‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 62 sur 121 · PRES SRE PE ANT TN EE SE · texte numérisé non relu

PRES SRE PE ANT TN EE SE

et saluant nos progrès comme une germination naturelle du sol moderne et une évolution spontanée du progrès indéfini. Pour nous convaincre des relations qui unissent notre foi et notre civilisation, regardons les peuples païens : on en voit, à l'extrémité de notre horizon, et, malgré dix-huit siècles d’enfantements qui ont si bien profité à l’Europe chrétienne, ces peuples croupissent immobiles et fiers de leur immobilité dans des ténèbres épaisses. Ténèbres d’autant plus caractérisques du polythéisme, qu’elles ne peuvent, ni être dissipées tant que notre Christ n’entre pas dans ces empires, ni avancer jusqu'à nos frontières tant que notre Christ n’en sort pas. D’un autre côté, après les nations qui ne furent jamais chrétiennes, interrogeons celles qui ont cessé de l’être. Quelle lumière brilla jadis sous le ciel d’'Hippone et d'Alexandrie! Mais, à peine le Christ a-t-il abandonné cette terre sacrée, que ses habitants descendent jusqu'à l’abjection des races dégénérées, et la civilisation, submergée par le flot de l’islamisme, s’y ensevelit à jamais, non point pour y subsister immobile comme Pompéï sous ses ruines, mais pour y tomber en dissolution comme les cadavres dans les tombeaux.

Allez à Pékin ; là on ne fait pas, en mille ans, le chemin que nous parcourons dans une session législative. Allez à Yeddo; que manque-t-il à ces races intelligentes et robustes pour nous égaler ? Quelques-uns diront notre régime postal ou financier ; nous disons, hardiment: notre Évangile. Sans doute, le Christ s’est proposé le salut des àmes d'abord, et celui des nations par voie de conséquence, ce qui lui faisait dire que son royaume n’était pas de ce monde ; mais les royaumes de ce monde ne se développent

jamais jusqu’à un certain degré de civilisation en dehors de if

sa loi. La civilisation, réduite à ses termes les plus sim-"

ples, est un progrès éminent dans les lumières, dans l’'amoùr, dans l'autorité, dans la liberté, dans la moralité . et dans la stabilité. Or, si de telles grandeurs, à l’état den

rudiment, existent partout, leur apogée ne se voit que sous

les influences évangéliques ; si bien que la société est miseen«

demeure d'opter entre les deux termes de cette disjonctive :

Ou Jésus-Christ, ou les ténèbres intellectuelles. Singu-

lière inconséquence de l’antichristianisme ! Il a la prétention d’avoir tout découvert, et il prétend que le christianisme

Ê LP 4 . . . { n’a rien trouvé à découvrir. C’est que, abstraction faite de“

toute croyance, l'Evangile commence un mouvement

sublime de l'esprit humain. Le quatrième siècle de notren

ère, malgré les imperfections de ses œuvres dans la forme,

a dégagé plus de lumières que les époques classiques d’AU-"

guste et de Périclès. Quels trésors de vertus déposés par la M

foi dans le fond de l'esprit public ! Quels puissants courants

de sens commun jetés par l'Évangile dans la circulation

intellectuelle du monde ! Supprimez les deux Testaments, la collection des Pères , l'Histoire ecclésiastique et les chefsd'œuvre de notre théologie, où en serions-nous sous le rapport intellectuel ? Au même point que les Chinois et les

Lè ru

Tartares, et probablement plus en arrière, car, d’après

l'anthropologie moderne, ces peuples étant nos aînés,

devraient être nos maitres.

Le sol et l'esprit de l’Europe sont deux champs qui ont

été ensemercés paï les prédicateurs de l'Évangile, et,

quand la récolte a été müre, des savants soht venus qui

eront ue le change sur la source de la lumière moderne. 5 Voltaire disait avec plus de franchise : « Quand vous voyez la raison faire des progrès si prodigieux seulement au « moment de la prédication de l'Évangile, regardez la foi. comme une alliée, non comme une ennemie... Je vou- | « drais, pour notre plaisir et pour notre instruction, que __« tous les grands philosophes de l’antiquité revinssent «aujourd’hui sur la terre, qu’ils conversassent avec Pasà « cal, que dis-je, avec les hommes les moins savants de «nos jours qui ne sont pas toujours les moins sensés, j'en « demande pardon à l'antiquité, mais je crois qu'ils feraient « une triste figure! Les pauvres charlatans! ils ne ven- TRE k « draient pas leurs drogues sur le Pont-Neuf. » Comme on ile voit, Voltaire malmène ses confrères de l’ancien temps: Dj n'aurai de garde d'adresser la même épithète à ses conss d'aujourd'hui, quoiqu’ils n'aient pas toujours la politesse de nous l’épargner. Pourquoi se livrer à la petite guerre, quand on à l'honneur de faire la grande ? Mais faut-il bien le dire à ces messieurs, puisque nous devons à encore plus de respect à la vérité qu’à Platon, s'ils restiont à la civilisation chrétienne les emprunts qu ls lui ont faits pour la combattre, leurs drogues se vendraient

; moins cher, et l'Évangile serait coté à plus haut prix.

Ou Jésus-Christ, ou les ténèbres de l'esprit, nous veñons de le voir; mais ce n’est là que le premier échelon de la décadence antichrétienne, voici le second : Ou Jésus-Christ,

ou la barbarie dans les sentiments. Il faut en convenir,

naturellement l’homme aime très-peu l’homme, bien moins encore l’homme malheureux, bien moins encore l’homme infirme et souffrant, bien moins encore l’homme coupable et dégradé, autant d'amours surnaturels que le Christ'a fait jaillir des entrailles de l'humanité en passions sublimes | Nouveautés miraculeuses et fécondes en miracles qui valent bien, pour le bonheur du monde, la découverte du télégraphe et de la photographie ! Mais le Christ, en sa simplicité adorable, ne se fait point octroyer acte de ses bienfaits ; qu'on me pardonne ce mot, il ne prend pas de brevet d’invention pour ses œuyres les plus originales ; aussi, à sa suite marchent les plagiaires qui le combattent avec des larcins faits à sa parole, et les inventeurs de l’altruisme et de la philanthropie, en particulier, ont pris et retourné des idées chrétiennes pour en composer des systèmes antichrétiens.

En preuve, voyez l’insensibilité du cœur humain avant que l'Évangile leût attendri! Sénèque appelle la pitié le vice d’une âme faible, Le sage Marc-Aurèle, plus de cent ans après le sermon sur la montagne, défend de se lamenter avec les malheureux. Fidèle à cette cruelle philosophie, Galère rassemble les mendiants de son empire sur des barques qu'il ordonne de couler à fond. Les indigents qui ne peuvent s’utiliser comme esclaves, sont plus dédaignés par l'antiquité que les animaux, quand ils ne sont pas jetés en pàture aux animaux eux-mêmes. Enfin, les païens avaient si peu de souci de la misère, que la plus belle vengeance du christianisme naissant contre ses persécuteurs fut de nourrir leurs pauvres et les siens.

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Et aujourd’hui les impuissances de la nature à cet égard peuvent être constatées sur le fait. Regardons ce qui se passe en dehors des pays chrétiens et je pourrais dire catholiques. Dans ces lieux, la bienfaisance est une branche d'administration. Là, on sert son prochain comme on entre dans les douanes ou dans l’armée, par la conscription ou pour avoir une carrière ; et mon cœur saigne à la pensée que, parmi tant de millions de créatures humaines qui ne connaissent pas Jésus-Christ, on ne voit ni une Sœur de la Charité, ni un Frère du Bien-Mourir pour essuyer leurs larmes.

Il y a plus, les hommes sont incapables, sans le christianisme, même de pourvoir complétement à leur conser= vation réciproque. Il faut qu’ils se sentent rachetés par un Sang divin pour comprendre ce qu’ils valent, et pour se sacrifier les uns aux.autres. Aussi, nulle part, chez les nations chrétiennes, la vie d’un homme n’est appréciée à prix d'argent, le monde chrétien tout entier ne se croyant pas assez riche pour la payer. Dans cette même ville de Rome, où César faisait égorger vingt mille Gaulois en une seule naumachie pour égayer les loisirs d’un peuple blasé, et où Néron illuminait ses jardins avec des chrétiens enduits de résine, on à vu le saint pape Grégoire se condamner, pendant six mois, au pain et à l’eau, parce qu’un pauvre était mort de faim dans ses États. O révolution admirable! la seule qui n’ait coûté la vie à personne et qui l'ait conservée à un grand nombre ! Quand on compte les pauvres, les lépreux , tous les abandonnés à qui l’Église a donné, nonseulement du pain, mais encore le bonheur dans la misère, je comprends qu’on ne l’accepte pas pour mère, mais je ne comprends pas qu'on lui en dénie les entrailles.

Ou Jésus-Christ, ou la ruine de l’autcrité. L'autorité, comme l’homme lui-mème, peut tomber par deux maladies opposées, par la pléthore ou par la faiblesse. Dans le premier cas, toute la vie de la société se concentrant dans sa tête, la société se trouve semblable à un édifice dont le toit est trop chargé, et s’écroule parce que sa base ne peut supporter le poids de son faite : c’est la dissolution par le despotisme. Dans le second cas, les membres du corps social absorbant toute la vie, et refusant de la communiquer au cerveau, la puissance devient une force sans direction et une sorte d'organisme sans tête : c’est l’heure de la dissolution par l’anarchie. Deux excès dans la constitution de l'autorité, auxquels la christianisme sert de correctif.

Oui, le Christianisme est le meilleur correctif du despotisme, je parle du vrai, non de celui que nous sommes portés à voir dans toutes les autorités que nous n’aimons pas. Le christianisme a introduit dans les idées de l'humanité cette belle distinction : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Jusqu’alors Dieu et César étaient confondus, et cet accouplement sacrilége suscita des autocraties effrayantes qui auraient broyé l’ancien univers, si Dieu, en les broyant elles-mêmes prématurément, ne leur avait point ravi le temps d’engendrer tout le mal qu’elles récélaient dans leur sein. Depuis lors encore, partout où Jésus-Christ ne domine pas, on ne voit guère que des États avilis par une obéissance sans garanties, monarchies orientales pour la plupart, qui ne se tiennent debout, comme les momies de leurs tombeaux, que parce qu’elles ne marchent point. Et, pour confirmation de cette vérité, regardons jus-

Pire socialiste investie des attributs du en et d : la tiare, courbant à la fois les corps et les àmes par la pression de sa double autorité, et distribuant, chaque matin, la por 4 tion congrue de pain et de liberté à une démagogie punie gi

par des abaissements sans nom de son divorce avec Jésus= ñ £ à S j'a nl ù Christ. : < ‘ À: LCR S

Le christianisme, qui a uné sorte de vertu spécifique

contre le despotisme, serait-il impuissant contre cette se

conde maladie de l'autorité, l'anarchie. Abstraction faite de. î l'Évangile, les supérieurs politiques sont toujours contes- ; tables pour un certain nombre, et, partant, révocables à la __ merci de la force. Le christianisme constitue, non pas le 4 droit divin, dans telle catégorie d'hommes en particulier, Fe. mais le droit de Dieu dans le représentant du pouvoir en

général, et voici le beau mystère établi par le Seigneur des

Seigneurs au profit de ses lieutenants en terre. Dieu s’est caché, tour à tour, sous les voiles du sacrement, sous les haillons des pauvres et sous les traits des supérieurs légi-

times; et, de même que la première de ses incarnations

n’est point altérée par l’indignité du prêtre, ni la seconde. par lindignité des pauvres, la troisième ne saurait l’être par l’indignité du supérieur, même quand celle-ci n’est

point un vain prétexte de la révolte. ST

Voilà la source de cette religion de la seconde majesté, 4 comme dit Tertullien, en parlant du respect pour le pou= voir. Voilà comment les empires chrétiens sont durables et :

forts, sans que les sujets soient jamais humiliés. C’est ec : ur de ceux qui n’ont point de Christ, d’obéir à des dr.

maîtres qui ne les valent pas; maïs un peuple réglé par l'Évangile ne s’abaisse jamais jusque-là dans sa dépendance, car il ne reconnaît que Dieu pour souverain dans toutes les autorités qu’il honore. Et ce sacre subsiste sur le front du pouvoir, même quand l’onction de Reims ne l’a point confirmé. Rodolphe de Hapsbourg ayant oublié de porter son sceptre à la cérémonie de son couronnement, gravit les degrés de l'autel, prit un crucifix et le leva en disant : Voilà le sceptre que je choisis. Heureux les pouvoirs qui savent se consacrer ainsi en sanctifiant leur origine, car le suffrage de Dieu est le plus constant et le plus sûr appui des trônes. Aussi les sceptres changent souvent de place partout où ils ne sont pas attachés à la croix, et sans elle, et loin d'elle, je ne vois, ou que des autorités qui tombent, ou que des autorités qui méritent de tomber.

Ou Jésus-Christ, ou l'esclavage. Malheureux les siècles paiens ! parce qu’alors l'autorité était sans reflet divin, mais plus malheureux encore, parce qu’alors la soumission sans dignité pouvait descendre jusqu’à la servitude! Horrible législation! celle qui faisait d’une partie de l'humanité l'objet d’un trafic infàme, de créatures formées à l’image de Dieu un simple article de commerce, et qui permettait à un patricien fameux de se glorifier de cet ignoble capital : « Je possède quatre cent mille esclaves! » Cependant, cette lèpre, sous un nom ou sous un autre, est pour ainsi dire inoculée dans le sang des peuples, tant que Jésus-Christ ne le purifie pas. Pour apprendre ce que nous valions, il a fallu que Jésus-Christ, lui-même, fût vendu trente deniers; cet exécrable marché est devenu le traité de notre rachat.

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Depuis, en effet, des instituts magnanimes se forment pour la délivrance des captifs ; saint Vincent de Paul se place sous la chaine de l’un d’eux, et saint Grégoire leur dit en les déliant : « Mes amis, vous êtes serviteurs de Dieu ; « Or, comme servir Dieu c’est régner, il ne convient pas que « des rois portent des fers ; soyez donc libres, parce que « vous êtes chrétiens. » Parole sublime à laquelle tout le monde évangélique a déjà obéi. Les résistances d’une partie de l'Amérique ont été trop cruellement chàtiées pour nous être justement objectées! Le ciel semble s'être proposé, en faisant couler sur ces immenses plaines des fleuves de sang, de laver la trace des sueurs qui les fécondèrent longtemps, au mépris de la dignité humaine et de la rédemption du Christ.

Ou Jésus-Christ, ou le débordement des mœurs. « L'homme chrétien, dit M. de Bonald, ne vit pas avec moins de passions que l’homme païen ou mahométan, et cependant quelle différence dans leur moralité respective! » De même qu’on voyait, autrefois, des maladies monstrueuses, qui ont presque entièrement disparu, parce que l'atmosphère a été assainie et que l'hygiène générale s’est améliorée ; de même, il y eut un certain degré de corruption, propre au paganisme, qui est inconnu aux peuples chrétiens, parce que Pair ambiant semble leur rendre cette dépravation impossible. Combien de vices, communs dans l'antiquité, ont à peine un nom dans les langues modernes! Ce qui caractérise le mieux les mœurs païennes, c’est que leur histoire ne peut être contée sans réticence. Leurs crimes, difficiles à stigmatiser en termes honnêtes, ressemblent, a-t-on dit, à

ces parricides que l’on conduit au supplice, la tète couverte d’un voile noir.

Comment, à une heure donnée, certains pays sont-ils sortis de cet abaïissement par une transfiguration subite? Parce que le christianisme leur a tendu la main, comme Jésus fit à Lazare dans le tombeau. Tandis que, d’un côté, il répand sur les mœurs putrides de Rome et de Corinthe l'arome destiné à les purifier; de. l’autre, il révèle dans l’ordre moral des sacrifices inconnus, et il remplace ici-bas les sages par les saints, La charité, l'humilité, la chasteté des àges chrétiens! c’est en vain que je les cherche avant le Christ, c’est en vain que je les chercherai après lui, car partout où il a disparu elles disparaissent, et le signe le plus certain de son absence, soit dans une àme, soit dans une société, c’est la leur.

Vainement, en effet, opposerions-nous un peuple de philosophes bons à un peuple de mauvais chrétiens; la vérité est, dit Rousseau, que la philosophie ne peut former aucune vertu que la religion ne produise, tandis que la religion en enfante grand nombre qui sont impossibles à la philosophie.

Enfin, ou Jésus-Christ, ou l'instabilité des empires, La grande injustice de nos rationalistes est de regarder le christianisme comme une cause de déchéances politiques. Rappelons-nous cet univers purifié de quatre mille ans de souillures à la contemplation d’une croix; et ces barbares changés en doux agneaux à la parole des saints; et ces pays où l'Évangile fit refleurir l’âge d’or; et ces pauvres que le Christianisme institua les princes du peuple, et tous les

n. j'ai sauvé la patrie, et la multitude ayant IE Nous |

“sh qu’il a dit la vérité, le triomphe suivit de près l'ac= 3 ë: Cusation intentée contre le grand citoyen. F3 Certes, le jour où le Christ, désireux de confondre les

| calomnies d’une certaine philosophie de histoire, se pré- ‘à sentera à ses préloires en disant : Je jure que j'ai sauvé la # patrie, son apologie ne demeurera nisans écho, nisans preu- | ves. Tout le monde moderne répondra : Je jure qu'iladit 2 > la vérité; et ses accusateurs seront confondus. Ils le seg raient encore davantage si, par impossible, il arrivait qu’il :

. fût effacé ou qu’il s’effaçàt lui-même un instant de la vie des nations. Bientôt, dans le poids de sceptres, dans le ser. vilisme de l’obéissance, dans les épidémies morales et sur-

tout dans la caducité des empires, nous verrions renaître | FAT 2 ces siècles de fer de l’ère païenne, dont là grandeur sau- Ps vage n’est poétique qu’à travers les sé tbe classiques et.

deux mille ans de lointain.

Pourquoi n’entendons-nous plus, aujourd’hui, ces écrou- Jements gigantesques de monarchies et d'institutions qui É effrayèrent si souvent le monde ancien? Pourquoi n agite re t-on plus que des questions d'équilibre sur ces champs de E bataille qui étaient si souvent la tombe d’un peuple ? C’est, on | d’abord, parce que la religion pénètre jusque dans les camps k a | pour arrêter l'abus de la force et pour humaniser la vic- FCE toire ; mais c’est encore, et surtout, parce que, depuis que la séve chrétienne s’est répandue dans les veines du corps

social pour le vivifier, les plus grands colosses sont moins sujets à la dissolution, et peuvent se heurter sans se briser.

Je sais qu’on nous opposera la stabilité de la Chine et de la Turquie. La Chine et la Turquie sont l’opprobre de l'antichristianisme, non sa défense. Quant à la première, elle n’a subsisté aussi longtemps que parce que les distances ont servi de rempart à son insolence et de barrière à nos représailles. Ce sont des circonstances locales qui l'ont faite et qui la maintiennent. Enfermée derrière sa grande muraille, elle s’isole, de peur de tomber en poussière au choc de l'extérieur; elle s’est pour ainsi dire cerclée de fer pour empêcher ses éléments de se désagréger à l’intérieur; mais, vaines précautions ! du sein de ces trois cent millions d'esclaves, un cri d’insurrection s’est élevé : portée par les nations européennes, la justice de Dieu est entrée à Pékin ; et, pressé d’un côté par nos armées navales, de l’autre par ses révolutions intestines, le Céleste Empire est à la veille de grades expiations, si la croix plantée par nos missionnaires sur tant de déchéances n’y fait descendre la régénération.

De la Turquie, je ne dirai pas grand’chose, de peur de troubler son agonie. Si l’on compte, en effet, les pulsations de ce corps épuisé par la débauche, il est aisé de voir que de grandes funérailles se préparent aux rives du Bosphore. Quand vous irez à Constantinople, prêtez l'oreille aux sou f= fles du Nord, vous entendrez venir de ce côté le peuple chargé de fermer le cercueil des sultans. Et ceci n’est point le rêve d’une politique superstitieuse, car une telle sépulture serait déjà faite, si la France n’y avait pas mis son velo. Confirmation éclatante de ma vérité, que, de même qu'il ne tombe pas un cheveu de notre tête sans la permis

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sion de la Providence, une seule pierre ne se puisse déta- Cher de la voûte des monarchies européennes, sans la tolérance du peuple le plus chrétien qu’il y ait sous le soleil. J'ai semblé faire des considérations entièrement spéculatives; mais une conclusion s’en dégage, et la voici : nous qui sommes fiers des merveilles de notre temps, et qui visitons, d’un pôle à l’autre, les chef-d'œuvre de la civilisation chrétienne, pourquoi nous prosterner devant les effets sans adorer la cause qui fut Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Puisque le christianisme est si nécessaire, pour l’intelligence et pour l’harmonie des choses, reconnaissons donc qu’il doit être respecté autrement qu’un système, car, Dieu ne pouvant fonder sur un mensonge le gouvernement du monde, la nécessité du christianisme implique sa vérité. Au reste, rien ne serait plus péremptoire à l’appui de cette thèse que l’expérience d’un peuple que l’on aurait entièrement déchristianisé. Je suppose que les sophismes ont vaincu et que le Christ, chassé du milieu de nous, prend son bàton de voyage pour nous faire ses derniers adieux. Quel jour sinistre, pour la France, celui où , debout sur le seuil des temples, il lui dirait en secouant la poussière de ses pieds : O toi qui fus jadis la fille aînée de mon Églisel sois aujourd’hui punie, par mon abandon, de m'avoir abandonné ! J’abandonne ta propriété, j’abandonne ta famille, j'abandonne tes lois, j'abandonne ton pouvoir, j'abandonne tes mœurs, j'abandonne ta vie publique et ta vie privée, j'abandonne tes tabernacles et je te rejette, à dix-huit cents ans en arrière, dépouillée de tout que tu me do’s, et ne conservant rien de moi que le souvenir. Comme le lendemain de ce départ du Seigneur, la France, se repliant sur elle:

même, mesurerait avec terreur, en son sein, le vide laissé par l’absence de Jésus-Christ!

Certes, ce vide ne serait pas une lacune facile à combler, car il supposerait la femme avilie, les églises fermées, les prêtres remplacés par l'anarchie intellectuelle, les Sœurs de charité par des commis de philanthropie, la pudeur aux gémonies , le sceptre aux prétoriens, le pouvoir à la merci du plus fort, l'ordre foulé aux pieds de l’émeute; il n'est pas possible d'évaluer, par la pensée, la somme de douleurs et de larmes que représenterait cet interrègne de Jésus- Christ! Et puis, quand les nations voisines passeraient à côté de nos ruines, en nous disant : Qu’avez-vous fait de votre Dieu? Quel désespoir pour ce peuple qui ne délaissa jamais ni un drapeau ni un ami, d’avoir à confesser, devant

. le monde scandalisé, que sa première trahison fut une apostasie de la croix !

Pour ‘compléter la force de ce témoignage fictif, retournons l'hypothèse et imaginons, qu'après un long exil, Jésus-Christ va de nouveau passer la frontière et rentrer au milieu de nous. Quel concours, en ce moment, à la porte des villes ! Quelles volées dans les clochers de nos cathédrales! Quelle jubilation aux hôpitaux! Quel Te Deum aux pieds des autels ! Quelles actions de gràces dans les chaumières | Quel hosanna de la part des mères, des vierges, des prêtres, des rois! En vérité, les bonheurs d’une telle journée ne se peuvent comprendre, et si Jésus-Christ n’inflige pas à ceux qui refusent la preuve tirée de ses bienfaits, la preuve par les malheurs de son absence, c’est que, sans doute, la liberté morale du monde ne tiendrait pas à une expérience si mémorable.

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