‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 60 sur 121 · PAR EE · texte numérisé non relu

PAR EE

sauvegarde. Seul, il peut dire aux passions cupides : C’est moi qui suis le propriétaire unique, universel; les Cieux, la terre, les mers m’appartiennent, et j'en octroie la possession à qui je veux : Domini est terra et plenitudo ejus (1). Or, quand j’établis une société quelque part, je lui cède l’administration de mes biens, et quand, par la force des temps et des coutumes, les portions ont été fixées, je couvre ces contrats de ma signature, ces droits de mon droit suprême, et, assis sur la lisière de chaque domaine, je défends à la convoitise d'y toucher, même par le désir.

Et que le pauvre ne s’insurge pas contre un partage qui lui impose des sacrifices. Ce désordre apparent concourt à un ordre sublime. Avec des pauvres, Dieu forme des saints, Il fait des malheureux de ce monde les privilégiés d’une meilleure patrie, et, grâce à ces compensations, toutes les inégalités sont effacées parmi les chrétiens; car, pour eux, la vie est comine un drame en deux actes : ceux qui sont en larmes au premier peuvent être rois au second. Les déshérités de la terre ressemblent à ces colons d’outre-mer qui ne possèdent rien dans notre hémisphère, mais qui ont des millions dans un autre. Donc, ils ne comptent pas au nombre des pauvres, les pauvres qui sont propriétaires du royaume des cieux : Beali pauperes, quoniam ipsorum est regnum cœlorum (2)!

Seul, ce principe garde efficacement les palais et les trésors de l’opulence, et seul le christianisme peut le poser. Il faut donc consentir à recevoir ses biens du Maître de toutes choses, qui confère des droits immuables comme lui-même,

(1) Ps. 23-1.

(2) Saint Matth. 5-3.

ou d’un État qui peut, à chaque instant, reprendre ce qu’il donne. Il n’y à, à l’origine, que deux grands propriétaires admissibles : Dieu ou le délégué du suffrage universel, et chacun doit se reconnaitre le tenancier du second ou du premier. Voilà pourquoi on a eu raison d'écrire que, pour croire à la propriété sans croire en Dieu, il faut être propriétaire. Il est logique et moral qu'aucun maître, sur la terre, ne reste en possession quand le Maître de toutes choses est dépossédé.

Et maintenant, que le libre-penseur réponde nettement : À quel titre aime-t-il mieux tenir son champ, et quelle garantie lui parait la plus sûre, ou la loi qui dit : Tu ne désireras pas la maison de ton prochain, ni son bœuf, ni sa terre, ni aucune chose qui lui appartienne (1), ou les utopies de Raynal, de Babeuf et de l’école socialiste? Qu'on ne m'objecte pas que la propriété n’est point un apanage exclusif des sociétés chrétiennes, cela est vrai; mais en dehors de ces sociétés, elle s'appuie sur les principes religieux ou philosophiques de chaque pays. Or, chez nous, on a éliminé le droit religieux comme fondement de la propriété, de son côté notre droit philosophique la sape au lieu de la défendre, d’où il suit que l'édifice social est littéralement mis en l’air par nos négations, et que si elles font le tour du monde, il n’y a point de raison pour que le monde actuel ne disparaisse pas dans un immense écroulement.

Oui, j'en atteste, non-seulement la logique spéculative, mais l’enseignement des plus mauvais temps de l’histoire, le jour où Les dieux s’en iront, les propriétaires seront bien

(1) Æxode, 20-17.

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près de partir. Donc, pouvons-nous dire aux penseurs antichrétiens : Elle est aussi vraie que vos droits les plus sacrés, cette vérité qui leur sert de sauvegarde indispensable. Elle n’a pas ses racines dans les profondeurs d’une

72 . - Le . l métaphysique sans application, cette foi que vous ne pou-

vez nier sans exposer vos enfants à être chassés, par vos propres principes, du toit que vous avez bâti. Enfin, vous êtes coupables contre la raison et contre la loi morale, vous qui avez de la dévotion au septième commandement parce qu'il protége vos droits, et qui méprisez le reste du christianisme parce qu’il vous impose des devoirs.

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Point de Christ, point de propriété; ajoutons avec plus de raison encore, point de Christ, point de famille. Les bienfaits du christianisme sont comme ceux de la nature, si permanents et si multipliés, qu’ils ont cessé de nous étonner. Les bienfaits de l’ordre domestique, en particulier, sont ceux que l’homme conteste le plus volontiers à Dieu pour se les attribuer. Il aime à regarder ses bonheurs intimes comme l’ouvrage de son cœur, non comme un présent du ciel, soit pour honorer son cœur, soit pour le dispenser de la gratitude envers le ciel. Coupable illusion! En voulezvous la preuve?

Quand vous vous reposez à votre foyer, entre cette compagne que la tendresse suspend à votre regard et ces petits enfants qui caressent vos cheveux déjà blancs, vous croyez

que la nature toute seule à fait éclore et serré cette socièté de pieux amours? Vous vous trompez. C'était bien la même nature avant le Christianisme, et, cependant, alors le père exerçait le droit de vie et de mort sur ces enfants dont le souvenir fait battre votre cœur, et cette femme, qui trône, chez vous, comme une souveraine, était assimilée aux esclaves dans la maison antique. C'était bien la même nature après PIncarnation, et, cependant, aucune négation antichrétienne n’a pu toucher à la famille sans en briser les liens. Regardez à l’œuvre la religion de Mahomet, elle rem= place le foyer domestique par le harem; un sanctuaire d'honneur où chacun consacre sa dignité dans le sacrifice, par un bazar immonde où le despotisme vient choisir des voluptés sans cœur; enfin, l'amour sacré des femmes chrétiennes, par une passion tremblante et humiliée sous la garde du cimeterre. Voyez à l’œuvre la négation du dixhuitième siècle. Le philosophe le plus sentimental de cette époque envoyait, très-paternellement, ses enfants mourir à l'hôpital. Il estimait que les relations, entre les mères et les fils, devaient durer, comme dans l'espèce des quadrupèdes, le temps de l'allaitement, et il déliait l’homme de tout devoir de reconnaissance envers ses aïeux, sous prétexte que ceux-ci ne l’ayant appelé à la vie que par attrait, ne pou= vaient revendiquer le salaire d’un acte d’égoïsme. Enfin, voyez à l’œuvre la négation du dix-neuvième siècle : elle substitue d’impures associations à la chaste union de deux âmes ; le phalanstère à la monogamie bénie par l'Évangile, et quand on a reproché à ces demeurants de l’épicuréisme d’assimiler le genre humain à la bête, ils ont répondu, qu'entre l’un et l’autre, 44 n' y a d'autre différence que l'habit,

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Telle fut la solution des plus hardis: quelle est celle des modérés? Ils remplacent la promiscuité par le divorce, sorte de polygamie hypocrite, qui, en ôtant au mariage son caractère le plus vénérable, l’indissolubilité, le transforme en un bail révocable à volonté, et sacrifie ainsi une postérité aux caprices de deux ancêtres inconstants.

Donc, ce n’est ni le cœur, ni le progrès intellectuel, ni une inspiration quelconque de la nature qui a formé la vraie famille, Quelle est son origine, et d’où vient la force de cohésion qui en cimente les liens ?

Un jour, la foule avait suivi Jésus jusqu’au-delà du Jourdain, attirée par la puissante séduction de ses discours. Les pharisiens interrogèrent le divin Maître sur le mariage,

* dans l'intention de lui tendre des piéges, et il leur répondit:

L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils seront deux dans une même chair, et ce que Dieu a uni l’homme ne devra plus le séparer (1). Voilà le fiat créateur d’où est éclose la famille! Voilà les accents souverains qui éveillèrent, dans le cœur humain, la nouveauté sublime des amours indissolubles ! Enfin , Voilà pourquoi le père, la mère, l'enfant, cette trinité touchante du foyer, entrelacent aujourd’hui leurs bras et leurs destinées, avec une tendresse qui ne comprend pas l’état du monde, quand ils habitaient ensemble sans pouvoir promettre le lendemain à leur amour.

Lecteur, qui êtes chef d’une postérité et qui ne fléchissez pas le genoux devant le Christ, sachez donc que votre négation est à la fois une inconséquence et une ingratitude.

(1) Saint Marc, 10-9,

Le Christ est vrai comme tous vos bonheurs domestiques, puisqu'il vous les à donnés. Celui qui lui doit l’amour sans égoïsme de sa mère, l’inviolabilité du cœur de son épouse, les tendresses religieuses de ses enfants, en un mot, les honneurs et les charmes les plus purs de son foyer, celui-là ne peut les nier sans se flétrir et se porter malheur.

J'ai rencontré, dans les pèlerinages de mon apostolat,

un penseur illogique ayant l’idolàtrie de la famille et ne

croyant pas au Dieu de l'Évangile. Excité par la chaleur de la dispute, il s’oublia, un jour, jusqu’à l’inconvenance envers la mémoire du divin Crucifié. Sa compagne, qui n'avait pas toujours reçu, à ce foyer, le bonheur qu’elle y avait porté, vengea d’un mot l’outrage fait à l’objet de ses adorations. « De grâce, répondit-elle, si vous m’aimez, n’en dites point tant de mal, car, sans lui, il y a longtemps que nous ne serions plus ensemble! » Frappé au cœur par ce trait inattendu, le libre-penseur sentit les larmes mouiller sa paupière ; un instant son orgueil froissé sembla dominer les alarmes de son amour; mais enfin son amour l’emporta, la lumière passa par le déchirement qui s’était opéré en son cœur, et peu après il était ramené à l’adoration par la reconnaissance.

Ainsi, ce touchant faisceau de douleurs et d’affections,

qui se nomme la famille, se resserre dans les bras de notre.

Christ. Et, non-seulement le Christ en unit les membres, mais il les protége tous et chacun par un respect spécial créé pour les couvrir.

Il multiplie les berceaux dans les maisons où il règne, car, en dehors de ses influences, l'amour se soustrait aux charges de cette loi : Croissez et multipliez-vous, la terre se

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