‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 45 sur 121 · LT · texte numérisé non relu

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ë nous ne faisons pas ici de la casuistique de droit public, et $ comme l’objection en question s'adresse aux États plutôt qu’à la conscience individuelle, nous enjambons cet obstacle, car 4 il ne gène nullement notre chemin. Déclarons, néanmoins , ne qu'en admirant d’autres siècles davantage, nous n’en É aimons aucun plus que le nôtre, et proclamons nos sincères respects pour la vraie tolérance civile.

e La seconde tolérance est celle que j’appellerai person- 4 nelle. Guerre à toutes les erreurs, mais amour pour toutes 4 les personnes, et guerre à l’erreur, surtout, pour l'amour ; des personnes. Voilà la doctrine de-l’Église. Sans doute, elle à droit de répression contre ses malfaiteurs ; mais elle

La première, c’est la tolérance civile : l’Église a dit récem-

. ques et périls, essayer du plus parfait possible. Comme

sacrifie souvent son droit à son amour, et si jamais elle fut mal interprétée à ce sujet, elle en a pleuré de douleur. Le sang qu'onifit rejaillir sur sa robe immaculée a été lavé par ses larmes; n’allons pas le lui reprocher. Seuls, les petits esprits, c'est-à-dire les hommes qui.ont l'esprit des petites

choses, accusent les doctrines des crimes commis en leur.

nom. Si nous imputions à l’antichristianisme les douze millions de martyrs qu'il a fait dans nos rangs, quelle atroce Saint-Barthélemy nous mettrions à sa.charge! Si nous rendions la démocratie responsable de tous les excès de 93, quel affreux passif de boue et de sang nous inscririons sur son bilan ! Il serait temps d’en finir avec ces récriminations banales et sans bonne foi. L'Éalise a horreur du sang, c’est là l'expression proverbiale de ses instincts à cet égard.

En ce temps-là, deux femmes se présentèrent au tribunal de Salomon, pour se disputer un enfant, l’une consentait à ce que l'enfant fût partagé parce qu’il n’était point à elle: c'était l’image de l'erreur qui souscrit à la concurrence parce qu’elle est usurpatrice; l’autre femme, au contraire, réclamait l'enfant tout entier, mais elle aimait mieux la perdre vivant que le recouvrer mort : c'était l’image de l'Église, mère désolée qui a droit à l'empire sur toute l’humanité, mais qui préfère généralement la vie de ses enfants au triomphe violent de son droit. Donc, que Philippe IT, roi des Espagnes, et Jean III, de Portugal, ne dégainent pas leur glaive, sous prétexte de protéger cette mère, car ils lui donnent des victoires qu’elle abhorre, Son intolérance, à elle, c’est la jalousie exclusive de l'amour, non la cruauté des supplices, Elle est l’Éponse de ce Christ qui à conquis

verser Éaiire sang que je sien. Cen est ei la fe. o'ést la douceur , ce n’est pas le lion de Juda, c’est l’Agneau tout | seul qui à fait la conquête de la terre : Emitte Agnum domi- | natorem terræ (1)! Ce qui veut dire qu’à moins de néces- “4 sité l'Eglise s’abstient de tous sévices dans la propagation du vrai, en faveur de la tolérance personnelle. Mais il est une troisième tolérance, que l’on ne peut glo= * rifier et qu’il faut même anathématiser, c’est la tolérance théologique. Elle consiste à installer, sur le même autel,

, Zoroastre , Confucius, Brahma, Bouddha, Mahomet et le Christ, sauf à donner à celui-ci la première place à rang égal. "

En fait, cette tolérance pourrait être définie le respect D.

offciel de toutes les religions, mais respect sans franchise 5 qui ne ressemble pas mal à une génuflexion de prétoire , et 6 qui renferme la négation absolue sous les formes prudentes De: de l’abstention. En général, nous avons peu d'estime pour es Jes habitudes de neutralité en affaires humaines. La .neu- c tralité est, ou le privilége des incapables , ou la sagesse des égoïstes ; les anciens l'avaient si bien reconnu, qu’à Athènes, on décrétait des peines particulières contre ceux qui ne prenaient point de couleur en temps de révolution, afin de ne laisser à personne le bénéfice des abstentions intéres- : > gées. Et, tandis qu'il ne nous est pas permis de rester indifférents sur les questions vitales qui agitent l'humanité, nous affecterions l'indifférence dogmatique comme ul privilége spécial de notre rang ou de nos lumières ? Et, tandis de

(1) Isaïe, 16-1,

ASE US NE RAA EDEN er NE = À]

qu’en politique, en philosophie, nous nous croyons obligé d’être blanc ou noir , sous peine de discrédit, nous pourrions rester en suspens sur la grave question de Dieu, sans préjudice pour notre dignité morale ? On a beau faire de cette neutralité une sorte de piédestal pour l’amour-propre philosophique, elle est une prostration de la conscience humaine, et un mépris sacrilége de la vérité divine. Gràce donc pour la tolérance civile bien entendue, gloire à la tolérance personnelle, mais anathème à la tolérance théologique !

De ce qu’il y a un grand nombre de religions, il ne s’ensuit pas qu’il n’y en ait pas une de vraie, c’est établi; maintenant, de ce qu’il n’y à qu’une seule religion vraie, peut-on conclure que Dieu soit injuste envers ceux qui ne: la connaissent pas ?

Jusqu'ici nous avons vu la négation témoigner beaucoup de scandale du mal qui existe, pour avoir un argument contre la Providence ; la voici qui nie presque le mal, pour avoir des griefs contre la justice de Dieu. Le monde est un chaos quand elle veut censurer les distractions du Créateur s le monde est un chef-d'œuvre quand elle veut abroger toute pénalité d’outre-tombe. Ici, l’incrédule se transforme en philanthrope, et il dit : Que‘ Dieu supporte les fausses religions parce que les hommages de la bonne lui suffisent F c’est une preuve qu’il se contente de peu; mais, puisque les cultes erronés ne prouvent rien contre le véritable , que personne au moins ne soit menacé de damnation éternelle

ë pour ne l'avoir pas connu ! Combien d’absurdités on prête à notre vérité pour avoir un prétexte de la décliner ! Convenons d’abord que Dieu veut le salut de tous les”

hommes, mais qu’il n’est pas obligé de les sauver malgré eux; et qu'un ordre de choses, dans lequel chacun de nous à . est un immortel, faisant le bien ou le mal à ses risques et À périls, est mille fois plus honorable, pour le Créateur et * 4 pour nous, que ne le serait un troupeau d'esclaves conduits 3 par la force, soit au néant, soit à des béatitudes immérine. tées. Dieu a-t-il produit des hommes avant l'avénement de notre humanité? En produira-t-il d’autres quand notre «5 e monde sera fini? Dans quelles conditions morales , c’est-à- Fa dire dans quelles proportions d'intelligence et de liberté ; chacune de ces familles fut ou sera-t-elle constituée ? Je ne Je sais pas, mais ce que je sais, c’est que Dieu peut varier | indéfiniment la création spirituelle comme la création matérielle. Ce que je sais encore, c’est que Dieu, dans ces créations diverses, arrive au même but par deux chemins identiques , c’est-à-dire à l’ordre par la justice et par l'amour ; seulement la justice et l'amour peuvent s’entre-

croiser et s’éteindre dans des combinaisons innombrables ,

et voici comment ils s'accordent par rapport au cycle moral

que nous composons.

Il n’est point de vérité moins comprise que la célèbre

' maxime, hors de l’Église point de salut. Les uns, par un.

libéralisme théologique vraiment insensé, voudraient la "à

+ supprimer, sans s’apercevoir qu’elle est la formule nécessaire d’un symbole qui s’affirme vrai, à l'exclusion des autres. Sans elle, en effet, le salut de tout le monde devra

Cependant, avouons que les exclusions

être décrété ipso facto.

prononcées par cet axiome, bien compris, répugnent mille fois moins à la raison qu’un état de choses opposé, plaçant Louis XVI et Robespierre, Jésus-Christ et Judas, côte à côte, dans le même paradis.

Les autres, par une entente trop littérale du même axiome, en dénaturent le sens; ils ne distinguent pas assez entre le corps et l’âme de l'Église, et ils substituent à un principe raisonnable, un dogme cruel et étroit. Cruel, car. il condamne à des peines effroyables une grande portion du genre humain, pour le seul grief d’ètre née moins près de Rome que de Pékin. Étroit, car, d’après cette interprétation, Jésus-Christ régnerait sur un plus petit nombre de sujets que l’empereur de la Chine. Or, quelque liberté que Dieu laisse aux égarements de l’homme, il semble qu'il serait détrôné de l'empire du monde s’il en perdait à ce point le gouvernement (1).

Le giron maternel de notre Église, dit saint Jérôme, n’est pas si limité que l’on puisse aisément vivre en dehors, sans le vouloir, De même que l'océan sort de son immense réservoir en infiltrations souterraines, et enveloppe la terre de ses humides étreintes, tantôt formées de nappes d’eau apparentes, tantôt d’écoulements cachés, de même l'Église militante prolonge ses ramifications invisibles jusque dans les pays où elle est proscrite, et va, d’une extrême à l’autre, tendre la main à tous les hommes de bonne volonté. De cette sorte, dans les profondeürs de son âme vaste comme le

(1) L'Église n'étant point encore prouvée, noûs ne la présentons pas ici comme la vraie société religieuse, mais comme la preuve qu'on peut admettre, à son sens, la vérité d’une seule religion, sans blesser ni la raison humaine, ni la justice de Dieu,

RE

monde, elle D Drdrae Je genre humain, et si une portion se : dérobe : à ses embrassements, ce n’est nullement parce qu'ils n’atteignent pas assez loin.

L'Église, en effet, étant un être moral composé d'hommes, doit avoir, comme l’homme lui-même, un corps et une âme, un corps visible et une àme qui ne l’est pas. Son àme est la réunion de tous ceux qui lui adhèrent par le lien intérieur + ne de la foi et de la charité. Et cette Église spirituelle n est 4 pas une basilique de village, comme quelques esprits se le 2 persuadent, c’est un temple vraiment catholique, c'est-àdire aussi ample que l’univers, et dont nous allons mesurer À les immenses proportions. Enseignement bien capital, soit : À pour le libre penseur qui voudrait assurer l'impunité éter- nelle de tous les crimes, soit pour certains catholiques, qui aiment le Christ aux bras peu élargis du Jansénisme,

pe croyant l'honneur de leur orthodoxie intéressé à espérer le ciel en aussi rare compagnie que possible, Voici donc, sur br CE sujet, non la petite théologie mais celle de l'Église. Comme elle est tolérante dans ses admissions, tolérante

même dans ses exclusions!

. En considérant la vraie religion, non dans son organisme extérieur, mais dans son âme, qui pourrait évaluer le nom- bre de ceux qui y entrent par adoption? Cette àme embrasse d’abord les enfants régulièrement baptisés par les schismatiques et les hérétiques, et comme la moitié meurent avant Jàge de raison, voilà une notable portion de créatures rai- “ sonnables préservées de la perdition. Le baptème, en effet, leur ayant communiqué la foi et la charité infuses, par ce don gratuit, leurs berceaux ont été prédestinés, et un des

plus touchants spectacles du paradis sera cette innombrable phalange d’innocents, récompensés sans avoir travaillé, et à qui l’Église triomphante dira pour éterniser leur reconnaissance : Petits enfants, louex le Seigneur (1). Sans doute, les enfants morts sans baptème ne chanteront pas dans ce concert, mais ils pourront bénir leur mère et Dieu de leur avoir donné l'existence, comme nous le verrons plus tard. Toute la création morale, depuis le premier Archange jusqu'aux derniers des êtres responsables, repose sur la loi des inégalités. Sans injustice, Dieu peut donner à qui il lui plaît ce qu’il ne doit à personne. Lui imposer l'égalité absolue dans ses œuvres, ce serait lui ifiterdire la variété et lui ravir la liberté. Aussi, il n’est pas plus répréhensible de ne point accorder à chacun de ses enfants la même béatitude, que de ne leur point départir la même mesure d’intelligence. Un père ne cesse pas de l'être, même quand il est meilleur pour quelques-uns des siens, s’il ne laisso pas d’être bon pour tous.

Combien d’autres élus appartiennent à notre vérité par voie d’adjonction, car l'âme de l'Église renferme encore tous les chrétiens des communions dissidentes quand ils se trompent avec une invincible bonne foi. L'Église, qui ne voit pas les dispositions intérieures, doit condamner en masse les sociétés qui sont sorties de son sein en le déchirant ; mais elle laisse à Dieu le jugement des individus. Ou bien. un chrétien est séparé d’elle par sa faute, et alors il mérite de subir la peine de cette scission ; ou bien il en est séparé innocemment, et alors il est reconnu par l'Église sans l’avoir

(1) Ps, 112.1,

M avec un amour incompris, même me qui la repousse. parce qu’il ne la distingue pas! D'où il suit que l'Église règne là où le Pape ne règne pas, et qu’elle compte, dans les pays du schisme et de l’hérésie, des populations nombreuses, faisant d’elle une souveraine bien autrement F puissante qu’Isabelle la Grande. Et, quoiquela carte de cette catholicité invisible ne puisse être tracée de main d’homme, Je plan en est dressé dans la pensée de Dieul C’est sur ce

bercail sublime qu’il laisse tomber ses yeux, pour maintenir # dans son cœur une miséricorde toujours plus grande que | 3 les ingratitudes de l'humanité, VS Combien d’autres mortels comptent au nombre des enfants de l'Église par privilége. L’àme de celle-ci est une mer sans rivage qui a des baies profondes et inexplorées jusque dans le sein de la gentilité. Sans doute l’infidèle, même quand il À À est de bonne foi, ne fait point partie de l'Église durant sa L. vie, mais, par une miséricorde spéciale, il y entrera en

entrant dans son éternité. Imaginez un infidèle ayant pratiqué le vrai tel que sa conscience naturelle le lui révélait,

sans avoir pu connaître la révélation divine, pensez-vous qu’il sera exclu, pour ce fait, des béatitudes éternelles? Ne le craignez pas. Je sais bien qu'il n’a pas une foi aussi explicite que la mienne au rédempteur promis, mais il y participe par la foi à la révélation primitive : Le Verbede Dieu étant dans la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (1). IL y participe, surtout, par la foi au réparateur universel, éparse dans les traditions de la gentilité. Alors

AE PDA, A PO TE LR

(1) Saint Jean, 1-6.

que fera Dieu envers cette àme qui a été fidèle à toute sa lumière? Il la touchera avant la fin par une opération de sa grace, et, par là, élevant au surnaturel les vertus naturelles qu’elle lui offre, il fera un élu de ce païen consciencieux! Ah! je me représente avec ravissement les surprises de ces àmes droites, quand elles passeront des ombres divines qu’elles adorent, au face à face de l’ineffable réalité. Saint Thomas ayant écrit que Dieu enverrait un ange à cet infidèle plutôt que de permettre sa damnation, Rousseau s’est moqué de cette machine que le monde n’a pas vu fonctionner, et il en conclut que l'humanité non baptisée est vouée, en bloc, à servir de combustible au feu de l'enfer. L'ange en question n’est pas présenté comme le seul moyen, mais comme la mesure de la bonne volonté de Dieu envers les infidèles qui observèrent la loi naturelle. Cet ange signifie que Dieu fera des miracles, et même des plus grands, plutôt que de souffrir qu’un seul innocent de son empire soit éternellement malheureux. Maintenant, quelle est ia machine de salut, pour parler comme Rousseau, quel est le sacrement in extremis, pour parler comme l'Église, qui sera appliqué à ces âmes par la bonté divine? Le moyen est le secret de Dieu, mais le dessein lui-même n’est pas un secret, car saint Paul nous en donne l'assurance : Lorsque les gentils qui n'ont pas entendu parler de la loi, font naturellement les choses qui sont selon la loi, ils sont disciples de la loi (1). Peut-on imaginer une justice distributive faisant de son intolérance doctrinale des applications plus tolérantes? Ainsi, l'Église frappe les erreurs, mais elle sauve ceux qui

(1) Rom. 2-12,

ni des hasards d'éducation, et la seule chose que son sein maternel rejette, à l’image du sein de Dieu, c’est le crime sans repentir.

Ici, j'entends l’incrédule ajouter avec un sourire amer : Et

“les enfants morts sans baptème? Préservons-nous de la con- S

fusion produite par les malentendus. L Église apprécie tant & le bonheur de voir Dieu dans l'éternité, qu’elle a coutume eg appeler la damnaticn le malheur d’en être privé. Mais,

à sur la terre on ne voit pas Dieu, et cependant quelques- uns é Sy trouvent très-bien : si bien qu’ils ne voudraient point la paie, même pour aller voir Dieu. Or, notre Père commun

a tellement tempéré les douleurs de son absence pour les à enfants non baptisés , qu’ils sont heureux de vivre, pense

| | saint Augustin, puisqu'ils préfèrent la vie à la non-existence. EE Aussi, en rigueur de langage , leur destinée sereine est une | É sorte de béatitude naturelle plutôt que la perdition. Donc, à ceux qui arrivèrent couverts par la grâce surnaturelle, ia | félicité surnaturelle de la vision intuitive ; à ceux qui n’ap- % portèrent devant leur Juge que les avantages naturels, une

félicité proportionée qui est le vestibule de la première : il n’est pas possible d'imaginer plus d'équilibre entre les causes et les effets. Et, qu’on ne me demande pas pourquoi Dieu ne fait pas, en faveur des enfants morts sans baptême, le miracle de salut qu’il opère en faveur des païens de bonne foi? Je répondrai, parce que ces derniers ont pleuré, com- battu, travaillé, et que les premiers ont été moissonnés avant d’avoir rien moissonné eux-mêmes.

Ces âmes candides , errant dans des limbes mystérieuses

jrié — Fe a TP CURE

où l’on aime Dieu sans le voir, lui feront réparation pour l'incrédulité qui ne croit pas à leurs souffrances, et qui en tire néanmoins le prétexte de ses blasphèmes contre le Créateur! Ce qui ajoute ici à l’inconséquence de la négation, c’est qu’en définitive elle n’a rien de mieux que cette béatitude à offrir à ses élus, et qu’on ne comprend pas de quel droit elle en demanderait davantage à l'Église ! Cequi ajoute, surtout, à l’'odieux de la négation, c’est qu’en général elle condamne en masse l'humanité au néant, et quand on jette pêle-mêle, sans amour comme sans justice, le bien et le mal, les saints et les monstres , dans le gouffre d’une mort éternelle, est-on bien venu à blàmer les sublimes répartitions de la paternité de Dieu envers nous ?

La voilà donc cette Église dont j'avais promis de dessiner les contours ! Comme on le voit, ce n’est pas une chapelle de dévotion; c’est une immense cathédrale où l'humanité tient à l’aise. Elle renferme toutes les frontières, on y voit toutes les nationalités, on y entend toutes les langues, on y reçoit le soleil de tous les climats : schismatiques, hérétiques, infdèles excusés par l'ignorance invincible , hommes sincères et purs des diverses parties de l'espace et de la durée, ils s’avancent vers la montagne de Sion ! Ceci est la seule basilique dont les portes ne soient jamais closes, dont les chants ne cessent pas, et où la présence divine n’a jamais besoin d’être renouvelée au tabernacle : Omnibus diebus usque ad consummationem (1). Sans compter que le monument se compose de trois nefs et que nous n’en ayons mesuré qu'une. L'Église triomphante et l'Église souffrante, jointes à l'Église

(1) Matth., 28-20,

| nités, comme une science d'aventure le prétend, les pour- | rait-il soumettre à à un ordre de choses plus beau i

Et notre vérité déjà si large dans ses admissions ne l’est- elle point même dans ses exclusions ? ? Elle l’est à tel point, ; que j'entends le lecteur répondre à non exposé : Donc, on nous prèche aujourd’hui le grand nombre des élus. Et si ” Massillon, qui secouait autrefois son auditoire de Saint- ‘4 Eustache en développant la thèse contraire, revenait an- noncer la parole de Dieu à la terre, évidemment cette pa- | role et ce livre ne seraient point d'accord. Disons-le, avec

# tout le respect dù à la mémoire du grand évêque, le chef- F d'œuvre de Massillon, sur le petit nombre des élus, a été

“2 plus admiré pour sa magnificence oratoire que pour sa rigueur doctrinale. Cependant, je n'aurai point la témérité

de le contredire, car, qui sait si sa vérité est aussi éloignée e. qu’elle le paraît de la mienne, au moins en ce qui concerne le sort de bon nombre de chrétiens ?

Si libérale que soit l’Église dans ses admissions, si larges qu'elle fasse ses avenues, si dilatées qu’elle nous montre ses enceintes, il y à une chose qui n’y peut être admise : c’est ; 4 le mal impénitent. Dieu veut le salut de l’homme, mais il faut que Phomme le veuille aussi. Dieu cédant à un homme qui lui résisterait, ce serait le renversement de l’ordre moral et une abdication de l'autorité souveraine aux mains A7

de l’anarchie humaine. Maintenant , en quelle proportion le désordre de cette résistance subsistera-t-il dans l’éternité ? Quelle sera la portion réfractaire d'humanité pour jamais excommuniée de la cité sainte? Nul ne peut sonder les mystères de notre dernière heure, puisque, d’après quelques théologiens , il y a eu des élus même parmi les victimes du déluge. En ce moment suprême, l'âme et son Juge se trouvent seuls en présence, et jamais personne n’assista à cette formidable rencontre! Mais, ce que je peux avancer en toute sécurité, c’est que si le Juge est clément à l'incroyance qui n’est qu'un aveuglement, il doit être sévère à l'incrédulité qui est une révolte.

C’est l'habitude des libres-penseurs de nous reprocher la damnation systématique de tous ceux qui n’ont pas notre religion. Qu'ils se lamentent un peu moins sur les autres et un peu plus sur eux-mêmes. De tous les dissidents , les plus à plaindre ne sont pas ceux qui n’entrérent jamais dans l'Église, ce sont ceux qui en sont sortis. On peut trèsinnocémment n'avoir pas connaissance de la foi, on ne peut guère l’abjurer, après l'avoir connue, sans se rendre coupable. Voilà pourquoi des infidèles, morts par une insurmOontable nécessité dans les superstitions païennes, sont plus assurés de la clémence divine qu'un philosophe, désérteur du christianisme dans une société chrétienne. Entre l’erreur des premiers et celle des seconds , il y a la différence de l'ignorance à: l'apostasie, et, s’alarmer sur la déstinée des uns plutôt que sur la responsabilité des autres, c’est méconnaître la nature de la foi et celle de la bonne foi.

La bonne foi! je la présume toujours chez nos adversai-

res Var ébara pour eux et pour moi: mais sh avoue qe ce n'est point toujours sans le secours de læ’ charité. Sans H doute, je connais l'influence des milieux sur certaines cons titutions intellectuelles. Je fais la part de 1 esprit faux et de ce que je pourrais appeler l'esprit naturellement mal * fait dans l'interprétation des choses divines: Dieu mesu- 2 rera à ces infirmes la rigueur ou le pardon dans des : CR proportions équitables. Quant à moi, je veux imiter Ja: 4% mansuétude de l’Église composant (le longues litanies de Re L $es saints, et n’inscrivant pas un seul pécheur au catalogue authentique de ses réprouvés. Mais, faut-il bien que je le dise avec Fénelon, sous peine de trahir mon Évangile : | « Aimez la vérité autant que vous aimez votre santé, votre | : « vanité, votre plaisir, votre fantaisie, vous la trouverez. be Ur voyageur va au Monomctapa et au Japon pour : __ « apprendre ce qui ne le guérira d'aucun de ses maux; EX Pie quand trouvera-t-on des hommes qui fassent, non pasle « tour du monde, mais le moindre effort de curiosité pour « développer le grand mystère de leur état? On parcourt « les mers les plus orageuses pour aller chercher, à quatre « mille lieues, le poivre, la canelle, ce qui n’est presque bon «à rien ; on ne traverserait pas la Manche pour apprendre « à être sage, bon et digne d’un bonheur éternel ! En faut- «il davantage pour confondre l’incrédule et pour le cou- 4 « vrir de honte sur son ignorance (1)? » PR Depuis le temps de Fénelon, les choses ne sont pas chan- 5 gées ! Quel est l’incrédule, de nos jours, dont la bibliothè- Fi que renferme autant d’apologies de la foi que de livres ti: 2

(1) Lettre sur les moyens donnés aux: Lommes pour arriver à la vraie religion.

contre la foi? Aussi les malentendus fourmillent dans leurs accusations contre nous. La vérité de Jésus-Christ s’avance comme Jésus-Christ lui-même, à travers les siècles, livrée à la persécution du faux témoignage ; et l’on excuserait le déicide des doctrines comme celui du Calvaire, par la raison que ses auteurs ne savent pas ce qu'ils font, si mille fois dans leur vie, ils n’avaient refusé de le savoir ?

Non, non, ce n’est point sans avertissements préalables de la conscience que l’incrédule entra dans l’opposition contre la foi de sa mère! Bientôt, sans doute, il affirma avec ‘assurance les blasphèmes qu’il balbutiait d’abord en tremblant, et il confondit la sécurité de son endurcissement avec celle de la bonne foi ; mais Dieu, lassé, s’était dérobé à un orgueil qui ne méritait plus de le voir, et malheur à ceux qui prennent pour une vraie quiétude philosophique le silence de ce désolant abandon !

Je Viens de sauver doctrinalement beaucoup de monde dans la partie de l'humanité qui compose l'âme de l’Église : si je suis moins libéral envers ceux qui, appartenant à son corps par un bonheur de naissance, s’en séparent par une révolte d'éducation, c'est parce que Dieu n’a pas établi en vain une vérité dans le monde, et qu’il ne peut assigner un même sort à ceux qui l’ignorent et à ceux qui la dédaignent. Je prie mes lecteurs de croire que je n’ai pas rempli un tel devoir sans souffrir ; quand on aime les hommes, on ne les damne pas pour le bon plaisir de les effrayer. Je parlais tout à l'heure de Massillon ; son nom me rappelle une anecdote qui achèvera de montrer, sur ce point, le fond de ma foi et de mon cœur. Un prédicateur de la noble maison

PRET FER EE Eye de Roquelaure se présentant à l’

éloquent évèque, pour lui 3 demander des conseils sur la science oraloire, celui-ci lui répondit simplement ces mots : « Jeune homme, ayez des re | entrailles. » Les entrailles ne sont pas moins nécessaires A l'apologiste qu’à l’apôtre de l'Évangile. NE Eh bien! ce sont mes entrailles qui me font désirer d’être, 5 “4 par rapport à ceux avec qui je converse dans ce livre,

Lo l'ange révélateur dont parle saint Thomas, afin de jeter à ee leurs yeux une traînée de lumière entre le cieletlaterre, Ce sont mes entrailles qui me poussent à leur dire : Si le : Christ est Sauveur pour les hommes qui sont dignes de lui Ë

sans le connaître, il sera juge impitoyable pour ceux qui È

abusèrent de sa connaissance jusqu’à vivre comme s'ils ne le connaissaient pas. Ce sont mes entrailles qui me poussent à leur représenter que, si le Christ s’est fait rançon +

pour tous, ce n’est qu’à la condition de notre concours, $

> car la rédemption, comme la création, sont deux champs d’une fécondité infinie, mais qui ne fructifient point sans notre travail. Donc, n’abusons point de la pluralité des religions contre la vraie: les fausses religions n’empêchent pas :

le salut de ceux qui lessuivent de bonne foi, et perdent ceux qui en usent comme d’un prétexte pour se soustraire aux obligations de la leur. Attaquer la vérité d’une seule religion, c’est accuser le cœur d’un Dieu, parce qu’il tient à nous sauver par le sang qu’ila répandu ; et nier la nécessité, soit de chercher, soit de suivre cette religion, c'est faire de

Dieu un être qui n’a que des devoirs envers l’homme :

et de l’homme un être qui n’a que des droits contre Dieu. :

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