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nement parfait, on est obligé de le considérer comme un être humainement méprisable. Il la dépasse par les amours surnaturels qu’il a ressentis et révélés, et par ceux qu’il a inspirés. Il la dépasse, enfin, par une constitution où Dieu et l’homme s’associent dans des conditions telles, que jamais l’homme n'eût conçu une telle figure si Dieu ne l’eût exé-
cutée. Donc, placer d’autres fondateurs à côté de celui-ci,
quelque soin que l’on prenne d’assourdir les blasphèmes pour ne point choquer, c’est immoler à ses préjugés le sens commun et l’histoire. Après avoir comparé les religions positives dans leurs preuves intrinsèques et dans leurs fondateurs, tàchons de les discerner d’après leurs effets sociaux.
Si l’homme a besoin de la vérité, il faut convenir qu’il a des affections désordonnées pour le mensonge; surtout quand le mensonge est un paradoxe brillant, capable de mettre en relief le talent de son auteur. De nos jours, en particulier , les crimes intellectuels que la monomanie de la nouveauté fait commettre sont innombrables , et les philosophes, comme les littérateurs, affirment tout, même l'absurde, pour l'amour de l'originalité.
Entre les injustices inspirées par le goût des points de vue inconnus, une des plus révoltantes est celle qui conteste au christianisme les bienfaits de l’êre chrétienne. Présenter la civilisation moderne comme une efflorescence de la raison humaine parvenue à maturité sans l'Évangile, ou, peut-être même, malgré l'Évangile : déclarer à Jésus- Christ, au terme de dix-huit siècles éclairés et formés par Sa parole, qu’on.ne lui doit rien que des préjugés et les retards du progrès, au lieu du progrès lui-même, c’est
e de l'antichristianisme.
our bien apprécier ce que l’Europe doit à REvane ik”
audrait pouvoir le lui ôter tout en tier, et la voir telle que
eût faite la raison abandonnée : à elle-même. Cette abstrac- ë
ion ne peut être facilement conçue, car nous sommes telle- ment imprégnés de christianisme que nous en mettons, mème dans nos objections antichrétiennes. Il ne nous est onc pas possible de savoir combien nous serions malheuux, si nous n’étions pas chrétiens. Cependant, à défaut e mesure rigoureuse, donnons-nous une idée approxima=
tive de la dette que nous avons contractée envers le sublime
uteur de l'Évangile.
Trois choses représentent, au sein du monde moderne,
s pivots de l’ordre universel, et ces trois choses sont ce
v'il y a de mieux établi dans la foi même de ceux qui ne croient pas : la propriété, la famille, la société. Eh bien! : “interpelle les adorateurs fervents de ces trois institutions, et les somme de me dire comment ils pourront en faire une vérité certaine, si le christianisme, qui leur sert de base, est incertain. En sorte que, professer ces trois cultes à la mode et ne pas s’incliner devant notre Christ, est une
conséquence sans cœur, Car les bienfaits dérivant évi-
emment de Jésus, pourquoi ne pas les lui rapporter ? Et
s bienfaits étant divins, pourquoi leur auteur ne le
erait-il pas ?
Quand j'ai visité Rome, un contraste m'a vivement frappé. En rapprochant les ruines chrétiennes des ruines païennes, je me disais : Voilà deux mondes qui sont séparés
par des abimes et qui ne comptent cependant, entre eux, qu'une journée d'intervalle. Historiquement, ils se touchent; sous le rapport des idées, ils sont plutôt le renversement que là continuation l’un de l’autre. Allons au Palatin demander ce qu’il faut penser de la propriété, de la famille, de la société, et retenons la réponse; de là, passons aux catacombes pour adresser la même question aux pontifes chrétiens; et, en recevant des solutions si opposées, nous ne pourrons nous empêcher de conclure, qu'entre ces doctrines, la différence est trop radicale et la transition trop brusque pour que l'esprit humain aït pu seul accomplir un pareil trajet instantanément. L'esprit, en effet, ne va pas de l’un à l’autre de ces points, sans faire des stations intermédiaires , et s’il a franchi en un jour des espaces humaine-"
ment infranchissables, c'est la preuve qu'il a été divinement porté.
Point de Christ, point de propriété solidement constituée, au moins chez les peuples chrétiens. La raison humaine, après avoir établi l'esclavage dans l'antiquité, tend aujourd'hui, par une réaction extrême contre elle-même, à proclamer l'égalité absolue. Cependant, la propriété nécessite, comme conséquences pratiques, l'inégalité des fortunes et. des conditions. Aussi, de nos jours, l'égalité mine les fondements de la propriété partout où le christianisme ne sert pas de contre-poids à la première, et de sauvegarde à la
sitions : Jésus- Christ n’est pas Hus et la ain da La à vol. | LE GROS k La propriété, en effet, n’a que deux bases dans les théo= ;:
ries des penseurs qui organisent le monde sans Dieu. Les xt uns allèguent, à l’appui de leur possession, l’autorité de Fe ÿ
% nature : quand l’homme a un vrai besoin de quelque chose,
É disent-ils, ce besoin est son droit ; or, l'homme a un vrai.
: besoin de la propriété ; la conséquence va de soi. Voici la
# réponse effrayante de l'ennemi à cet argument fondamen- 2 Le tal : Ce qui légitime votre possession, c’est qu’elle est un besoin de la nature. Vous convenez donc qu’ils viventcon- + tre le vœu de la nature ceux qui ne possèdent rien. Vous | x dites : La propriété est un besoin de l’homme, donc je garde à k
ce que j'ai; je réponds: La propriété est un besoin de à Thomme, donc je réclame ma part. En conséquence, péris= $ sent les lois qui consacrent de telles inégalités, périsse là société qui consacre de telles lois, périssent, s’il le faut, les défenseurs de cette société et de ces lois, et que le cadastre
des nations soit remanié; jusqu’à ce que le besoin de ceux
qui regorgent n’insulte plus au besoin de ceux qui souffrent
lafaim! 6 |