grande emplette autant de temps qu'à ses examens de ; l'École polytechnique, ou à ses thèses de la licence et du

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doctorat? Aussi, en ce qui concerne la première science de la vie, on s’entête dans les méprises, on meurt dans les malentendus, et c’est pour excuser cette incurie inexcusable que l’on traite tous les cultes comme des énigmes inextricables, parmi lesquelles il est fort inutile d’aller chercher la vérité, parce qu’on n’y trouve que des doutes. Et, cependant, si c'est une immoralité de résister à la vérité que l’on connaît, à plus forte raison de refuser de la connaître. Qui pourrait énumérer, d’ailleurs, les vérités qui s’écroulent quand l'intelligence se désintéresse de la vérité < religieuse, sous prétexte qu’il y a beaucoup de religions? «Une fois engagé sur cette pente, l'esprit est entraîné dans sa un abime plein de ruines, et d’où il ne remonte pas. Bien-

Nr)

(1) Pensées,

tôt, la logique lui dit : Il y a beaucoup de philosophies,

donc il n’y à pas de vérité philosophique; il y a beaucoup

de politiques diverses, donc il n’y a pas de vérité politique; il y a beaucoup de types du beau, donc il n’y a pas de vérité esthétique; il y a beaucoup de divinités, donc il n’y a pas de vrai Dieu. En un mot, on ne voulait supprimer qu’une pierre au temple de la sainte doctrine, mais cette pierre étant une clef de voûte, l’édifice tout entier s’est effondré. Preuve manifeste que la neutralité en religion contient en germe le scepticisme universel, puisqu'elle le produit. Preuve surtout que nous sommes obligés de discerner la vérité de la foi, dans la mesure du possible, sous peine de n’en être pas digne, car la vérité de notre religion nous doit tenir plus à cœur que l’identité de notre mère; et ce que je dis là s’impose à la conscience, sans démonstration : c’est une de ces évidences si antérieures au raisonnement qu’à l'instant où la raison les connait, dit Fontenelle, il lui semble les reconnaître.

La vérité d’une religion est certaine, parce qu’elle intéresse l'honneur de Dieu et la moralité des individus; mais aussi, et surtout, parce qu’elle intéresse le sort des peuples.

C’est une très-grossière erreur de supposer que la religion est un simple jouet destiné à récréer l'imagination des nations. Elle est un creuset où leur moralité s’élabore et prend sa forme caractéristique. Les vertus d’une société ne sont guère autre chose que sa religion appliquée, et les bonnes comme les mauvaises actions peuvent être comparées à un fruit dont les croyances sont la racine. Donc, toute dogmatique fausse renferme, métaphysiquement, le germe

5 tee instructif que de constater les analogies te la Fos gion des peuples et leur histoire.

Au Nord, les Germains et les Scandinaves se représentent la divinité sous des traits moins voluptueux que cruels, et ils constituent des tribus austères qui, à l’instar de leur +3 Olympe, offrent un bizarre assemblage de chasteté et de "PA barbarie. Rome installe, dans son Panthéon, tous les génies | immondes de l’univers, et les turpitudes de sa décadence ne peuvent être rendues ni par la plume cynique de Suétone, mn par le burin implacable de Tacite, dans la langue la ; moins pudibonde que les hommes aient parlée. A l'Orient, c’est le bouddhisme avec son impure mythologie et son indolent panthéisme. Sa mythologie à versé aux popula- tions indiennes une languewr empoisonnée, tandis que son panthéisme les couchait dans une immobilité mystiquement inféconde, sous des dogmes où le grand tout absorbe la personnalité. Enfin, c’est l’islamisme plaçant la fin des fils a du prophète dans un harem éternel, leurs moyens et leurs droits dans un cimeterre; et voilà que, comme l’herbe Sous les pas d’Alaric, la pudeur et la civilisation meurent par tout où se posent les pieds de Mahomet. Enfin, telles sont les religions, tels sont les peuples; autant valent les symboles, autant valent les mœurs ; car toute erreur de doctrine, a écrit Diderot, doit influer dans une créature raisonnable et conséquente. Donc, il doit y avoir une religion vraie comme une vraie civilisation, et tout homme qui n’a ni le bonheur de connaître cette religion, ni la bonne volonté de la chercher, doit au moins la proclamer en principe. É Je n’ai pas besoin d’insister plus longuement. Les vérités

que dans leurs preuves. Pour s’en convaincre il n’y a

voir les conséquences engendrées par la négation que no combattons. Dans l’Indoustan, par exemple, les adorateurs du dieu Djaggernat se jettent sous les roues de son char pour se faire écraser par dévotion; à Carthage, des mères 4 aveuglées vont pieusement égorger leurs enfants sur les autels de Moloch; en Gaule, à chaque détresse publique, 4 Teutatès demande du sang; à Corinthe, la Bonne Déesse “à inspire en son honneur des mystères que l’histoire n'ose pas raconter; à la Mecque, on immole des hécatombes mu- É Sulmanes dont les exhalaisons nauséabondes envoient l’épi- : 3 démie à l’Europe méridionale ; en France, la déesse Raison se comporte sur ses autels en bacchante plutôt qu’en prètresse. Et Dieu serait également glorifié par ces orgies de sang et de volupté, et par les pures adorations du christia= D. nisme? Et les vertus de saint Vincent de Paul ne seraient pas plus conformes à la vérité essentielle que les débauches + d’un sultan ou les folies d’un fakir? N’appuyons pas davantage, ce serait abuser de la victoire. :

Il a deux manières de supprimer Dieu : la première , c’est de le nier en lui-même; la seconde, c’est de le nier 3 dans sa vérité. Donc, à ceux qui prennent l'offensive sur ce 4 terrain, on peut répondre : Si vous croyez en Dieu, il suffit de vous montrer que votre négation est déicide par voie de conséquence, pour vous.en détourner. Mais, que si vous ne croyez pas en Dieu, pourquoi vous présenter à ce débat sous le faux visage d’un indifférent ? Osez lever votre visière et vous serez vaincu quand vous serez connu ; décla- à rez franchement votre athéisme et nous ne le combattrons

É bubies à ces criminels dont l’indignation abiqés fait 4 ; __ justice avant la loi.

Mais, ici, je vois surgir deux objections à la mode que je À : tiens à détacher de l'exposition, AA de leur donner plus de Saillie.

La pluralité des religions, dit-on, prouve que si jones Ne. religions sont bonnes, aucune n’est vraie; car Dieu en : étant l’auteur de celle qui le serait, ne pourrait permettre 145

aux autres de le tenir en échec, et, parfois, de PES on

Lt donc 19 0 À

contre lui.

E Et, d’abord, à celui qui me pose cette question, j’en poserai une autre. Quel est son drapeau ? mon adversaire serait-il un de ces spiritualistes inconséquents qui recon-

naissent à Dieu le droit de susciter 1a création, non d'en.

toucher les ressorts après les avoir montés ? « qui font à

__« Dieu l'honneur de prononcer son nom, sans lui donner

« d'autre besogne que la garde servile et le spectacle inerte __ « des mondes qu’il a créés, mais qu’il ne gouverne pas(1). »

Eh, comment ceux qui ôtent à Dieu le pouvoir des miracles lui reprochent-ils de n’en pas faire ? Quoi! ils ne croiront à la vraie religion que lorsque tous ses contradicteurs seront forcés de la bénir malgré eux? Mais ce serait le prodige de 7 Balaam renouvelé à perpétuité; or, encore une fois, d'où Le peuvent sortir les RLOUREE quand le Dieu des prodige à < été supprimé ? x

@) Vitet, La science et ln foi.

Mon adversaire serait-il, au contraire, du nombre des spiritualistes qui croient à la toute-puissance de la Providence? Mais, en ce cas, demander le bäillonnement éternel de l'erreur par une intervention visible de la souveraineté divine, c’est opiner pour le despotisme le plus absolu de Dieu, et pour la servitude la plus complète de l’homme. Dieu nous traite avec bien autrement d'égards ; il-s’est prescrit un tel respect pour notre liberté, qu’il se laisse renier et insulter par elle plutôt que de lui faire violence; et c’est de ces sublimes ménagements du Créateur pour le libre arbitre de sa créature que naquirent toutes les fausses religions.

Parlent-ils sérieusement, ceux qui sont si faciles à l'indignation contre tout obstacle mis par l'Église à la propagation de l'erreur, quand ils dénient à l’erreur plus que le droit de vivre, celui de naître ? Est-ce qu’il y a plus d’intolérance à limiter l'extension du faux, comme nous le faisons, qu’à l’étouffer dans le sein paternel, comme ils voudraient le faire ? Singulier libéralisme, celui qui plaide, d’un côlé, la cause des fausses religions, et qui, de l’autre, ne pardonne pas à Dieu d’avoir permis leur existence. Si Dieu avait voulu régner en autocrate impitoyable sur la race humaine et courber la tète des dissidents à coups de tonnerre, sans doute il n’eût pas été un monarque contesté; mais, sous cette théocratie effrayante, nous n’aurions été que des automates ; et nous qui avons versé tant de sang pour la liberté politique, nous ferions bon marché de cette liberté morale, sans laquelle nous n’en mériterions aucune autre? N’insultons pas aux tolérances ineffables de Dieu envers les fausses religions ! Ce spectacle sera, jusqu’à la fin , la plus intime consolation de toute paternité outragée

dans ses droits, il sera, surtout, le type le plus auguste à proposer aux autorités de qui on réclamera la liberté du __ contrôle. Dieu se taisant dans l'éternité, quand on lui dis- À

pute l'empire, est l’encouragement le plus élevé des pou-

voirs attaqués ou méconnus. Comparaison qui renferme les

garanties des souverains, aussi bien que celle des sujets,

__ car le Roi des rois se laisse contrôler, non détrôner, et s’il abandonne les siècles du temps aux droits de la liberté, 5e

l'autorité.

da liberté de l’homme, mais plus encore le profond mystère

c'est parce qu’il réserve l’avenir éternel aux répressions de

Le scandale que nous tirons de l'existence des fausses religions prouve donc que nous ignorons les égards dus à

de l'amour de Dieu. C’est le travers de l’amour égoïste de : £

regarder ses exigences comme la mesure de sa profondeur. ‘L'amour, arrivé à un certain degré de grandeur, est comme E. les rois qui donnent et ne reçoivent plus. À mesure qu’il 2 3 s'élève, il se désintéresse, parce que, plus il pense à l’objet aimé, moins il lui est possible de penser à lui-même. D’après cette loi, l'amour de Dieu, qui est le plus complet, doit être le plus modeste, et c’est ce qui explique la longani- 4 mité adorable du Maitre des choses envers les erreurs et envers les hommes qui amoindrissent sa domination.

Voyez, à la surface de cette petite planète où nous vivons, on compte à peine deux cents millions de catholiques. Parmi ces catholiques, à peine quelques adorateurs en es- ; prit et en vérité. Cependant, ces éléments imparfaits composent un magnifique ouvrage, Car là tout ce qui se fait

de bien est méritoire, parce que c’est le fruit de la liberté. La donation d’un cœur pur, qui pouvait se refuser à Dieu,

le réjouit plus que les harmonies fatales de toutes les créations soumises à la nécessité. Une larme de sainte Thérèse influe plus que les crimes de Babylone dans la miséricordieuse balance où il pèse le genre humain. De cette façon, tant que la vraie religion aura dix justes à lui présenter, il ne sera pas confondu dans ses œuvres, car les hommages de la liberté humaine lui en feront oublier les écarts; et tant qu'il y aura une trace du sang de son Fils sur la terre, il la regardera avec amour. L’amour, en effet, c’est là le mot sublime qui explique les mystères divins, parce qu’il explique Dieu lui-même ! L'amour étant le principe de la fécondité, le monde est né de ce grand sentiment, et comme c'est l'amour qui le créa, c’est l'amour qui le préserve de la destruction.

Aussi le mal peut se déborder, comme les eaux du déluge, par dessus les plus hautes montagnes, l’univers ne s’écroulera que le jour où la charité cessera de l’habiter ; et s’il était vrai qu’une nouvelle humanité dût jamais fouler nos cendres comme nous marchons sur la poussière des générations préadamites, d’après quelques hypothèses très peu scientifiques, quand les habitants de cette époque nouvelle soulèveront les débris de la nôtre, en rétrouvant, sous le sol, plus de pagodes et de mosquées que d’églises ; plus de sépultures païennes que de tombes marquées de la croix ; au lieu de blasphémer le Créateur, ils s’agenouilleront sur ces ruines en s’écriant : C’est ainsi que Dieu aima ce monde! Sic Deus dilexit mundum (1).

La seconde objection est d’un ordre plus pratique, et les

(1) Saint Jean, 3-16,

D nuaiee, nous disent-ils , ce question de la vraie religion. Quand les hommes croient avoir trouvé cette der- nière, ils deviennent persécuteurs pour les autres cultes : et l'on voit renaître l’intolérance fanatique des guerres de ce genre.

É Je connais peu de mots, dans notre vocabulaire, dont con ait autant abusé que du mot tolérance. C’est que bien ; É ne peu expriment, au même degré, le bien ou le mal, suivant

à le sens qu'on leur donne. Dans le langage des hommes qui comprennent ce qu’ils disent, il y a trois sortes de tolé- . rances.

à ment ce qu’elle en pensait. Elle a distingué entre ce qui est prescrit à cet égard, en thèse absolue, et ce qui est toléra- . ble en hypothèse; c’est-à-dire que, lorsque les peuples ne peuvent réaliser le plus parfait, elle les laisse, à leurs Fe,

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