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quête, et il prévoit qu’il la fera, à l'encontre de toutes les
avons fini par le trouver naturel; toutefois, la raison as
ne put être en vertu d’une intuition humaine, car la prévoyance humaine devait attendre tout le contraire.
Arrière donc les sagesses rivales de celle-ci. Elle jette le défi à toutes les révélations qui ont fixé l'admiration des hommes, et aucune ne peut le relever. Mépris et pitié, en particulier, à cette puérile fiction de l’islamisme, dans laquelle des anges remettent au.fondateur de l’Hégire un vélin bleu pour recevoir le texte du Coran et une plume de diamant pour l'écrire! La seule loi digne d’être écrite par la main des anges, parce qu’un Dieu l’a dictée, c’est celle du Christ. Elle est surhumaine dans son originalité, dans son infaillibilité, dans son élévation, dans sa simplicité, dans sa prescience, donc, ou il faut nier toutes les lois de l’analogie, ou il faut adorer en Jésus la sagesse divine ellemême. Et ceci n’est point une conclusion métaphorique. Quand nous écrivons sur le piédestal de Platon, de Mozart, de saint Thomas le titre dé divin, ce n’est là qu’une hyperbole de notre louangeuse admiration; mais quand nous disons le Divin MAITRE, la louange cesse d’être une figure, et l’épithète n’est que l'expression adéquate du substantif; car Dieu et Jésus sont deux synonymes qui s'associent par la complète identité de leur signification.
Uomme la souveraine sagesse, la souveraine puissance atteste, dans l’action de l’homme, une force divine. Et ici qu'on ne m’arrête point, au début, par cette objection re-
r l'authenticité de ses miracles, Jésus-Christ se distingue tous les fondateurs, et que jamais le bon sens du monde a placé aucun thaumaturge au même rang que lui. Cela est vrai dans ce sens qu'après le pouvoir de Dieu, il y a un autre pouvoir supérieur à celui de l’homme, celui du dé- se on, et que le démon en use quelquefois pour accréditer
ses œuvres. Nier ces deux sortes de manifestations surna-
| turelles, c’est être incrédule à l'évidence et à l’histoire. Eh
… bien! miracles de l’influence diabolique, miracles des labo-
| ratoires scientifiques, plaçons-les en face de ceux de J ésus,
et sachons s’il est, dans l'enfer ou sur la terre, une force ; capable de tenir sa toute-puissance en échec.
; - Jésus-Christ a exercé ici-bas trois sortes de souveraii netés, dans lesquelles ii s’est mesuré avec les pouvoirs de | l'ordre naturel et de l’ordre surnaturel qu’on lui objecte, ot les a distancés de toute une immensité. Par exemple, le génie médical lutte avec succès contre la maladie et contre la mort. Mais comparons son œuvre à celle de Jésus, et constatons les différences. La science demande un mois pour | guérir une maladie tant soit peu invétérée; voilà l'homme. Jésus dit à un paralytique de trente ans : Lève-toi, et le paralytique emporte son lit d’un pied léger; voilà Dieu. La science n'a jamais rien pu sur un cadavre, que lui imprimer une contrefaçon fugitive du mouvement par laction galvanique, ou en retarder la dissolution par la protection. des bandelettes et des parfums ; voilà l’homme. Jésus dit à È un mort de quatre jours : Sors du tombeau, et il est ohéi,
voilà Dieu. Et où est le magnétisme qui s'était posé en concurrent de Jésus-Christ? qu’il étende la main sur la pierre. des sépulcres ! Qu'il nous montre son Lazare! et nous croirons en lui.
De leur côté, les naturalistes et les physiciens ont acquis encore, sur la création inorganique, un empire glorieux; mais comme ils restent et resteront toujours au-dessous de Jésus-Christ! Ils expliquent les substances sans les changer, ils classent les phénomènes sans les modifier, ils constatent des lois sans les dominer; voilà l’homme. Maïs, de même que le Père céleste à fait les substances, le Fils les refait à Cana ; de même que le Père a dit : Que la lumière soit, et la lumière fut (1), le Fils dit aux yeux des aveugles : Epheta, etils s'ouvrent aux clartés du jour; de même que le Père donne la vie à la matière, le Fils la lui rend dans trois résurrections célèbres ; enfin, de même que le Père a décrété les lois de la nature, le Fils les suspend à tout instant, voilà Dieu. Et, afin que cette puissance de Jésus ne soit pas contestée, il la transmet à son Église où, les mêmes merveilles sont continuées, en vertu de sa parole : Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais et de plus grandes encore (2).
Après avoir imprimé le sceau de sa puissance à la matière physique, Jésus en a voulu marquer encore la nature morale. Voyons, sur ce nouveau terrain, les œuvres de l’homme et celles de Dieu. Les philosophes qui forment et qui réfor= ment l'humanité n’ont jamais agi, dit Voltaire, même sur les mœurs de la rue qu’ils habitaient. Voltaire se trompait,
(1) Gen., 3-2.
(2) Saint Jean, 14-12,
ob res n on pas agi sur leurs proches : voisins pour bien, et ils ont agi sur le monde entier pour le mal; voilà homme. Au contraire, Jésus prononce quelques mots sur $ poune de l'humanité, et il en fait surgir des nouveautés aussi étonnantes que la fécondation du néant ; voilà Dieu. Ë De même qu’à l’origine, en effet, chaque parole du Verbe créateur appelait des globes à la vie, chaque parole du Verbe rédempteur est un fiat tout-puissant, qui suscita des prodiges plus grands encore. Certes, il a dû être beau, dans 54 espace, le moment où les mondes, à la voix de Dieu, sortirent du néant et allèrent prendre place dans les orbites où ils gravitent. Il ne fut pas moins solennel, dans la durée, le moment où les vertus chrétiennes, écloses d’une parole 1 divine, se levèrent sur la terre, et où l'Église, avec ses 4 . myriades de prédestinés, sortit du côté transpercé de Jésus! Alors, le Maître dit : Vendez ce que vous ave er eL le donnez aux pauvres (1), et, par ces mots, il sème d'innombrables | cénobites dans l’avenir. Le Maitre ajoute : Ne craignez pas ceux qui ne tuent que le corps (2), et tous les martyrs sortent Bus ce second encouragement. Enfin, le Maître poursuit : Aimez votre prochain comme vous-même (3), et les monuments, les héros, les trésors, les inventions de la charité bi aissent de la vertu cachée dans ce grand commandement. Ainsi, tandis que Jésus, thaumaturge de l’ordre physique, n agit que pendant quelques années, comme thaumaturge de l'ordre moral, il ne se repose jamais. Tandis que la créa= ion matérielle n’a duré que six jours, la création spiriz
(@) Saint Matth., 19-21.
@) Saint Luc, 12-14.
(3) Saint Matth. 19-19.
tuelle est iacessante, et quand la première aura son heure de destruction, la seconde, composée de nos vertus, brillera d’un éclat inextinguible au firmament de l'éternité : Quasi. stellæ in perpetuas æternitates (1).
Enfin, Jésus a exercé sa souveraineté sur un fonds plus résistant que la nature physique et la nature morale, sur les événements à venir ou les futurs contingents. Il faut las
“science d’un Dieu pour les prévoir, nous l’avons reconnu; mais il faut aussi la puissance d’un Dieu pour les travailler et les diriger contrairement à leurs cours naturels. Or, méditez et mesurez ce grand miracle de Jésus fondateur. Le Bouddha ne fut conquérant heureux que parce qu’il mit des son côté les rois et les passions, Mahomet, que parce qu'il portait d’une main une loi séduisante, et de l’autre un cime= terre, en disant : Crois ou meurs; en termes plus courts, tout fondateur fait du prestige de sa gloire ou de sa force le ressort de son empire : voilà l’homme. Jésus s'attache à une potence, et il fait de l’infamie de sa mort et de la faiblesse de ses moyens le nerf de sa domination; voilà Dieu. Un autre aurait confié sa fortune à des combinaisons prudentes, et, s'appuyant d’un côté à la politique, dé l’autre aux intérêts, d'un côté à tels fleuves, de l’autre à telles montagnes, il aurait dit : Je règnerai dans une position inexpugnable 2 voilà l’homme. Jésus dit à un batelier illettré : Tu prendras cette croix qui est le gibet des esclaves et l’exécration de l'univers, et tu partirâs sans argent, sans chaussures, sans bâton ; tu te rendras dans cette capitale impure où Tibère et Néron recoivent l’encens divin ; là, tu affronteras César, qui
(1) Dan., 12-83,
\ conquis l’univers et que je t'ordonne de conquér:r ; là, tu aqueras Pidolàtrie qui domine sous la garde des faisceaux | l'empire et des vieux préjugés, et tu la renverseras ; 28 {u iras au Panthéon faire tomber les dieux des nations - assemblées, et tu mettras sur leurs autels ton Crucifié de
. Jérusalem; là, enfin, tu diras à Rome, qui se croit maîtresse | Lu monde : Je suis ton maître; et quand Rome a bafoué
{a parole, ri de ta bure et versé ton sang, alors ma fondation est impérissable et me voilà le premier potentat de la terre : voilà Dieu. O vous, qui demandez des miracles, en voiciun æ
qui dure toujours. Le christianisme, c’est-à-dire la plus ed J ; p
grande puissance d'ici-bas, repose sur deux ignominies : une
crèche et une croix. Ainsi, la force est sortie de l'infirmité, . et l’immortalité de la mort. Or, je le demande, celui qui est
4 capable de remanier et de bouleverser à ce point la nature, LA
| n’en doit-il pas être l’auteur?
« Mahomet s’est établi en tuant, Jesus-Christ en faisant ee tuer les siens. Si Mahomet a pris la voie de réussir humai- « nement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. r Et, au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi,
« Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque
. « Mahomet a réussi, le christianisme devait périr, s’il n’eût
. « été soutenu par une force divine (1). » Voilà les différen-
ces caractéristiques de la puissance de l’homme et de celle
de Dieu.
Et, lorsque le Christ a fait ainsi ses preuves, et qu’il a $ déployé un pouvoir divin sur la nature physique, sur la . nature morale, sur les événements historiques, comment les
(1) Pascal, Pensées,
déistes du jour s’y prennent-ils pour le ramener aux proportions d'un homme ? Ils lui dénient l’honneur des guérisons rapportées par l'Évangile.
Mais quand même ils auraient raison sur ce fait, ils auraient tort dans leur conclusion. Il faut un pouvoir aussi surhumain pour les miracles qu’ils laissent subsister, que pour ceux qu'ils anéantissent. Autant qu’un homme ressuscité, un saint est une dérogation à la nature. Autant qu’un fleuve remontant son cours, des événements marchant dans un sens opposé aux pentes de la loi de l’histoire sont une dérogation à la nature. Donc, pour en finir avec Jésus- Christ thaumaturge, il ne suffit pas de rayer de l'Évangile les cures merveilleuses qui y sont enregistrées, iLfaudrait prouver qu’il est possible à un ‘homme de produire tous les saints et toute la sainteté du christianisme, et de changer le monde avec douze ignorants qui n’y ont aucun crédit. La résurrection du monde, en effet, est aussi miraculeuse que celle de Lazare.
Toutefois, je somme les évangélistes selon le rationalisme, de me dire pourquoi ils suppriment, dans les actes de Jésus, les prodiges physiques ? C’est uniquement parce que de tels faits ne sont pas compatibles avec leur système. Et depuis quand un système sans preuves doit-il prévaloir contre des faits prouvés? Or, les faits de Jésus sont mille fois mieux prouvés que ceux de Socrate. Ils le sont d’abord par leur évidence historique, car ils se sont passés au plein jour de la publicité romaine, à l’apogée de la civilisation judaïque, sous les yeux d’une surveillance jalouse, et à une époque où l’histoire discernait si bien, en cette matière, le vrai du faux qu’elle plongea dans l’oubli les miracles de vingt messies
ntemporains, pour transmettre à l’immortalité ceux de
5 és à les nier par des passions . et par des préju- | gés obstinés, ont accusé Jésus de satanisme, non de jonglerie. Bils le sont par le sens commun critique, car les miracles de. . l'Évangile ont le même degré de vérité historique que sa \ . doctrine; admettre celle-ci et répudier ceux-là est follement contradictoire ; honorer une vérité morale qui se présente . sous la sauvegarde des plus grandes fictions qui aient abusé
le monde, c’est de la superstition, non de l’éclectisme. Ils le - sont par l'affirmation des témoins oculaires qui sont morts
4 pour les confesser. Qu’on nie les miracles tant qu’on voudra,onne peut nier que les Apôtres et les disciples n aient . versé leur sang pour attester qu'ils les avaient vus. Or, ces À hommes n'étaient pas insensés, car leur œuvre est sublime ; “ils n'étaient pas hypocrites, car ils se sont fait tuer pour . eur foi ; ils n'étaient pas visionnaires, car ils avaient tou-
. ché de leurs mains. Et que si vous refusez d'accepter leur croyance, remarquez que vous êtes obligés de croire au delà. À | Alors vous croyez, en effet, que le plus beau livre qui | existe, l'Évangile, à pu être composé par quatre hommes sans honneur et sans talent ; que cet univers, dont Alexan- 3 dre ni César n'ont pu s’emparer, à été la conquête de douze 4 rêveurs : enfin, que ces rêveurs, sans y avoir intérêt et con- : tre leur intérêt, ont fait de leur mort un mensonge collectif en faveur d’un homme méprisable, puisque, s’il n’a pas fait - des miracles , il n’a fait que des dupes. En vérité, supposé 4 que Jésus n’eût point été thaumaturge pendant sa vie, voilà. . un de ses prodiges d’outre-tombe qui est bien irrécusable.
Ajoutons que ses prodiges sont encore prouvés par le nombre et par la qualité des adhérents qu'ils ont immédiatement subjugués. Les savants y ont cru comme le peuple, les illustrations intellectuelles des premiers siècles, comme les Vierges de Rome et les affranchis de la maison des Césars. Les persécutions sont un combat de quatre cents ans livré sur ce terrain ; et cela, à une époque où le voisinage des temps et des lieux rendait les vérifications trèsfaciles. Et, cependant, il resta debout, pour soutenir les deux grands miracles de la divinité et de la résurrection de Jésus-Christ, plus de champions que la tyrannie romaine n’en put abattre, Cela posé, de quel droit vient-on, du fond de l'avenir, à deux mille ans de distance, dire à saint Jean, à saint Polycarpe, à Athénagore, à Arnobe, à saint Épiphane, à saint Justin, à Clément d'Alexandrie, enfin à tous les Apôtres et à tous les martyrs, à tous les témoins oculaires et à tous leurs contemporains, vous vous êtes trompés ou vous avez trompé ? Quand on a effacé les miracles de l'Évangile, il reste à expliquer comment tant d'hommes éminents par le savoir et par la vertu, qui ont pu les voir ou en juger de près, leur ont accordé la créance. Ce sont donc toujours les miracles de la négation se substituant à ceux de la foi, sans les détruire, Or, miracle pour miracle, a-t-on dit, j'aime mieux celui qui déroge par la volonté divine à une loi du monde physique, que celui qui déroge par la folie humaine à une loi du monde moral.
Autant que la durée, la sagesse et la puissance, la sain- teté constitue en Jésus une grandeur par où il dépasse les … bornes de l'humanité, Tous les modèles, dans l'ordre de la É . | moralité, sont inférieurs à celui-ci, car, de quelque point de vue qu'on le considère, il a sur les autres ces trois avantages : celui de la pecfection absolue, celui de la mesure dans la perfection, et celui d’être inexplicable sans : “JE perfection. l
Ou Dieu, c’est-à-dire l’absolu en substance n'existe pas, ou une sainteté qui porte le caractère de l’absolu doit être % divine. Telle est celle de Jésus, puisqu'elle est sans bornes. : ta perfection humaine se trahit toujours par quelque : lacune; où sont les lacunes du côté moral de Jésus-Christ ? | Les parfaits ordinaires ont une vertu saillante, dans l’en- . semble de leurs vertus, parce que leur sainteté est par- À tielle; nul ne pourrait désigner la vertu dominante de . Jésus, parce qu’il les possède toutes. Non-seulement il a ; découvert au monde une moralité ignorée, mais il en fut à la fois l’exemplaire et le révélateur ; et s’il fallait être un Dieu pour la révéler, il fallait l'être, aussi, pour en offrir i en soi-même un idéal si accompli.
Ensuite, tandis que les autres fondateurs visent à HE domination , celui-ci subordonne tous ses desseins à l'amé- e. Jioration et à la purification des hommes, Seul, il a établi, |
sans autre lien que la communauté de vertus, le royaume des àmes et la république universelle des consciences. * Création à part qui n’entrait point dans les idées de l’homme, et qui ne peut être que le produit d’une moralité divine. Au sein de cette création, en effet, Jésus sème des vertus dont l’apparition a été le commencement d’une ère : la chasteté, l'humilité, la pauvreté volontaire, l’obéissance par amour, la compassion pour les pauvres, l’indulgence pour les pécheurs, la pitié pour les enfants nouveau-nés, autant de noblesses de l’âme regardées jusque-là comme des vices ou des faiblesses, et devenues, par lui, l’instrument d’une transfiguration universelle, C’est la plénitude de la sainteté en Jésus qui le met hors de parallèle avec tous les saints de l'humanité. Aussi, comme l’a si bien dit M. Nicolas, imaginez un sage quelconque, vous lui découvrirez des traits de famille avec un autre; mais Cherchez une physionomie que l’on puisse élever à côté de la sainte Face, sans blesser le sens moral, vous ne la trouverez pas. Toujours Socrate pourra être comparé à Platon, le Bouddha à Confucius, Mahomet à Zoroastre; seul, le Christ n’est semblable qu'à lui-même, et, détaché de la terre par une sorte de piédestal mystique, il ne peut être comparé à personne de la terre, parce que ses seuls égaux sont le Père céleste et le Saint-Esprit. Seul, il peut dire à ses accusateurs ce qu'aucun homme n’a le droit de redire : Qui de vous me convaincra de péché (1)? Et, à cette parole, une grande lumière se lève sur son front : les saints se taisent et adorent, les pharisiens se taisent et
(1) Saint Jean, 8-46,
2 de dépit, dix-huit siècles se Len sans oser balbu- -
tier un démenti, et l'humanité est obligée de se courber
Bon Jésus, même quand elle ne se prosterne pas, parce
qu elle sent qu’un si fier défi part de plus haut que sa misère, et n’en saurait venir.
Mais, il y a un mérite non moins difficile que la perfection, c’est la mesure dans la perfection. Une des choses les plus antipathiques à l'humanité, c’est la sobriété de sagesse: | recommandée par saint Paul. Naturellement, nous pen- chons vers l’extrème du bien en fuyant l'extrême du mal, - et Dieu seul est capable de ce parfait équilibre, de ce milieu e proverbial, dans lequel consiste la vertu ; c’est pourquoi | personne, avant Jésus, ne rencontra le point imperceptible 4 en-deçà et au-delà duquel finit la perfection. Regardez, par - exemple, Caton dans son impassibilité; un sentiment intime vous dira : C’est une attitude forte, mais outrée. Regardez . saint Siméon Stylite sur sa colonne, François d’Assise sous | les haïllons de sa pauvreté, le petit saint Louis de Gonzague dans la ferveur de son enfance immaculée, la conscience : ous dira : C’est respectable, mais plutôt à admirer qu'à
imiter. En un mot, partout, dans l'humanité, ce défaut de
pondération qui consiste à ne se préserver du mal qu'en se jetant dans l’exagération du bien. Seul, Jésus-Christ n’a rien de heurté dans sa vertu, pas même un excès de perfection. « Si on le place à côté de tous les parfaits formés à son école, Bon est moins’effrayé de l’adorable modèle que de ses disci- » ples. Semblable à ces édifices qui dissimulent leur grandeur | par l'exactitude de leurs proportions, il persuade qu’il suffit de le suivre pour l’atteindre. Il sollicite notre imitation
plutôt qu’il ne la désespère, parce que si la vertu des saints nous épouvante, la sienne nous attire. Vainement, le président romain s'est écrié, en le montrant au peuple : Voilà l’homme ; à la vue de cette force si tendre, de cette majesté si simple, de cette dignité si patiente, dé cette sainteté si tempérée, enfin de ces nuances introuvables qui composent * son Caractère moral, la raison est obligée de s’écrier : Voilà un Homme-Dieu.
Ici, je renoncerais à écrire, si on m'’infligeait le martyre d’un sérieux parallèle entre la beauté morale de Jésus et celle des autres fondateurs de religion. La moralité du Bouddha n’est point impure, j'en conviens, mais elle est ridicule, Un monde façonné à son image serait une caricature ; un monde peuplé d'hommes semblables à Jésus serait un paradis. Quant à la moralité de Mahomet, plus je vois la passion antichrétienne s’acharner à cette réhabilitation, plus je suis humilié, pour mon temps, des inepties perverses qu’on ose présenter à sa crédulité. De grâce, quand il s’agit de vertu, qu'on ne nomme jamais le législateur débauché des fils d’Ismaël : il fut un homme de mauvaise vie, non un réformateur; il se montra vicieux jusqu'à l’effronterie ne sachant être pur jusqu’au sacrifice, Quand il mourut, il laissa neuf veuves ; il avait épousé officiellement une quinzaine de femmes, sans compter les concubines ; et ceux qui voient dans le Coran un livre édifiant, et dans son auteur ün rival sérieux de Jésus-Christ, donneraient contre eux des preuves terribles, s’il était avéré qu’ils ne parlent que des livres qu’ils ont étudiés et des hommes qu’ils connaissent.
Mais qu’avons-nous besoin de faire subir à la sainteté de
ntichrétiens de notre siècle par cette ‘concession inat= Ë tendue : « Le Christ ne saurait être suivi de personne qui isse atteindre, après lui, le même degré de vie religieuse (1). » Inconséquence palpable, car si Jésus n’est qu’un 2 omme, pourquoi ne serait-il pas atteint par un autre? % Inconséquence respectable, néanmoins, car elle prouve que esprit occidental est tellement obsédé par la présence de la divinité en Jésus-Christ que, même quand il la repousse dans ses prémisses, il l’admet implicitement dans ses con- clusions.
Cependant, je n'accepte point pour mon adoré Maître ces
À | hommages dérisoires, parce que s’il ne s'élève point, par la
$ sainteté, jusqu’à Dieu, il descend même au-dessous de l'honnêteté humaine. Remarquons, en effet, quen toute : rencontre et dans tous les Évangiles, il affirme sa divinité, et il accepte l'épreuve de ce rôle difficile par-devant l’ave-
nir. Le Bouddha ne se pose point en Dieu, mais en simple è
Le
. initiateur, destiné à délivrer les hommes par une nouvelle , méthode d’anéantissement. Le voyant de la Mecque pro- | clame que Dieu seuL est Dieu, et que Mahomet est son pro- phète. En un mot, nul révélateur n’a osé se placer sur les 4 autels et demander des adorations, les tyrans seuls étaient capables de cette folie. Mais Jésus-Christ prononce sa pro- 4 pre apothéose, et il exhibe des titres à l'appui. D'où il suit | que s’il n’est pas un Dieu, il est un criminel, et que s'il n’est pas adorable comme le saint des saints, il doit être
© (1) Strauss, t. LI, p. 779,
bafoué comme le plus orgueilleux, le plus égoïste, le plus ambitieux, le plus tyrannique, le plus abominable des hommes.
Admettons la nature divine en Jésus-Christ, tout ce qu'il dit de lui et tout ce qu’il exige de nous, tous les droits qu’il se donne et tous les devoirs qu’il nous impose, confirment sa perfection idéale; mais retranchons-lui la nature divine, à l'instant, il n’est plus qu’un personnage problématique, en qui il faut reconnaitre ou un charlatan, ou un fou, ou un malfaiteur. Que Jésus me pardonne ce blasphème par hypothèse, qui me heurte le cœur en éclairant ma raison ; ma foi démentira par ses adorations intimes toutes les injures que ma plume va tracer.
Oui, si Jésus-Christ n’est pas Dieu, il est un imposteur;: Car il assura positivement, et cent fois, en paroles et en actes, sa divinité. Il est un imposteur méprisable qui alléguait de faux miracles à l’appui de ses assertions, et qui, en corroborant ses mensonges par des jongleries, descendait jusqu’à ce dernier échelon de la dégradation dans l’imposture, le charlatanisme, Il est un imposteur inexcusable, Car il n’y à pas deux mesures dans la sincérité, quoi qu'on en dise, celle qui ne ment jamais et celle qui ment quelquefois, et, fût-il vrai qu'il n’a fait que subir sa réputation de thaumaturge sans la chercher, dès l’instant qu'il n’a pas protesté contre, il tombe des hauteurs de son Olympe sur des tréteaux de comédie: Eh bien! j'adjure ici le lecteur de me répondre, était-il capable d’unesi noire combinaison, ce sage des sages, ce type si éclatant de la candeur et de l'amour, qui sanctifia l'univers, qui pratiqua tant de verus, qui consomma tant de travaux, et qui scella ses vertus
En ce cas, si Jésus attestant faussement sa divinité n’est | pas un fourbe, il est un visionnaire, et un visionnaire d’au- Se tant plus extravagant, qu’il est pris de là folie la plus e folle, celle de se croire l’Étre suprême, et un visionnaire d'autant plus imprévoyant, qu’en inscrivant au bas de son œuvre la signature d’un Dieu, il se donne un personnage impossible à jouer, et se prépare l’inévitable confusion | dun échec ridiculisé par l'avenir, enfin, un visionnaire je d'autant plus aveugle, qu’il était fils de charpentier, né FF dans une étable, et qu’aspirer de si bas à l’usurpation d’une
à | tele couronne, C’est le comble de l’absurde dans l’impiété. Or, je le demande, quel homme de sens voudrait laisser ; cette tunique d’insensé sur les épaules du plus grand mora- liste, du plus sublime législateur et du plus illustre chef d’empire qui ait existé?
Il y a plus, si Jésus faisant le Dieu n’est pas un fou, il est
un malfaiteur, et un malfaiteur bien coupable contre le ciel, | caril prétend abolir le paganisme, et, en se faisant décerner + les honneurs divins, il l’éternise par une adroite transfor-
mation, et un malfaiteur non moins coupable contre l’hu-
| manité, puisqu'il va l’étendre sur une croix avec lui, la 4 jeter à ses genoux, la sacrifier à sa gloire et la torturer 4 jusqu’à la fin par les difficultés de son imitation. Que le . rationalisme sentimental du jour n’honore point comme un . sage un si cruel mystificateur! Non, il n’est point un sage, À celui qui trompa les martyrs et qui usurpa les adorations 4 du monde par des opérations magiques! Il n’y a que quatre
. jugements admissibles sur son compte, on l’a dit à satiété :
ou bien celui des Juifs qui le déclarent un charlatan, seduetor ille; ou bien celui d'Hérode qui le regarde comme un insensé, ou bien celui de l’antichristianisme qui le proscrit camme un malfaiteur, ou bien celui de saint Thomas qui le proclame son Seigneur et son Dieu !
Ne le saluez donc pas comme un Socrate nouveau devant qui la révérence est philosophique et la génufiexion superstitieuse : Jésus-Christ ne veut pas de ce sceptre de roseau. I n’y à point de milieu entre les quatre termes de l’argument : il faut opter pour le prestidigitateur, ou pour le fou, ou pour le malfaiteur, ou pour le Dieu, et, de par la raison, nous sommes mis en demeure, ou bien de dire avec Voltaire : Écrasons l'infâme, ou bien de crier avec la sœur dé. Lazare : Je crois, Seigneur, que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde (1).
Et, pour se dérober à cette conclusion, il faut aller frap= per plus loin que Jésus-Christ lui-même. Je comprends que l'on ait écrit : il n’y a point de Dieu dans le ciel si un homme a pu exécuter le dessein d’usurper son autorité sur toute la terre. Ceci est, en effet, la plus grande victoire remportée par l’impiété humaine contre Dieu. Après tout, les auteurs des fausses religions l’honorent, sous des formes diverses, sans se mettre à sa place; seul, Jésus a prononcé cette parole épouvantable : Je suis Dieu, et l’humauité s’est inclinée avec foi devant une telle prétention. Ce succès inouï est l'oppression la plus désespérante de la vérité, s’il n’en est pas le triomphe. Supposé que le christianisme ne soit pas la plus pure manifestation de Dieu, il
(1) Saint Jean, 11-27.
ous + venons 46 dire, le monde ee S 'est associé par des orations incompréhensibles aux mensonges, à 4 folie et x crimes du plus étrange des fondateurs.
LS mensonge dans l'Église et dans ses témoignages, dans les Apôtres qui la propagent, dans l’histoire qui la $ rtifie, dans les apologistes qui la défendent, dans les pon- à tifes qui la gouvernent, dans les temples qu’elle élève, dans les siècles qui lui obéissent,.
Folie dans la science, dans les traditions, dans le génie et dans les chefs-d’œuvre de l’ère chrétienne. Scélératesse dans le monde converti et civilisé, dans k D amis et la société régénérées, dans les vertus de notre Dore enfin, partout où il y a un homme qui prêche Jésus et un homme qui écoute, un consolateur qui montre bla croix et un malheureux qui meurt en l’embrassant. - Voilà une démonstration par l'absurde qui vous somme de lui répondre. Vous venez de voir ce que devient Jésus, ce que devient le monde, ce que vous devenez vous-mêmes, ce que devient Dieu, enfin, par les contre-coups de votre À négation. Adorez un Dieu en Jésus-Christ, et tout s’éclaircit dans l'histoire moderne; mais supprimez ce même Dieu, rien ne s'explique sans un calcul de perversité de sa part 1 appuyé sur des complicités tellement inadmissibles que, si vous êtes capable de croire à cette impossibilité plutôt qu’à
1 la divinité de Jésus-Christ, il faut prier pour vous, non
plus chercher à vous convaincre.
Il est un cinquième attribut de Jésus-Christ par lequel il apparaît plus surhumain que jamais, l’amour. Ce mot profané, mais non profane, comme on l’a dit. n’exprime pas seulement un aspect du divin Maitre, il le résume, si j'en juge d’après cette parole de Dieu peint par lui-même : Dieu est charité (1). à
Il y a, dans les émanations d’un cœur sublime, un charme pénétrant qui donne de la suavité à la parole de l’homme, de l'onction à son intimité, de l’amabilité à ses traits; qui projette quelque chose du bon Dieu sur le front des enfants de la terre, et qui se fait suivre avec un respectueux amour à l’odeur de son parfum. Aucun mortel n’a exercé, autant que Jésus, l'empire de cette fascination. Bagavath eut toutes les séductions d’un enfant royal, beau, vertueux et doux, mais il fut plus inoffensif qu'aimant. Quant au prophète arabe, dominateur cruel et vindicatif, on ne peut le rappeler, à propos de saintes tendresses, que comme le repoussant exemple d’une àme qui ne les connut pas. El, au contraire, pourquoi lorsque la face adorée de Jésus m’apparaît, ce doux tressaillement qui mouille subitement mon regard, qui agite mon cœur éperdu, qui me jette dans le sacrifice pour lui complaire, et qui me fait quelquefois désirer de mourir pour lui ressembler?
(1) Saint Jean, 4-8,
sse comme du a sur mes lèvres a comme une caresse ciel sur mon âme fatiguée ? Ce prestige du Sauveur n’est Pas un rayonnement de ses autres grandeurs surhumaïnes; k il est la douce exhalaison d’un cœur où battaient des tendresses infinies. Oui, ce nimbe à part qui baigne la sainte image et cette attraction indéfinissable qui en descend, ne ont que les reflets d’un amour divin répandu sur un front : adorable, en lui faisant une ‘auréole de la sainte dilection dont nous étions l’objet.
On a fait observer que, chez tous les grands fondateurs, Ja force de la pensée dévore le sentiment, et que la vie concentrée, aspirée dans la tête, se retire lentement du cœur. Jésus est à la fois le plus profond des fondateurs et le plus tendre des mortels. Si tendre, que son cœur fut une noueauté encore plus surprenante pour le monde que sa moe, et que la plus grande révolution dont il ait gratifié la rre est dans ce mot : Charité! Le paganisme n’avait A amais demandé que l’on aimàt ses dieux; il suffisait de les ‘craindre pour leur être agréable. Jésus, le premier, à in-
"oduit l'amour dans les rapports entre le ciel et la terre. x yeux du paganisme, il y avait des maîtres et des escla- , des plébéiens et des patriciens ; aux yeux de Jésus, il ve
n’y à que des âmes. Eh! qui pourrait compter les amours sublimes qu’enfantera la proclamation d’une telle égalité ?
mour des captifs, amour des lépreux, amour des pauvres,
imour des pécheurs, amour des ennemis, amour des âmes,
338 JÉSUS-CHRIST Es
en un mot, sous les traits de toutes le dégradations et de toutes” les faiblesses, de toutes les races et de toutes les nations, ce « fut là le trait le plus neuf de la révélation de Jésus. : Je pourrais ajouter le plus divin, parce qu’il était à Ia fois le plus nécessaire et le plus impossible à la misère | humaine. Non, il n’était pas seulement un homme, celui ” qui unit en lui ces deux extrêmes naturellement incompa- k tibles : la vigueur du plus fier génie et la sensibilité d’une femme, des préoccupations de conquérant et la candeur naïve d’un enfant. Voyez-le passer, des portiques du temple, Ë en Béthanie; naguère il méditait sur les bases de l’empire: % universel, maintenant il pleure sur la tombe de son ami qui n’est plus. Malheur à qui, en lisant l'Évangile, n’a pas senti quelque chose de cette touchante démonstration. Retour ineffable du prodigue au foyer paternel, doux souvenir de la Samaritaine et de la Chananéenne, et la béatitude de ceux qui pleurent, et le pardon de Madeleine, et les petits enfants caressés, et les larmes sur Jérusalem infidèle, et la prière pour les bourreaux qui ne savent pas ce qu’ils font! Impérissables souvenirs d’une sensibilité surhumaine, ce sont là, pour moi, des manifestations de Dieu non moins certaines que les éclairs du Sinaï. Aussi, quand on veut courber de-. vant la divinité de Jésus les superbes de cette terre, aux uns il faut dire comment il enseignait, aux autres comment
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il vécut et il mourut, aux autres comment il ressuscita ; M mais, à mes yeux, son-Cœur est le plus grand de ses mira= cles, et, pour adorer, il me suffit de me rappeler comment il aimait.
Cette thèse est encore plus décisive quand on la retourne
et le, nier ; si, comme la vérité qui constitue sa divine nce, il est l'être le plus haï de ce monde, il est aussi le affectionné. Tandis que les pères sont quelquefois morts cœur de leur postérité avant que de cesser de vivre ; tanque l’agonie des grands potentats est abandonnée avant eur dernier soupir; enfin, tandis que les souvenirs du œur se renouvellent en nous presque chaque année, comme fleurs de la saison, et que nous sommes si malheureux : ans l’ordre du sentiment, a-t-on dit, que nous n'avons pas
me le pouvoir de l'être longtemps, il y a un Crucifé, mort |
puis dix-huit cents ans, dont la tombe est encore visitée. Europe s’est levée sept fois, en brandissant des millions e glaives, pour reconquérir la froide pierre où il fut enseeli; la catholicité s’agenouille avec respect sur tous les eux qu'il foula, depuis Jérusalem jusqu'au fond de la marie ; des fils font pleurer leur mère pour aller se faire sur la parole de Jésus, à l’autre extrémité de l’uni-
" ; les rois, comme les plus humbles chrétiens, se prosrnent jusqu’à terre pour effleurer de leurs lèvres la plante glante de ses pieds’; on meurt pour lui dans les cloitres, meurt sur les échafauds, on meurt dans les déserts ; on contemple jusqu’à l’extase, on le respecte jusqu’à l’adoraon, on l’aime jusqu’à la folie; enfin, il est le père des maleureux qui se résignent, le dernier cri des saints qui pirent, la passion immortelle d’une humanité qui n’est ni capable de se passer d'amour, ni capable d’aimer. longtemps le même objet; voila la mesure surhumaine des
fections qu’il inspire |
l’homme prononce la main sur le cœur. Il était la meilleure preuve pour l'esprit de Napoléon Ier, car, frappé de cette pensée à Sainte-Hélène, le grand capitaine en tira une sublime conclusion. Du haut de son mélancolique rocher, promenant un regard vaste sur l’histoire, il se désolait de voir le peu d’amour qui suivait les grands hommes au-delà de la mort. Il 4 prenait, sous ce rapport, la mesure de l’humanité en Alexandre, en César, en Annibal, en lui-même, puis il l’appliquait à notre divin fondateur, et, après en avoir constaté la différence, il s’écriait avec un accent fatidique : « O Bertrand! je me connais en hommes, et je t’assure que Jésus-Christ était Dieu. » Cet acte de foi, rapporté à l’Europe sceptique d’une telle couche de mort, est un des plus éclatants témoignages qui puissent s’imposer à la raison. Comme en écoutant de tels accents on se sent pris de pitié pour les savants fourvoyés, capables d'écrire : « Toutes ces prétendues dé- « monstrations de la divinité du Christ pourraient s’appli- « quer à d’autres personnages, par exemple, au Bouddha « Cakiamouni (1). » Un seul malheur égale à nos yeux celui d’avoir écrit une pareille contre-vérité, c'est celui de mourir avant d'en avoir reconnu la révoltante injustice et la suprême inconvenance.
Enfin, Jésus-Christ est encore surhumain dans sa constitution. Rien de plus facile à inventer qu’un personnage de
() E. Burnouf, Science des religions.
D oman, parce que, si tous les hommes sont différents, is
He
issi se ressemblent, et qu'avec beaucoup de traits com- !
uns, il est aisé de composer un visage qui ne l’est pas.
Mais Jésus-Christ est un type tellement inimag inable que, ur être peint, nécessairement il à dù poser tel que nous de voyons, parce que l'inventeur de son histoire en serait plus étonnant que le héros. Cette fusion de deux natures
dans une même personne, se soutenant d’un bout à l’autre
de l'Évangile, non-seulement dans les assertions doctrinales,
ais dans les actes de Jésus; cette alliance de Dieu et de
l'homme se développant à travers une vie compliquée, sans si que jamais le Dieu et l’homme s’absorbent ou se démentent à . mutuellement, tout cela constitue une création évidemment . surhumaine. L'esprit était si peu capable de la composer avant de la voir, qu’il y croit avec peine même après l'avoir
. vue. Et, cependant, la raison est obligée de reconnaître par- ? faitement conforme à ses exigences logiques ce qui ne l'est . point à ses instincts, car les harmonies du mystère de l’In- . carnation l’enchantent, tandis que le mode de ce mystère la déconcerte.
Heureusement, ce qu elle n’en comprend pas, c’est-à-dire 3 constitution de Jésus-Christ, lui apparaît aussi divin que ce qu’elle en comprend, c'est-à-dire les causes et l’opportuon té de l’avénement de Jésus-Christ. Le portrait de l’'Homme- | Dieu, selon l'Évangile, en effet, renferme dans sa sublime originalité une véritatable apologie. Il est trop humaïnement nvraisemblable pour n’être pas divinement vrai. Remarquez le parallélisme tout à fait au-dessus de nature de ces deux vies, dans une même vie, tel qu’il ressort du texte | sacré.
Saint Luc et saint Matthieu nomment les ancêtres de Jésus selon la chair, à travers une suite de soixante-dix sept générations, depuis les derniers princes de Juda jusqu'a Zorobabel, jusqu’à David, jusqu’à Adam, jusqu’à Dieu : c’est la génération du Fils de l'Homme. Saint Jean s'’écrie : Aw commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le
Verbe était Dieu, et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi «
nous (1)! C’est la génération du Fils de Dieu.
Jésus vient au monde dans une étable, sujet à la douleur, à l'humiliation et à la pauvreté: c'était la naissance de l'homme; mais les Anges chantent sur son berceau, les astres le signalent, les bergers de la plaine et les rois de l'Orient y portent leurs adorations, enfin l'univers s’ébranle à cette apparition : c'était l’avénement d’un Dieu.
Jésus, menacé par l'ambition ombrageuse d'Hérode, s’enfuit dans cette terre d'Égypte qui servit de refuge à Jacob, son aïeul : c'était l’exil de l’homme; mais, selon la tradition, le faux dieux tremble et la statue de Jupiter-Cassins se brise à son approche : voilà le passage de Dieu.
Jésus croît en àge et en sagesse, dans le travail et dans l'obscurité comme tous les autres enfants de Nazareth : c'était l'éducation progressive de l’homme ; mais il va célébrer la Pâque à Jérusalem, il se mêle aux docteurs dans le temple, et il les étonne par les éclairs incomparables de sa parole : voilà la science inapprise de Dieu.
Marie, l'ayant perdu au milieu de la foule, s’écrie en le revoyant : Mon Fils, pourquoi en agissex-vous ainsi envers nous ? Votre père et moi nous vous avons cherché dans la dou-
(1) Saint Jean, 1-1,
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. C'était un a reproche à à l'adresse de l'homme. Jésus
Le temps de sa vie piitiie étant arrivé, Jésus te (E
atelier de Nazareth, il se mêle à la foule repentante, ii
de l’homme. Mais les cieux s'ouvrent, le Père céleste dit : elui-ci est mon Fils bien-aimé, le Saint-Esprit descend sous la forme d’une colombe, en un mot, toute la Trinité se anifeste : voilà la gloire de Dieu. ; Jésus passe au désert, il voit Satan s’approcher de lui et 1 se soumet à la tentation comme tous les hommes; mais, d'un mot, il met le tentateur en fuite, et les bons Anges des- - cendent du ciel pour le servir comme il convenait à la majesté d’un Dieu.
Jésus n’a pas une pierre où reposer sa tête, il souffre la Run et la soif, le jeûne l’épuise, la fatigue Pabat, la tristesse à le désole, la perte de ses amis le fait pleurer : © ’était la senibilité de la nature humaine ; mais il nourrit des multitudes avec cinT pains et quelques poissons, il commande aux éléments, il guérit les malades, et il sèche les larmes des mal- É Las c’est une manifestation de la nature divine. __ Jésus a prêché, les pharisiens veulent le tuer, il se cache | pour éviter leurs coups : c'était la faiblesse de l’homme ; Jésus reparaît, les pharisiens le pressent de condamner la 4 femme adultère, illes met en fuite par quelques signes écrits sur la poussière : voilà la force de Dieu.
Voyez-vous ce supplicié qui tombe épuisé de fatigue sous
(1) Saint Luc, 2-48.
(2) Ivid., 2-49, "
les verges du prétoire, c’est le Fils de l'Homme. Voyez-vous ce sublime transfiguré qui rayonne dans les splendeurs du Thabor, c’est le Fils de Dieu. Voyez-vous.çet agonisant qui est abandonné par ses amis, et qui ne peut les tirer de leur sommeil, quand il va mourir pour eux, c’est le Fils de l'Homme. Voyez-vous ce prophète qui annonce que l’heure de la puissance des ténèbree est venue et que celui qui va le trahir est proche, c’est le Fils de Dieu. Quelle est cette victime prosternée dans la poussière de Gethsémani en criant : Mon Père, que ce calice s'éloigne (1) ? C’est le Fils de l'Homme. Quel est ce sacrificateur qui se relève, et qui, d’un mot, terrasse ses ennemis avant de se laisser lier, pour bien montrer qu’il est le maître de ceux dont il va être le jouet ? C'est le Fils.de Dieu. Enfin, contemplez ce condamné qui est traîné de tribunal en tribunal et qui a été interrogé, renié et jugé comme un malfaiteur, c’est le Fils de l'Homme. Contemplez ce patient qui guérit l'oreille de Malchus, qui menace Caïphe, dont le souvenir inspire à Judas des remords désespérés, et dont l’image, suspendue dans tous les prétoires de la chrétienté, fera trembler jusqu’à la fin les juges prévaricateurs : c’est le Fils de Dieu.
Et puis, Jésus exhale ses derniers soupirs en disant: Mon père, pourquoi m'avez-vous abandonné (2)? c'était la détresse de l’homme. Mais il ne meurt que parce qu’il l’a voulu, c'était la souveraineté d’un Dieu. IL meurt, et il est enseveli comme on fait de la dépouille des hommes; mais le soleil s’éclipse, les rochers se fendent, les tombeaux s’entrouvent : c’est le deuil de la mort d’un Dieu. Il meurt, et son corps
(1) Saint Matth., 26-39, (2) Saint Matth. 27-46,
gardé cie des soldats, et son sépulcre est marqué dun < ceau public pour qu’il conste que c’est réellement le cada= | vre d'un homme; mais le troisième jour, ni Pierre, ni
Madeleine, ni Jean ne le trouvent pas dans le roc oùilétait 3 déposé, et les disciples d'Emmaüs le reconnaissent à la frac- | tion du pain : c'était la résurrection d’un Dieu. Enfin, pen. À dant plus d’un mois, Thomas et beaucoup d’autres peuvent le voir, l’approcher et mettre la main dans ses blessures, 4 pour se bien convaincre de l'identité de l’homme. Mais le
; jour de l’Ascension, il réunit ses Apôtres et soixante-douze disciples sur la montagne des Oliviers, et il monte au ciel en leur présence pour leur prouver qu’il est un Dieu à jamais Lg: : :
impassible et glorieux. | PF Le voilà, ce type multiple de Jésus-Christ, ne Sont * être expliqué ni par l’homme seul, ni par le Dieu seul, et dans lequel Dieu et l'homme sont tellement entrelacés,
qu ’on ne peut les séparer sans anéantir la personnalité qui Le # : à es unit, et mettre l’absurde à la place du mystère (1).
Le voilà, et à côté de ce vrai portrait, plaçons les christs
- de convention imaginés par l’hérésie ou par nos écrivains 4 1 d’idylles orientales! Pour apprécier combien le premier est divin, il suffit de constater combien ceux de création hu- maine sont impossibles. Arius, le premier, nia la consubs- tantialité, et, partant, la divinité du Verbe; mais les saints 1 confesseurs de Nicée, une main sur la double histoire que
4 nous venons de résumer, une autre sur leurs cicatrices, . s'écrient : C’est pour l’'Homme-Dieu que nous avons souf-
- (1) Voyez les Conférences remarquables de M. l'abbé Besson sur . l'Homme-Dicu,
fert, c'est un Homme-Dieu que nous confessons, et ce fut = fait du premier faux portrait de Jésus-Christ. Nestorius parait ensuite qui, dédoublant le Christ en deux personnes, mettait en Jésus un Dieu et un homme au lieu d’un Homme-Dieu; mais l'Église, troublée à la vue de ce Dieu qui, n'étant pas un homme, ne pouvait satisfaire pour nous, et de cet homme qui, n'étant pas Dieu, ne pouvait nous le concilier, ne voulut pas être frustrée des bonheurs de sa rédemption, et elle se leva, avec saint Cyrille, avec le concile d’Éphèse et tout l'Orient, avec le pape saint Célestin, avec le concile de Rome et tout l'Occident, pour crier anathème au deuxième faux portrait de Jésus-Christ. L'auteur du troisième fut Eutichès ; il détruisait en Jésus la nature humaine; mais, en présence de ce Christ qui ne saurait humainement souffrir, puisqu'il n’a que l'apparence de l’homme, et qui ne peut consoler, puisqu'il n’a pas souffert, le monde chrétien répondit : Un rédempteur pleurant dans la même nature que moi, voilà celui qui doit être le mien, et les Pères de Chalcédoine repoussèrent le troisième faux portrait de Jésus-Christ. Enfin, d'Eutichès à Sergius, et de celui-ci à Socin, l’hérésie s’épuise en falsifications sans imaginer un Christ capable d'effacer l'Homme-Dieu des pages évangéliques. : :
Après l’hérésie, la philosophie a voulu avoir son Christ, et n’a pu réussir à le rendre philosophique. Le premier portrait qu’elle à signé est de Voltaire. Vous savez combien le monde s'est indigné de cette criminelle altération de la ressemblance divine, et l’épithète d’infime, mise au bas d'une telle figure, ne pouvant s’y appliquer, s’en est déta- Chée pour retomber sur le front de son auteur. Le deuxième
r en Jésus un être purement imaginaire, et il se risque qu'à nier même sa réalité historique; absurdité tellesent discréditée, qu'on ne la cite plus que pour mémoire. Le troisième portrait est de Strauss et de Salvador. Il eprésente la vie de Jésus, non comme une fable, mais comme un mythe, c'est-à-dire comme un souvenir vaporeux, moitié vrai, moitié faux, tenant le milieu entre la fable et l’histoire, et donnant à Jésus une existence problématique comme celle d'Hercule et de Linus. Devant cet pue de fausse érudition, la raison européenne à Los d’abord avec curiosité, mais s’est détournée bientôt avec dédain, parce qu'en appliquant le même système de | | critique à tous les événements du passé, l'histoire entière peut être anéantie. Enfin, nous avons vu naguère le der- 4 nier portrait du même original, Ce n est plus Jésus défiguré VE : par les savants, c'est Jésus travesti par les romanciers. + Un artiste sacrilége s'est rencontré, pour faire de la vie ; : de l'Homme-Dieu un drame en trois actes que l’on pourrait J intituler : La pastorale, la comédie, la tragédie. La pastorale
se passe à Bethléem et à Nazareth, la comédie durant la vie
publique de Jésus, la tragédie au Calvaire. Œuvre dé faus- É saire s’il en fut jamais, car la pastorale de ce nouvel évan- EE est un morceau de fantaisie littéraire; la comédie ne dut pas être jouée, parce qu elle était impossible, et on peut dire que la tragédie eût été légitime, si la comédie eût été : vraie. Oui, la comédie était impossible, car les miracles du 3 Sauveur ne sont nullement explicables par la puissance - attribuée au contact et au sourire d'une personne exquise (1).
, (1) Renan, Vie de Jésus.
Que les délicats du criticisme essayent du traitement des sourires sur les aveugles de naissance, et des contacts les plus exquis sur les cadavres en décomposition; nous les attendons à l'épreuve. Enfin, j'ose répéter que la tragédie eût été légitime si la comédie eût été vraie: car, supposé que Jésus soit un fourbe qui en impose et qui agite par de faux prodiges, Judas a bien fait de le livrer, Caïphe et Hérode ont bien fait de le traduire, Pilate a bien fait de le sacrifier, les Juifs ont bien fait de s’en délivrer, tous les bourreaux de la Passion ont bien fait de le frapper, et le seul criminel véritable qui apparaisse dans les annales du déicide, c’est ce Dieu lui-même, faussement adoré par l’univers comme le modèle, l'espoir et le vengeur suprême des innocents.
Ainsi, de tous les portraits de Jésus-Christ, il n’y en a pas un seul qui s'impose à la raison, en dehors du véritable. Or, le véritable est trop surhumain pour être de Composition humaine, trop surhumain surtout pour que quatre historiens, ayant à le peindre séparément, se soient rencontrés dans son identité, trait pour trait, sans inspiration surhumaine. Conclusion douce et féconde dans laquelle mon àme trouve une évidence de raison et une évidence de foi, et adore simultanément la divinité de son Christ et celle des Évangiles.
Je serai bien payé de mes eftorts si, au terme de cette étude, un seul lecteur incrédule au Dieu que je viens de démontrer, l'adore avec l'ivresse incomparable de l’aveugle-né, quand ses yeux, s’ouvrant à une double lumière, découvrirent à la fois les traits de Jésus et sa divinité. C’est un bonheur profond de sentir battre son cœur devant
es Re à saint moe cette bouche suave dont les roles font la consolation et la sagesse des siècles, ces ains dont les bénédictions étaient aimées des petits en- fants, ces pieds si souvent fatigués à la poursuite des brebis errantes d'Israël, ces bras, enfin, si largement étendus sur | le monde pour ne laisser échapper aucune misère aux étreintes de la miséricorde! 2 1 Ily a, dans cette adoration, la solution de beaucoup de problèmes; il y a la réponse à beaucoup de douleurs. Un a acte de foi renferme l’abrégé des consolations; il ren-
- ferme aussi la somme des preuves. Malheureusement, je
sens, en terminant, le bégaiement de saint Paul à mes lèvres; car, de Jésus, on n’a jamais dit tout ce qu’il y avait 4 à dire, parce que, même quand l'esprit a fini, le cœur vou- | drait recommencer. :
C’est que « quand on a à parler de Jésus-Christ, on entre Bis une sorte de serrement involontaire, écrivait Saintecuve en 1840. On craint, dès qu’on ne le prononce pas à - genoux et en l’adorant, de profaner, rien qu’à le répéter, ce nom ineffable et pour qui le plus profond même des 4 respects pourrait encore être un blasphème (1). » | Sans doute, le même homme a renié, depuis, Jésus-Christ | pour l'éclat scandaleux d’une popularité posthume et mal- | saine; mais la seconde moitié de sa vie est justiciable de cette parole de la première : « Ceux qui nient absolument
| Jésus-Christ en portent la peine. Prenez les plus grands des
(1) Histoire de Port-Royal.
bien, dans l'esprit ou dans le cœur, il lui a pe quelq chose (1). » L'auteur de la citation est donc un exemple plus à mettre sur cette liste d’incomplets.
() Zbid.