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que placé au centre des mérites de la rédemption, et allant frapper les volontés qui le mettent en jeu, par des touches variées à l'infini. Les mouvements de la volonté humaine, qui provoquent les effusions de la grâce, ne peuvent donc être comptés. Mais il est des motions plus puissantes du vouloir humain attirant des épanchements plus abondants du secours divin, qui constituent, entre Dieu et l’homme,
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3 prière, le jeûne, l’aumône et les autres bonnes œuvres sont les ruisseaux ; les sacrements sont le fleuve par où la rédemp- tion s’épand et se distribue au sein de l'humanité, Ils ont % été définis, par saint Augustin, un signe sensible de la grâce invisible institué pour notre sanctification. Fécond enseignement, d’où il résulte que les sacrements furent établis
- l’image était digne du sujet, à une sorte'de clavier mysti-
“ces larges communications nommées les sacrements. La
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comme signes et agents de la moralisation chrétienne, comme représentation et reproduction de la grâce purifiante, et nous allons voir de quelle façon, par ce double aspect, ils s'imposent aux respects de toute raison qui n’a point le parti pris de ne pas respecter,
D'abord, rien de plus rationnel que la vertu de cet agent, Sans doute, l'esprit ne peut comprendre ‘comment un signe naturel transmet une grâce surnaturelle, car, entre cette cause et cet effet, il y a un abime qui ne peut être comblé que par miracle. Mais voyez comme le grand miracle de la divinité de Jésus-Christ étant admis, tous ceux qui en dérivent sont admissibles, et particulièrement celui-ci, Jésus-Christ est au milieu de l'humanité comme l'arbre de vie dans l’Éden. Ce sont les saveurs corruptrices de celui-ci qui ont infecté le genre humain; c’est la séve du premier qui, en s’insinuant dans les veines de la postérité, l’a trans figurée. C’est notre union avec Adam, par la chair, qui nous fait décheoir ; c’est notre union avec le Christ, par l’esprit, qui nous restaure,
Maintenant, comment s'opère l’adaptation de notre humanité dégénérée à l'humanité régénératrice du Christ ? Quelle est la greffe divine qui nous enta si intimement sur ce chef adorable, que sa vie circule dans la nôtre? La ligature surnaturelle qui fait de nous et du Christ un même corps, dont il est la tête et dont noussomrnes les membres, ce sont les sacrements, Voilà, en effet, les artères qui portent lesang théandrique dans la moralité du genre humain pour la diviniser.
En descendant par ces canaux mystérieux, l'incarnation
s’individualise, la rédemption se ramifie, et partout où
h mme entre en contact avec la grâce Ru il S’as- . sir ile quelque chose de l'innocence du Christ ; car, de même = que le péché originel n’est qu’un ton de la culpa - ca bilité d'Adam, la réhabilitation n’est que la surabondance de & la sainteté de Jésus-Christ répandue sur l’univers. C'est pourquoi, au pied de l'arbre d’Éden, j'entends l’hüe manité désolée des infortunes qui fondent sur elle, s’écrier : È Une femme m'a donné de ce fruit, et j'en ai mangé (1); et, au. ; pied de la croix, je vois la même humanité, heureuse de % À recevoir une réparation plus grande encore que ne fut sa
déchéance, dire. avec reconnaissance pour l'Église déposi-
| taire-des sacrements : Une mère m’a donné de ces fruits, Let) j'en ai mangé! Mère bénie, fruits incomparables, qui sont . l’une la gardienne, les autres la preuve de la vérité; car. Phumanité verra toujours, par une invincible propension, la plus saine doctrine là où elle trouvera les plus héroïques
is
vertus.
: Rien de plus rationnel que le fonctionnement de cet agent, 4 rien de plus moral et de plus moralisateur que son action. J'ai lu, dans un traité d’athéisme allemand, que la gracede Dieu n’est que l’aliénation de la liberté de l’homme, et le Ke pou qu’un mérite venu de Dieu qui dispense l'homme d'en acquérir (2). La première de ces imputations est une grossière méprise, Car la gràce, corrigeant en nous l’inclids nation mauvaise par la bonne, met la conscience en état de désintéressement dans son choix, non de partialité, et dégage la liberté morale au lieu de la gêner. Quant à l’accusation de chercher, dans les sacrements, une sanctification
(1) Gen, 1.
€) Pencrbaeh Essence du christianisme,
passive qui nous dispense de la saïnteté active, c'est une calomnie de la raison et des vertus chrétiennes, à laquelle l'ignorance seule peut laisser l’excuse de la bonne foi.
Il est vrai que les sacrements ont une vertu intrinsèque ; mais cette vertu est subordonnée, dans ses conséquences effectives, aux dispositions du sujet. Son influence ex opere operato est déterminée par notre concours ex opere operantis. L'agent est modifié dans son application par l’état du récipient, et, de cette façon, les vrais saints ne sont pas ceux qui participent, sans correspondance, aux sacrements, mais ceux qui s’épurent et s’améliorent pour les faire fructifier.
Donc, par le seul fait que le Christest mort, nous ne sommes pas restaurés; ce serait là une rédemption peu morale, puisqu'elle ne nous laisserait rien à faire, et qu’elle nous sauverait sans notre coopération. Pour que la gràce ne servit point d'encouragement aux passions de la terre, il fallait qu’elle nous fût appliquée par un acte de notre volonté, et selon les proportions de notre concours. A cette fin, Dieu a établi des canaux par où l'on puise à sa plénitude, et, de même qu’en traversant ces diverses voies de dérivation, la grace se spécialise pour chaque misère qui la sollicite, de même, Chaque misère ne peut se l’assimiler qu'en l’aspirant par ces voies. Or, les vastes écluses par où la céleste fécondité tombe dans l’âme des mortels, les ondées miraculeuses sous lesquelles on vit fleurir, au sein de la corruption originelle, des vertus jusqu'alors inconnues, ce sont les sacrements.
Ne nous y trompons pas, ce n’est point dans une ivresse de sagesse spéculative, c’est dans ces ablutions purifiantes que le christianisme plongea le genre humain , devenu son
| RÉSERVÉS A LA ut RELIGION, ”
| catéchumène, pour le laver de quatre mille ans de Soul | res. Ce n’est point par une nouvelle philosophie, c’est par | ces pratiques divinement moralisatrices, qu’il donna aux sociétés modernes une sorte de robe d’innocence devant
| laquelle le paganisme de Rome ou de Corinthes’évanouirait de honte, s’il n'avait déjà péri par les excès mêmes de sa |
dissolution. | Aussi, ils la recommenceront souvent leur toile de Péné- B10pe, ces stoïques expérimentateurs qui visent à la vertu Fe chrétienne, et refusent d’en prendre les moyens. Si nous 3 pouvions être, sans les sacrements, Ce que nous sommes par & eux, Jésus-Christ aurait surchargé la religion d’un céré- ; monial inutile, sept illusions que tout autre religion pou- F vait contrefaire auraient engendré des miracles de sainteté Pe É qu'aucune autre religion n’a cependant produits ; et il fau-
| drait désespérer, non-seulement de la vertu de l’Église, 4 mais du bon sens de l’humanité.
4 Les sacrements sont donc le principe de la vraie mora- 75 ; lité chrétienne, et, à passions égales, tout homme munide ce viatique divin pratique plus de vertus qu’un chrétien de pure spéculation. Pareillement, tout peuple qui le répudie descendra, par ses vices, au-dessous d’un peuple qui se confesse et qui communie. Au reste, pas de contrôle plus décisif d’une telle vérité que cette échelle de proportion justi- ; fiée par l'histoire. Le catholicisme, qui garde intact le dépôt des sacrements, est la religion qui obtient le plus de sacri-. fices de la conscience humaine. Le schisme grec, qui les défigura, vient après; le protestantisme, qui en renia la ne plus grande partie, s’avance un degré plus bas, et le rationalisme, qui n’en reconnaît aucun, a beau se placer à