CHAPITRE III
Jésus-Christ et les autres fondateurs de religion,
2:00 Prenant, en dehors du christianisme, le seul établisse- | ment religieux qui, à raison de son importance numérique PCT territoriale , nous soit opposé en ce moment, nous avo prouvé que le bouddhisme ne possède aucun criterium de. | la vraie religion, puisqu'il ne porte aucune marque du vrai surnaturel. Les cultes de l'extrême Orient, en effet, ne se peuvent prévaloir des trois miracles de l’ordre physique, de l’ordre intellectuel et de l’ordre moral, qui sont comme … l’estampille divine apposée à la véritable révélation. Je ne. reviens point sur un tel parallèle, de peur de donner un
après les avoir envisagées dans leurs garanties intrinsèques. Certes, c’est beaucoup faire, au profit du christianisme, d'établir la fausseté de cette maxime, AHJOnt ARTS courante : « La vraie religion est, pour chacun, celle qu'il
€ aime; la religion est toujours vraie dans la croyance à
« peuple ; » et, par là, de démontrer qu'il existe une religion # É
(1) Renan,
gion pour laquelle Dieu fait des miracles est divine dans s preuves ; mais une religion dont Dieu est le fondateur est divine dans sa source. Est-ce là un trait caractéristique de la nôtre? Voici comment se pose la question : Environ quatre mille ans après la création du monde, treize cents ans après l’onction de David et six cents ans a rès la captivité de Babylone, le premier César régnant à Rome et le premier Hérode en Judée, au siècle le plus éclairé de l’histoire ancienne, dans un bourg méprisé de Juda, naquit un Enfant qui devait être le plus grand À homme de l'univers! Il était couché sur la paille, et des | voix célestes chantaient autour de son berceau, Il habitait une étable, et les étoiles faisaient signe aux monarques d'Orient de le venir adorer. Il prêche, et les villes entières, iportées par le charme tout-puissant de sa parole, le suivent au désert. Il meurt, et les astres se voilent la face en » signe de deuil, Enfin, il est enseveli, et, trois jours après, il se lève de son tombeau. Prodige unique de faiblesse et de grandeur ‘il a causé au monde une sensation dont il est encore tout frémissant. Le monde, en effet, est si plein de . ce souvenir qu'il le mêle à tous les autres, et, quand on lui | demande à quelle époque la naissance ou la chute des empi- 4 res, il a coutume de répondre : Tant d’années après le jour 3 où Jésus-Christ parut dans mon sein. Ainsi, le passage de 1 ce mortel incomparable est un point culminant, dans l’his- - toire, où viennent se relier les deux Testaments, et une sorte de soleil autour duquel tous les événements gravitent ;
ilest, en même temps, un signe de contradiction de lequel on se passionne jusqu’à l’adoration ou Me
Pace en ddr Jésus-Christ est Dieu, et d autres +4 en disant : Jésus-Christ n’est pas Dieu. | #13
Eh bien ! Jésus-Christ est-il Dieu ou ne l’est-il pas ? Question formidable, puisqu'elle va mettre dans notre balance la plus auguste personnalité qui ait foulé notre terre ! ques=
tion décisive surtout, car si Jésus-Christ est Dieu, il ne n5 reste que bien peu d’énigmes théologiques, et que si Jésus= Christ n’est pas Dieu, au contraire, tout s’abime dans cette négation, jusqu’à la notion même de la Providence, et dix-huit siècles abusés ont été le jouet de la plus infàme supercherie.
Notre époque s’en prend aux deux termes du mystère de lIncarnation, c’est-à-dire à la nature divine et à la nature humaine, dans ses attaques contre le Christ. D'un côté, elle lui conteste la divinité ; de l’autre, la gloire d’une humanité sans pareille. Les uns, nient le Dieu en tàchant de le réduire à la taille d’un homme, les autres, amoindrissent l’homme
en insinuant qu’il y a eu des hommes aussi grands que lui, e Les premiers ont écrit franchement que les preuves servant d é à établir la divinité de Jésus- Christ pourraient être retournées avec le mème avantage au profit du Bouddha et de. Mahomet; les autres se sont contentés d’ exagérer le soueS s dha et Mahomet avec l'arrière-pensée de les placer si haut, qu'entre leur élévation et celle des Jésus, il ne restàt plus que la distance d’un préjugé. De cette sorte, le Dieu-Homme est deux fois outragé par la sophistique du jour, et il n’est pas même rare qu'il le soit avec tous les honneurs
die car elle à a inventé Ru de le louer
ur être dispensée de l'adorer, faisant de l'éloge la forme la | répugnante du blasphème (1).
Qui me donnera d’étouffer, par un seul cri de ma raison,
Jonse à ou les libelles et: à tous les romans de la néga- ? Pour atteindre ce but, rien ne me paraît plus souve-
ec Dieu. Qu'est-ce que Dieu? Le lecteur l’a dit avant moi, est l'infini en durée, en sagesse, en puissance, en sainteté, amour, en essence : maintenant, si on me demande est-ce que Jésus-Christ? je répondrai qu'il est l'infini ou
e surhumain dans sa durée, dans sa sagesse, dans sa puiss: nce, dans ses vertus, dans son amour, dans sa constitun. Exposition victorieuse de laquelle jaillira cette consion : donc, Jésus-Christ est Dieu, puisqu'il en porte les ributs, et il est le seul homme qui soit Re puisque seul
es à portés.
4 Quand la théologie catholique pose sa première assise, elle débute ordinairement par ce chapitre solennel : De Dieu et de ses attributs. Pour bien apprécier si Dieu et le grand fondateur que nous discutons sont deux équivalents,
4 (1) Montalembert.
ne
Jésus: Ohbtst et de ses attributs. Le trait pare ati
attributs de Dieu, c’est l'infini; or, par plusieurs de s aspects, Jésus-Christ présente à la pensée de ces immt sités dont jamais aucun esprit n’aperçut les rives et. ÿ toucha le fond. C'est pour cela que, sur le point d’en par= ler, on éprouve une félicité et un désespoir : la félicité d'en dire quelque chose, le désespoir de n’en pouvoir dire to ce qu’il faudrait. C’est surtout à cause de cela que lo
ur écrit : Jésus est le seul mortel dont l'éloge ne puisse êt
exagéré. Aussi, de même que le plus sublime de ses histo- - riens, après l'avoir peint avec la fidélité de l'inspiration de l'amour, pose sa plume découragée en ajoutant : 11 a fait encore bien d’autres choses non écrites dans ce livre (1), ñous qui l'étudions, après avoir tout dit de Jésus, nous serons obligés de nous compléter, en avouañt que nous 1e rien dit encore. ‘
Et, d’abord, entre Jésus et l’homme, quelle différen sous le rapport de la durée? Le trait caractéristique de la durée de l’homme, c’est qu’il n’est que dans le présent. Le trait surhumain de la destinée de Jésus, c’est qu’il était autrefois et qu’il sera dans les siècles : Re hodie et 2
cupe du un point dans la série des temps. L’ onites Diét, seul, a préexisté dans tout le passé, et se survivra dans tout l'avenir, en telle façon que, pour lui, ce n’est jamais ni hier, ni demain, c’est toujours et ce sera à jamais aujourd'hui,
(1) Saint Jean, 26-30:
sein de la durée, qui consiste dans une existence aussi icienne que le monde. Nul n’a vécu, comme lui, sur cette. re, quatre mille ans avant d’y paraître. Aucun autre que ia été l’objet d’une attente universelle, ni surnommé,
par un amour de beaucoup antérieur à son berceau, le désiré
des nations. L'idée messianique traverse toute l’ancienne alliance sans s’éclipser un instant aux regards d'Israël. Et eette vie anticipée de Jésus est si réelle que, bien avant son
‘énement ici-bas, on y connaissait ses traits, on le saluait, En limplorait, et il sauvait par la vertu attachée à l’espérance de son règne. Le monde ancien est peuplé d’oracles ,,
qui le précèdent, comme autant de hérauts, chargés de l'an noncer. La nation choisie ne cesse point de tendre les bras à
| cette apparition consolante en s’écriant : Venez, Seigneur, et r r e tardes pas (1)! Les peuples païens eux-mêmes, quand, fati-
| gués de mensonges et dé tàtonnements, ils demandaient à eurs guides : Jusques à quand les ténèbres de l'attente? en recevaient cette réponse : Jusqu'à ce qu’une vierge ait enfanté, donec virgo pariat. Enfin, le pressentiment universel était si éveillé, touchant le réparateur futur, à l'heure où Jésus parut en Judée, que des messies s’improvisaient de | toutes parts, et Dosithée, Ménandre, Barchochébas, Simon, Apollonius de Tyane, une foule de charlatans et de mages n’eurent quelques succès qu’en s’emparant, à leur profit,
» de cette conviction répandue que le Juste allait enfin sortir des enfantements de l'ère provisionnelle, et que le monde F était en travail d'un nouveau Roi,
Gi) Ps, 30:18.
celui-ci, car les voyants, envoyés jus lui pour e D éà dire, l'avaient fait en termes si clairs qu’il ne pouvait être Ÿ " confondu avec un autre. Jacob et Daniel indiquaient l'heure e de son arrivée; Michée nomme le lieu de son berceau ; Bethléem-Ephrata; Isaïe conte ses miracles à l'avance : Zacharie le peint dans sa douloureuse passion ; David le voi et le chante dans sa résurrection , enfin le prophétisme fait un tableau si précis de la destinée de Jésus-Christ, que les coïncidences, entre l’annonce et l’histoire, ont suffi pour converlir le monde au lendemain du Calvaire, et cela quand | Jésus- Christ, dans sa vie future ici-bas, était encore À inconnu, et quand, dans sa vie présente, il était encore con- testé. | 12 TPE
(a Et où sont-ils les fondateurs de religion qui puissent |
-. s’étayer d’un pareil témoignage ? Qu'ils viennent et qu ‘is
nous disent quels furent les symboles, les traditions, les. | personnages prédestinés à: leur ouvrir la marche? Seul avant son existence réelle, Jésus-Christ a préexisté dans la foi de l’univers comme dans une sorte de sein maternel, où, + à chaque grand événement, on le sentait tressaillir. Sans doute, c’est après l'an 4000 qu’il s’incarna, mais c’est dès le. premier jour de l'univers qu'il fit son apparition aux hori- zons de l’histoire, de telle sorte qu’à son arrivée sur la terre, __ selon la grandiose figure d’un docteur, il trouva quarante | siècles agenouillés devant son berceau.
Et, prodige non moins extraordinaire, cet homme, qui eut une si longue existence avant sa naissance, en a ue
aussi étonnante après sa mort. I vit, en effet, dans son | Église, qui est une continuation de sa personne à travers”
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Lie
de 5 as
ge à
siècles, u il 2 ni comme aucun on. ne ne dans s œuvres. La preuve qu’il est vivant, ce sont les passions pposées qu’il excite, car les morts n’offrent guère plus de prise ni à l'amour ni à la haine, et, sur les tombes refroidies par le temps, la justice ne tarde pas à s’asseoir. Mais, pour RE
£ Jésus, s’il avait été roi en Egypte, il n’aurait pu être jugé
même après sa mort, car, en réalité, l'avenir n’a pas com- 4 | mencé pour lui, et les multitudes se passionnent pour ou contre sa mémoire comme aux premiers jours de son règne. | Les dieux de l’extrème Orient, ensevelis au sein de leurs | pagodes, n’en sortent plus pour troubler le repos du monde ; il nest pas un seul lieu de cette terre où l’on parle de notre é | Dieu fait homme avec indifférence. On l'adore ou on le hait: 7 ilest placé sur des autels ou il est proscrit. On crie dans les os de Cochinchine : Qu'il soit crucifié (1),eton s ‘élance des bords fortunés de l'Europe chrétienne sur le premier Ë | vaisseau qui passe en répondant : Eh bien, nous y allons, et | nous mourrons pour lui (2). Ainsi, ceux-là même qui nevou- > } jaient pas accorder à son immortelle vie l'hommage d’un : acte de foi, la reconnaissent par l’impérissable répulsion qu elle leur cause.
IL vit donc, puisqu'il passionne : il vit encore, puisque la L. dissolution ne l'atteint pas. Le signe le plus certain de la È mort, © est la décomposition ; rien n’atteste mieux le trépas de tout Lazare que l'infection de son tombeau. Comment la ‘domination de Jésus pourra-t-elle déjouer une telle loi? Il y a dans la prospérité excessive une force dissolvante. Les . succès continus donnent aux empires une sorte de plénitude
(1) Saint Matth., 28-30, . (2) Saint Jean, 11-16.
pléthorique qui frappe la puissance d’apoplexie, et la précipite vers la décadence, Malgré ces obstables, l'Église est debout, triomphant de ses succès comme de ses revers, et sa fortune a, ici bas, l’immutabilité des choses qui n’en sont pas. Jésus-Christ est donc vivant, puisqu'il échappe à la dissO= lution, mais, surtout, puisqu'il remue et grandit. Voyez les religions non chrétiennes; elles n’exhalent pas seulement la puanteur du cadavre, elles en ont encore l’immobilité. C'est que le mouvement et la croissance sont les signes les plus certains de la vie, et que ces cultes, à la façon des momies orientales, peuvent bien conserver dans la mort les appas rences de la vie, mais non en contrefaire l’action. Aussi quel statu quo vraiment sépulcral que la destinée du Bouddha et de Mahomet ! Et, au contraire, à peu près tout le terrain perdu par eux est acquis par le Christ ! Regardez-le, il est à tous les points de l’espace et à toutes les étapes de la durée. Mahomet lui-même le tient pour un grand prophète de Dieu; Luther et Photius s'agenouillent devant ses autels; les philosophies ne l’adorent pas, mais elles tàchent de s’assimiler quelque chose de sa séve, en l’insinuant jusque dans leurs négations.
C’est le Christ qui avance dans ces apostolats sans nombre qui se croisent à la surface des deux hémisphères. Il : double les caps lointains avec la vitesse des vents; il touche d’une main au pôle nord, de l’autre à l'Australie. Ni la barrière des idées, ni celle:des mœurs, ni celle des nationalités, ni celle des religions ennemies ne peuvent arrêter sa marche. Tandis que ces religions ne font pas de conquêtes chez lui, il en fait chez elles. Au loin, du haut de la grande muraille, il attend, avec des espérances autorisées, les peu-
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