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tienne? 2° quels sont ses moyens ? 3° quels sont ses prodiges? 4° quelles sont ses limites ?
Tout homme! avec du talent et de la chance, peut fonder Ë un empire ; mais la fondation d'une religion est si dispro-* portionnée aux forces humaines, depuis qu’un Dieu l’a r'éa- 4 lisée, que, partout où cette entreprise est tentée, elle new tarde point à succomber sous les coups du ridicule. D’où ; vient cette disposition de l’esprit. public? Un peu de l'impos-. | sibilité qu’il trouve à inventer des dogmes qui produisent fs la certitude, mais beaucoup, surtout, de l'impossibilité qu'il sent de faire sortir de ces dogmes une vertu pratique ou la sainteté.
À mon sens, il n’est point de caractère plus divin, dans lé
christianisme, que son pouvoir sanctificateur. Tous les symboles complétement vides de Jésus-Christ, auteur de
à l'état de simple spécu-
oralise, e demeurent à
Le christianisme seul a passé des convictions de umanité dans des mœurs humainement impraticables. ( ‘tes, je ne veux pas dire que les autres religions ne soient À
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nais exécutées par la foi de leurs disciples ; mais qu im rte cette fidélité, si elle flatte leurs passions au lieu de les primer ? Et, au contraire, pourquoi l'Évangile, c'est-a— dire la religion la plus incommode ‘qui ait jamais existé,
ne
est-il pas demeuré un système pratiquement stérile, : comme qui dirait la république de Platon ? Comment le culte De de la croix a-1-il séduit l'humanité au point d’en obtenir, 2 non-seulement une adhésion, comme les progammes philo- sophiques, mais le dévouement et l'amour jusqu'à la mort volontaire ? C’est qu'au sein de cette doctrine une influence mystérieuse a été déposée. Et cette influence qui, semblable à un puissant aimant, imprime le mouvement au monde
m oral : cette influence que ne peut contrefaire l’habileté des “ ‘ novateurs!, et qui manque toujours à leur Évangile, ainsi que le point fixe à la science d’Archimède, pour soulever le ’ genre humain après l’avoir abusé, elle ne se prouve pas. 0 un2 vaine théorie, mais comme un fait intime et souverain ; ; elle ne se cherche point à force d'arguments et à la pointe des télescopes, mais elle se sent ; enfin elle n’habite pas au plus haut des cieux, mais elle agit dans les profondeurs de la conscience, et le christianisme la nomme : la
grâce de Dieu.
La gràce de Dieu! il y a dans ces mots un charme tout- Eu qui soutient notre faiblesse, parce qu ils expriment À vidée d’une force plus grande que nous-mêmes, et sur laquelle nous nous reposons avec la confiance des enfants
384 EFFETS INDIVIDUELS ni -
portés sur le sein d’une mère. Eh ben, l’humanité qui ne
sait rien projeter, rien attendre "rien décréter qu'avec ou
par la gràce de Dieu, n’en connaît pas la vertu moralisa=
trice, et c’est à manifester un tel secret et une telle preuve que je consacre cet enseignement.
L’humanité se sauve, comme elle s’est perdue, par une transmission généalogique. Un homme coupable a inoculé sa faute, avec son sang, à toute sa race; un Homme-Dieu communique ses mérites, avec la vertu de son sang, à toute
‘la descendance du premier. Ainsi, les sources de la géné-
ration qu'avait viciées le péché sont purifiées par la régénération. Le virus moral que la génération avait déposé dans nos veines était la concupiscence; le correctif divin qui nous est infusé par la régénération est la gràce: et, de même que lune est la participation de chacun à la corruption d'Adam, l’autre est une incessante communion de nos âmes à la sainteté du Christ, et une effusion intarissable de sa nature divine au sein de l’humanité. De ce point de vue, il nous est aisé de comprendre la définition que donne la théologie de la gràce : un don gratuit et surnaturel de Dieu accordé à la créature raisonnable, en vue de la vie éternelle.
Ce don équivaut à une vraie création, parce qu’il est un principe de vie surhumaine ajouté à la nature, et un ouvrage d'autant plus divin, qu’il fallait avoir fait l’homme pour être ainsi capable de le refaire, Mais, si excellente que soit, par soi, une telle énergie, il est moins aisé de la connaître en elle-même que dans ses résultats.
Or, la grâce, considérée par rapport à notre nature, est une loi d'équilibre et d'harmonie. Seul, entre tous les êtres
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-de la création organique, l’homme peut s'élever au-dessus | M e la nature par ses sacrifices, et descendre au-dessous par à sa dépravation. Quel est le mot de cette énigme et comment s'explique une telle anomalie? Quand l’homme est inférieur
à son propre niveau, c’est en vertu d’une déchéance qui lui est particulière, malheur et prérogative tout à la fois de sa 5 liberté. Au contraire, quand l’homme monte au-dessus de ce niveau, c’est par un pouvoir qui vient de plus haut que sa volonté naturelle, et qui, pour cette raison, s’ap- pelle surnaturel. La force qui l’attire au-dessous de lui-même est la passion, celle qui l’élève au-dessus est la grâce. Jai vu première abaisser Nabuchodonosor jusqu’à la bête; j'ai vu la seconde exalter les grands imitateurs de Jésus- Christ jusqu’à une sorte de déification dans le devoir, divinæ consortes natu'æ; et l’une servant de contre-poids à l’autre, cela constitue, dans l'humanité, une pondération, non une contradiction. Ici, j'appelle mon lecteur en témoignage, car | quel est celui qui n’a pas senti quelquefois ces deux mou yements se combattre en son âme, et s’harmoniser par l'effet même de leurs combats dans cette résultante sublime, la liberté ? C La gràce, considérée par rapport à la volonté, est un complément, car elle achève notre personnalité morale, Notre raison se termine par son union avec la foi, et notre . volonté, blessée en Adam, recouvre son énergie par l’ad- 1 jonction de la gràce. La foi et la gràce sont donc pour nous | . des appoints et des suppléments, l’une de l'esprit, l’autre de la volonté, et, par conséquent, un agrandissement, non une mutilation de l'humanité. Vous qui considérez certaines vertus comme un idéal chimérique suspendu aux regards
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d'un mysticisme halluciné; vous qui, les ayant vainement cherchées avec de la philosophie, n'avez jamais compris
qu’on les trouvât avec de la religion ; vous, enfin, qui les:
avez toujours traitées comme une exception de tempérament, non comme la gloire d’une volonté victorieuse, apprenez la cause de votre erreur : c’est que vous avez vu,
dans votre nature corrompue, la mesure suprême de l’éner-
gie humaine, tandis que vous ne représentez que l'humanité amoindrie par une maladie de naissance; c’est que le fils d'Adam, abandonné à lui-même, est incapable de gravir certains sommets de la moralité, tandis que, restauré par Jésus-Christ, il peut tout en Celui qui le fortifie. :
La gràce, envisagée par rapport au cœur, a le charme et l'empire d’un attrait. Admirable corrélation des choses divines ! C’est une séduction qui perdit l’homme à son origine ; c’est une séduction qui le sauve aujourd’hui. La gràce, en effet, est cette saveur intime attachée à nos bonnes actions , c’est ce goût de Dieu qui met pour nous du plaisir dans le bien, comme la chute nous en mit dans la révolte ; on pourrait la nommer, suivant une définition connue, la concupiscence de la vertu faisant échec en nous à célle du vice, et une sorte de puissance attractive suspendue audessus de la nature déchue pour la porter au-delà de ses rivages, comme la lune soulève les mers. Qui de nous ne l'a pas entendue, quelquefois, cette voix intérieure qui récompense ou qui Châtie après chacun de nos libres mouvements, et qui ne peut être de nous, puisqu'elle retentit malgré nous? Action énergique et suave, en même temps, qui perfectionne notre liberté au lieu de la violenter, parce qu’elle en dégage les mouvements sans les contraindre.
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insi, la chute originelle n nous ete vers le mal, de grâce
“vient qui nous attire dans un sens contraire; et, par là, loin d'être ployés, nous sommes redressés; loin d’être opprimés, nous sommes d’autant plus libres de Ps notre pente, que nous nous trouvons rétablis dans noire. = aplomb primitif. DORE Enfin, la grâce, par rapport à la raison pure, est la sols tion d’une difficulté effrayante. Sans la grâce, le péché originel, c’est-à-dire la culpabilité de tous par la prévari= cation d’un seul, demeure une économie inexplicable:
E mais, avec la gràce, comme tous ont péché en Adam, dit l’Apôtre, tous sont justifiés en Jésus-Christ. DE
celle d’un mérite qui ne le fut pas davantage ; le bienfaitde
la solidarité spirituelle compense le malheur de la solida- É rité charnelle, et le second Adam, nous devenant pour le 3 bien, tout ce que le premier nous fut pour le mal, une grande miséricorde est placée en regard d’un grand chàti-
à à d’une souillure qui ne fut point notre fait est balancée par
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correspondent comme en Dieu la justice et l'amour, et qui à justifient la déchéance héréditaire par une rédemption qui 3 ne l’est pas moins.
Le voilà, le moteur qui donna le branle à ce monde de vertus nouvelles et de sacrifices en amont de la nature, qui a été nommé la sainteté chrétienne! Le voila, et que les L sages du rationalisme ne s’essayent pas à contrefaire cette | sainteté sans participer à la vertu de la même séve, car ils seront confondus par l’inanité de leur tentative; ce travail impie et naïf n’est rien moins que la recherche sérieuse des effets sans cause. Voltaire disait, à propos d”' une inconsé-
| FLÈCENR LE de ue sr FOURS ment dans le plan divin. Châtiment et miséricorde quise
quence semblable, cela s'appelle perdre son âme en se faisant moquer de soi.
Mais ici, j'entends le génie matérialiste de notre époque m'interpeller, du fond de ses laboratoires, et me dire : Quel est ce moteur latent qui échappe aux constatations scientifiques et que les lois mécaniques ne règlent pas ? Quelle est cette force dont la source et la direction sont cachées dans le ciel, dont les ressorts ne furent jamais vus sur la terre, et dont le calibre n’est point mathématiquement déterminé? Rien de plus inintelligent que les explorateurs exclusifs de la matière mis en présence de l’ordre moral. Mais la grâce a aussi ses démonstrations positives à produire, et voici sa réponse à ceux qui l’accusent de n’être point une réalité pondérable : Par moi, les païens ont vu, tous les peuples de la terre ont entendu, douze millions de martyrs ont combattu, des vierges sans nombre ont apparu, les pauvres sont honorés, les lépreux sont embrassés, les humbles de cœur sont multipliés, les ennemis sont pardonnés , les mœurs privées et publiques sont changées ; en un mot, la vie des saints est ma preuve, la régénération de l'univers est mon ouvrage ; si ma nature est un dogme, mes effets tombent sous les sens.
Pourquoi la civilisation chrétienne se distingue-t-elle par des vertus qui ne se trouvent pas en dehors? Évidemment : cet effet a une cause, et cette cause, où sera-t-elle, si ce
n’est dans la gràce ? Que l’on ne cherche point à éluder l'ar-
gument en répondant que la conscience religieuse suffit à produire ses résultats. Reste à savoir pourquoi la conscience. ne peut, dans les fausses religions, ce qui lui est facile dans
la vraie, L'histoire en main, il est donc impossible de regar-
der ti gràce comme un n phénomène D chologiqe, car rien n atteste mieux un agent surhumain que les actions surhumaines, et si la nécessité d'un premier moteur dans l’ ordre
matériel prouve l'existence de Dieu , l'indispensable néces-
sité d’un moteur dans l’ordre moral, pour expliquer la. moralité chrétienne, mène droit au fait indubitable de no grâce et à la divinité de son auteur.
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Le moteur de la moralité chrétienne nous est connu. Quels sont ses moyens d’action? La grâce aboutit à l’âme par d'innombrables débouchés. On pourrait la comparer, si