CHAPITRE
La vraie religion et les cultes de l'Orient qu’on lui oppose.
De ce qu’il y a beaucoup de religions, il ne faut pas conclure qu’il n’y en a pas une de vraie ; l'honneur de Dieu, la moralité de l’homme et le sort des peuples sont également intéressés dans cette question. Cependant, l’Auteur de la vraie religion ne manque point à ce qu'il lui doit, en n’empêchant pas les fausses religions de se produire, parce que ce serait renverser, non étayer l’ordre moral, que d’ôter à
l’homme la liberté de se tromper. De leur côté, les adeptes de la vraie religion, en la reconnaissant pour telle, ne sont nullement exposés à manquer de charité envers les disciples du faux, car, à proprement parler, elle est exclusive,
non intolérante, En second lieu, de l'existence d’une mA religion, il ne suit nullement que Dieu soit injuste envers
ceux qui meurent sans la connaître, car celle-ci est si libérale dans ses admissions, si modérée dans ses exclusions,
qu’elle ne rejeite de son sein aucune victime de te involontaire, et qu’elle n’est impitoyable qu'au crime de Mauvaise foi, Conclusion moins redoutable pour les dissi-
. denis de naissance que pour les a parce que # ceux-ci peuvent rarement prétendre au bénéfice de l’erreur , entièrement invincible, L La question de la vérité d’une religion étant résolue, une & * autre se présente, par ordre de succession : Parmi tant de ; | room positives, quelle est la vraie ? Jadis, nous aurions tranché celte question au profit du christianisme, abstraci tion faite de tout parallèle; maintenant, nous devons le comparer à d’autres révélations, pour mieux faire ressortir combien il est divin, par le seul fait qu'il est incompara- di | ble. Ce procédé défensif nous est imposé, d’ailleurs, par les manœuvres actuelles de l'attaque.
Aujourd’hui, les sceptiques adroits ne nient plus directe ment la divinité du Christ et du christianisme; ils refont . , avec affectation l’histoire de Bouddha et du bouddhisme, de Mahomet et du mahométisme, donnant à entendre, par à d'habiles sous-entendus, que toutes ces fondations et {ous ces fondateurs pourraient bien se valoir. Le bouddhisme, surtout, est devenu pour eux l’objet d’une piété particu- lière, à cause du grand nombre de ses adeptes. Et, quoique ces messieurs trouvent fort naturel qu’un petit cénacle d’athées, en Europe, ait plus de raison que lVhumanité, ils | : | ne peuvent admettre que l'immense capacité constituée par les peuples chrétiens ait le droit de prévaloir contre la stupidité incurable des multitudes païennes. S'il s'agissait de prendre la civilisation de ces multitudes, les libres-penseurs reculeraient d’effroi; mais quand il s’agit des religions , toutes sont bonnes pour les débarrasser de la leur, et ils font les tours d'esprit les plus habiles, j'étais tenté de dire les moins honnêtes, pour prouver que le paganisme
pourrait bien être la source du christianisme. Voici comment cette grande mystification à été conçue et menée.
Les attaques les plus spécieuses et les plus rebattues contre la vraie religion proviennent d’un ensemble d’études critiques sur les langues, les antiquités, l’histoire et les religions de l'Orient, études qui visent à fonder une science distincte, tantôt sous le nom d’orientalisme, tantôt sous celui d’indianisme. Quelques hommes spéciaux se sont voués à ce labeur, avec le double avantage de gens qui, ayant des nouveautés à débiter, sont sûrs de piquer la curiosité = et qui, arrivant de pays lointains, n’ont pas besoin de ménager la hardiesse de leurs assertions, parce qu’ils ne courent pas le péril d’être contredits. Parmi ces hommes, quelques-uns ont conquis leurs titres de savants orientalistes par une promenade maritime aux factoreries de Madras et de Calcutta, ou par une visite de touriste, de . Bénarès aux vallées de Cachemire. D’autres, sont devenus indianistes sans sortir des bibliothèques de Paris , et ils ont acquis, dans le sanscrit et dans les langues sémitiques , une supériorité d'autant plus incontestée, qu’il n’y a point beaucoup de Syriens ou d’Indous, aux bords de la Seine, pour la contrôler.
Or, les uns comme les autres » prétendent que les religions de l'extrême Orient expliquent naturellement la formation du christianisme, dans son histoire , dans ses enseignements et dans ses rites sacrés. Ils développent ce thème s en gardant vis-à-vis de nous une impassibilité sereine qui ressemblerait à de la bienveillance, si elle n’était la fine expression d’un dédaigneux scepticisme. Ils étalent leurs conclusions, avec une confiance supérieure encore à leur
un que au qu’elles sont aa de ne sont Den ee as “ elles Le payées à
leur mesure plutôt qu'à :
sans rien nier se = e
ianisme ; + , après un certain nombre d'années, il n’est
cun , participant à la suffisance de ses initiateurs, se con- sidère comme le grand-prêtre d’une révélation nouvelle, 4 à et, regardant ceux qui croient, du haut d’une Re | 4 presque olympienne, déclare que la foi n’est que le parti des jgnorants. k 3 Eh bien ! de ce présomptueux jugement, j'en appelle aux | preuves. Le christianisme, a dit Fontenelle, est la seule D ion qui en ait. Sachons si la science moderne en aurait à découvert à l’appui des fausses révélations; et, puisque - certains novateurs affectent la dévotion à Brahma, à | . Bouddha et au Coran, il.est bon de rechercher si ces cultes É. portent les marques de la vérité absolue. Naturellement, le dr judaïsme devrait entrer dans ce parallèle multiple; mais comme il est le fondement du christianisme, de peur d’être | obligée de passer de lun dans Yautre, l'opposition rationas. liste les rejette tous les deux. C’est pourquoi nous n’aurons
% à parler d'Israël que comme de notre ancêtre, non comme …
“de notre rival.
La vraie religion a des caractères particuliers qui sont le signe et la garantie de sa vérité. Ces criteriuns sont de plusieurs espèces; mais ils viennent se résoudre dans un
KL Fa
seul, le miracle. Le miracle a été défini de plusieurs façons, En rigueur doctrinale, il est une dérogation aux lois de la nature, produite par opération divine, soit dans l’ordre physique, soit dans l’ordre intellectuel, soit dans l’ordre moral : trois larges bases d’appréciations sur lesquelles le christianisme convoque toutes les religions à venir se mesurer avec lui, en les défiant de soutenir le voisinage de sa divine supériorité.
Nous avons vu la négation donner rendez-vous au surnaturel dans un amphithéâtre scientifique, sous les yeux de l'Académie, le priant de recommencer ses opérations, selon les caprices des spectateurs. C’est une défaite cachée sous les formes d’une insolente provocation. Il est de la nature du surnaturel de ne point se produire comme une déférence humiliante de Dieu aux exigences de la curiosité humaine, Il est de sa nature, par conséquent, d’apparaître sur la terre à la prière de l'amour, non aux sommations de l’orgueil. Qu'on le cherche 1à où il doit se manifester, on le trouvera; mais le rejeter sous prétexte qu’on ne l’aperçoit pas là où il ne doit pas être; c'est ignorer l'essence du surnaturel et l’histoire , ou se moquer de l’un et de l’autre.
L'histoire, en effet, est le cadre où il faut contempler le surnaturel. Considéré dans ses miracles physiques, il en dépend, et il fait partie d’une contexture d'événements si accrédités, qu’on ne peut le nier sans les nier, et sans pro-
Le véritable + père 4 l'histoire est bien celui qui révéla. au | monde le secret de sa naissance, et cela onze cents ans avant l'apparition d'Hérodote. Y eut-il jamais, du reste, un
: h torien plus digne de foi que Moïse? Grâce à la longévité des premiers patriarches, il n’est séparé d'Adam que par six générations. De son temps, un homme pouvait avoir vu de Joseph, dont le père avait vu Sem, qui avait vu Mathusa- . lem, lequel avait vécu pendant plusieurs siècles avec Adam. . Par la tradition primitive dont il est l’oracle inspiré, Moïse . touche donc à l’origine des choses; par l’ère historique qu’il commence, il donne la main à l'avenir et il atteint jusqu'à nous. Ce soleil une fois levé à l'horizon des siècles écoulés,
| tout s’illumine dans le passé, nos annales se déroulent sans solution de continuité, et les auteurs de l’Ancien et du Nouveau Testament se relevant sans cesse à la tâche pour écrire histoire de la révélation, on n’y découvre pas une seule une, depuis la création jusqu’au moment où l'Église
. reçoit enfin le dépôt sacré, l’accroît et le certifie, par une e ces paroles dont l’autorité n'aura jamais d’égale parmi les affirmations de l'esprit humain. | Ayez un jour la noble curiosité de connaître ce qui a été
- écrit de décisif sur l'authenticité, l'intégrité, la véracité des livres de l'Ancien Testament, vous serez étonné de la fidélité de ces monuments, qui racontent les premiers jours du . monde avec la précision du journal; de l’impartialité de ces | 0 récits devant laquelle on pourrait douter s’ils ont été écrits par des amis ou par des ennemis d'Israël; de l'immutabilité, évidemment inaltérable, de ces textes sacrés dont les Juifs,
au rapport de Josèphe, connaissaient le nombre de mots et.
de lettres, et que chacun de leurs rois était obligé de transcrire de sa main; enfin, de la garde vigilante qu’a dû faire autour de ces mémoires, à la fois nationaux et divins, un peuple qui était lui-même une sorte de tradition vivante, et qui trouvait en de telles pages ses rites sacrés, son passé, ses lois et jusqu’à ses généalogies de famille. Aussi, quand je vois nos rationalistes contemporains en remontrer, sur les Écritures, à ceux dont elles étaient le catéchisme quotidien, et s’essayer à faire prévaloir les rêves qu’ils imaginent, sur les réalités que quatre mille ans de témoignages oculaires nous ont garantis, je me demande lequel est le plus surprenant des prodiges qu’ils ne veulent pas voir, ou de celui qui leur permet de voir autre chose à la place.
Eh bien! telle est l'autorité de l’histoire biblique, telle celle des miracles qu’elle renferme. La seconde et la première se valent ; ou la partie purement naturelle de ce récit, que la négation admet, doit être repoussée, ou la partie Surnaturelle qu’elle repousse, doit être admise. D'ailleurs, la seconde est parfois virtuellement contenue dans la première. Par exemple, le précepte de la pàque judaïque repose sur les faits miraculeux de la délivrance d'Israël et du passage de la mer Rouge dont il est la consécration. La tête de la Pentecôte est un mémorial perpétuel de la promulgation de la loi sur le Sinaï. L’oblation des premiers-nés du peuple juif rappelle l'extermination divine des premiers-nés des Égyptiens. Ainsi, pendant quarante siècles, le miracle fait